Un peu plus de prairies pour les laitières bio
Le Gaec du Varzay travaille en agriculture biologique depuis 2011. Cette exploitation laitière, située à Saint-Julien-de-l'Herms dans les Bonnevaux, compte un troupeau de 72 vaches laitières à la traite et une SAU de 162 ha.
« En 2008, il y a eu la crise du lait. Nous avons engagé la conversion en 2009 », détaille Ludovic Baule qui a aussi vécu la fin de l'Union régionale des coopératives de vente de lait (URCVL). Son père prend sa retraite en 2016, sa compagne Marjorie Soubies devient associée en 2017 et le Gaec recrute un salarié en 2019, Quentin Ciesla. La production de 400 000 litres est livrée à Biolait et il n'y a pas de transformation.
Des veaux blanc-bleu
L'originalité de la ferme tient au croisement des races, les vaches étant des montbéliardes croisées normande, simmental, rouge suédoise, abondance, holstein rouge ou jersiaise. La rusticité et la qualité des aplombs sont recherchées pour ces bêtes à l'herbe, dont certaines pâtures sont situées à 1,5 km de distance. Et, petite surprise dans la stabulation où logent les veaux : ce sont des croisés blanc-bleu, race à viande mieux valorisée selon les éleveurs. Chaque vache fait au moins un vêlage blanc-bleu.
L'exploitation est autonome en termes d'alimentation, c'était d'ailleurs le thème de la visite organisée par l'Adabio et le Syndicat isérois des rivières Rhône aval (Sirra), fin juin. « Mais problème, nous devons acheter de la paille », poursuit l'exploitant. Les associés ont décidé de revoir leurs assolements, pour réduire la quantité de maïs ensilage au profit du maïs grain humide ou épi, arrêter le soja et augmenter le méteil grain (triticale, avoine et pois) et les prairies temporaires. « C'est un parcellaire à la fois morcelé et groupé », reprend l'agriculteur. Seuls 25 ha de pâturages sont accessibles aux bêtes depuis la ferme, sur un parcours tout en longueur. Il y aurait bien des pré de l'autre côté de la route « mais nous n'avons pas trouvé de solution pour faire traverser les vaches », reconnaît Marjorie Soubies, l'axe étant relativement passant. Donc, passé le printemps, les choses se compliquent côté pâturages.
Priorité aux prairies
Avec 25 ha de méteil, 20 ha de prairies temporaires et 10 ha de maïs, le reste en prairies permanentes, les associés mettent l'accent sur les prairies, notamment dans les terrains hydromorphes sur le plateau. Leur rôle est aussi « de nettoyer les parcelles » après les cultures céréalières. « Nous cherchons toujours à évoluer, l'objectif est la maîtrise des cellules, l'autonomie et l'éthique », déclare Ludovic Baule. Les éleveurs ont en effet observé un pic de cellules au moment de l'ouverture du silo.
Pour remplir ses objectifs, le GAEC a réalisé un certain nombre d'investissements et des ajustements. Jusqu'alors le désherbage était effectué par une bineuse, l'ensemble des cultures étant semé à 60 d'écartement. Mais avec le passage au grain et à l'épi, les cultures seront semées à 75. Le maïs épi sera stocké dans une cellule inertée pour éviter la chauffe.
Pailleuse, DAL et béton
Le principal investissement est celui de la pailleuse automatique, début 2020, pour un montant de 140 000 euros. Elle a bénéficié d'une subvention de 30 000 euros au titre du PMBE (1). Le système alimente trois bâtiments, celui des vaches à la traite, celui des veaux logés dans une grange cistercienne remarquable et celui des génisses, dans une stabulation récente.
Pour limiter les astreintes, un DAL a aussi été installé pour les veaux. Enfin, pour faciliter les déplacements des vaches, le chemin de liaison qui mène aux parcelles a été bétonné sur 800 mètres. Cet aménagement a largement amélioré le confort des bêtes en éradiquant notamment les problèmes de panaris au printemps, lorsqu'elles empruntaient ces itinéraires pentus et humides.
La stabulation des vaches est en aire paillée et logettes. Les bêtes sont nourries deux fois par jour, selon la méthode Obsalim fondée sur l’observation des bovins. Ce rythme les incite à sortir. L'accès à la stabulation est libre. Il y a autour de la ferme une vingtaine de padocks que les vaches pâturent une fois par jour au printemps ou pendant deux jours en été. Une partie de la luzerne est conduite au fil. Les vaches reviennent seules pour la traite. Lorsqu'il fait trop chaud, elle se réfugient également dans la stabulation où elle bénéficient de la ventilation. Le taux butyreux n'est pas extraordianire, mais l'élevage compense en qualité. Les vaches produisent en moyenne 5 000 litres de lait par an.
Un système efficace
L'exploitation a trouvé son rythme de croisière. Elle rembourse des annuités de 50 000 euros. Son EBE moyen sur trois ans est de 110 000 euros « avec des fluctuations », rappelle Ludovic Baule. Mais le ratio EBE sur produit brut est de 52%, ce qui témoigne d'un système efficace. Ainsi, en 2019, Biolait a payé en moyenne 440 euros les 1 000 litres. Les veaux mâles croisés sont vendus 450 euros à un mois et les femelles, 350 euros.
Isabelle Doucet
(1) Plan de modernisation des bâtiments d'élevage.