Un pas de côté en Belledonne
Quand un festival « pentu », porté par des Scènes obliques, construit son projet autour du « pas de côté », les effets sur la programmation ne sont pas neutres. Réaffirmant « son désir de rester en mouvement », le festival de l'Arpenteur prend ses quartiers en Belledonne, de manière mobile, insolite et singulière. Comme toujours, le « camp de base » s'amarre aux Adrets. Du 1er au 9 juillet, le parc de la Mairie, la cour de l'école, la salle Pra-Pillou, le café-épicerie La Marmite et la Grange accueillent lectures, concerts et spectacles rares, ouvrant aux festivaliers des « azimuts insoupçonnés ». Il suffit de consulter le programme avec un brin de curiosité pour se laisser tenter. La plupart du temps, les noms des artistes ou des compagnies n'évoqueront rien au néophyte, ou pas grand chose. Seule solution pour se décider : faire confiance à l'équipe du festival. Le pari n'est pas bien risqué, car elle déniche des trésors au quatre coins du monde depuis 20 ans. Loufoques, poétiques ou graves, parfois les trois, ses trouvailles sont chaque fois l'occasion de découvertes et d'expériences que l'on ne ferait pas ailleurs.
Yom en concert
Ici, point de tête d'affiche, ni de star du show biz, mais des étoiles montantes ou déjà presque au firmament, comme Yom, ce clarinettiste klezmer (1) qui interprètera le 8 juillet son Silence de l'exode, surprenant voyage musical au gré des musiques juives, orientales et moyen-orientales. De l'aube jusque tard dans la nuit, les propositions se suivent et ne se ressemblent jamais, zigzaguant entre conférence/performance sur les papillons, concert de jazz (duo Belle Epoque le 1er juillet, Raven le 5 juillet) et théâtre d'ombre (Frontières le 2 juillet). Avec, d'un jour sur l'autre, des détours par le cirque (8m2 le 2 juillet), les lectures poétiques, itinérantes ou musicales (La Vie matérielle, d'après Marguerite Duras et J.-S. Bach le 5 juillet) et bien sûr le théâtre, grave, sonore ou burlesque (le 6 juillet, Sucre d'ogres pour les enfants et Cour Nord, d'après le beau roman d'Antoine Choplin pour les parents, L'Examen Moyak le 7 juillet, Un Obus dans le cœur de Wajdi Mouawad, le 8).
Ateliers en marche
L'Arpenteur, c'est aussi un festival qui a coutume de se mettre « en marche ». Chaque année, le public est invité à chausser ses croquenots pour cheminer, sac au dos, à travers les paysages de Belledonne qui se font spectacles vivants. Le 3 juillet, la plasticienne Corinne Penin propose ainsi des « jeux de perceptions » itinérants : crayon et carnet de croquis à la main, les participants partent en randonnée et, guidés par l'artiste, sont conviés à « enregistrer leur aventure intérieure grâce au dessin ». Après un concert de la chanteuse mapuche Beatriz Pichi Malen (Argentine) à la belle étoile et une nuit en refuge (avec la complicité de la Fédération des alpages de l'Isère et des gardiens du refuge du Crêt du Poulet), l'aventure continue en compagnie du comédien ornithologue Patrick Deschamps. Une expérience hors du temps, ouverte à tous... à condition de réserver.
A côté de ces « ateliers en marche », l'Arpenteur propose des stages pour s'initier au théâtre (journée « découverte » le jeudi, ou module « perfectionnement » les 4, 8 et 9 juillet), aux sons et aux pratiques musicales mapuche (3 juillet) ou, plus décalé encore, à la conversation. Elaboré avec la complicité de l'artiste François Deck, La conversation continue est un dispositif conçu comme un parcours, avec ses hasards et ses règles du jeu. S'appuyant sur quelques textes lus et mis en partage, le public est invité à prendre prendre la parole tout au long de la journée, par petits groupes de cinq personnes, et à construire une conversation avec ses voisins, en extérieur ou chez l'habitant. Une expérience insolite et gratuite (inscription préalable indispensable), qui se concluera le vendredi 8 juillet par une « conversation générale ». Le festival, lui, s'achèvera le lendemain par un grand bal et le traditionnel banquet pentu, concocté par les habitants des Adrets.
Marianne Boilève
(1) Tradition musicale des juifs d'Eurpe centrale et orientale. La mère de Yom est originaire de Transylvanie.
Festival de l'Arpenteur aux Adrets-en-Belledonne, du 1er au 9 juillet. Renseignements et réservations au 04 76 71 16 48. Le programme complet sur www.scenes-obliques.eu
L'effet papillon, une conférence-piano très particulière
Une collection de 83 papillons accrochée aux murs du café-épicerie La Marmite, un piano, un propos : tel est le dispositif imaginé par l'artiste Fabrice Nesta et le musicien Pierre Galland pour « faire un pas de côté »... dans l'histoire de l'art. A regarder de près les boîtes carrées dans lesquelles les papillons sont épinglés, quelque chose surprend : aucun n'existe dans la nature. Aussi somptueux soient-ils, ces lépidoptères-là sont le fruit de l'imagination de l'artiste et de ses complices, Céline Arlaud et Patricia Rigaud. Mais ils ont un point commun : ce sont tous de vraies pièces graphiques inspirées par le travail d'un peintre moderne ou contemporain. Par un savant jeu de formes et de couleurs, chaque papillon rappelle en effet l'univers d'un peintre, d'un scuplteur ou d'un plasticien auquel les chasseurs de papillon ont souhaité rendre hommage.Pour faire découvrir au public ces espèces rarissimes, Fabrice Nesta propose une conférence sous la forme d'une balade dans l'histoire de l'art. Parfois réduit au « silence » par les improvisations musicales de Pierre Galland, il raconte ses rencontres, son rapport subjectif à chaque artiste « empapillonné », sur un ton mi-sérieux mi cocasse. Jamais prétentieux, le propos est accessible, léger. Comme un vrai papillon.MBL'Effet papillon - Conférence/perfomance musicale, le mercredi 6 juillet à 18 h à la Marmite des Adrets. Accès libre (réservation conseillée).