Un plan filière à 19 millions d'euros
La filière noix est en ordre de marche. Son plan d'action est ficelé et il ne manque plus qu'à l'inscrire dans le PDR (1) et mettre les financements en face. Cette stratégie réclame la mobilisation de 19 millions d'euros sur quatre ans pour que la Noix de Grenoble demeure une filière d'avenir, capable de s'adapter aux évolutions climatiques et aux attentes sociétales, de rester compétitive et de se développer d'un point de vue technique et commercial. Le dernier comité de pilotage, qui réunissait l'ensemble des acteurs de la filière, s'est déroulé le 9 septembre à Chatte.
C'est le CING (2) qui est à la manœuvre, épaulé par la chambre d'agriculture de l'Isère et la station de recherche Senura, pour élaborer ce plan d'action et le présenter aux collectivités. « La Noix de Grenoble est toujours là et les producteurs y tiennent », insiste Yves Borel, le président du CING. Il en veut pour preuve les 40 000 arbres replantés ou remis en état à la suite des intempéries de 2019. « C'est un signe de vitalité, porteur d'espoir. »
Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture, énumère les besoins de la filière : « Planter et renouveler les plantations ; produire autrement ; travailler sur les marchés, sur la segmentation de la filière avec le lancement d'une étude de marché ; qualifier les exploitations en Haute valeur environnementale et sur d'autres critères de qualité. » Il poursuit : « La chambre d'agriculture apporte son soutien technique aux producteurs pour replanter, évoluer et travailler sur la recherche en lien avec la station Senura. » Il estime que « l'urgence est à planter ou replanter avec des variétés AOP. »
Des pratiques alternatives
Pour Christian Mathieu, le président de la Senura, il est impératif de faire avancer la recherche au service des pratiques alternatives dans la lutte contre le colletotrichum et la mouche du brou. « Nous avons une expertise dans la protection des noyers contre les maladies et les ravageurs. Mais le frein de la lutte alternative est le coût à l'hectare. Si la Région prenait une partie de ces coûts en charge, nous augmenterions le nombre de surfaces suivies. » Il déplore que les projets de recherche déposés à la Région n'aient pas été retenus. Sémiomouche, une stratégie de lutte contre la mouche du brou sur le principe de la phéromone a été jugé trop orienté recherche. Tandis que celui qui permet de mieux connaître l'anthracnose A du noyer, le fameux colletotrichum, manque cruellement d'un cofinancement. Chaque projet mobilise une enveloppe de presque 300 000 euros. L'objectif de la station est avant tout de « répondre à la demande sociétale et aux besoins des producteurs pour avoir des noix de qualité », insiste Christian Mathieu. Le troisième volet pour lequel la Senura recherche des financements est celui du développement des outils d'aide à la décision en matière d'irrigation.
Financements complémentaires
« Il faut trouver les bons canaux », estime Jean-Claude Darlet pour parvenir à réunir les 19 millions d'euros nécessaires à la revitalisation de la filière. Il préconise donc de se tourner vers la Région et le PDR, mais aussi vers les départements, les intercommunalités, la production agricole et l'Etat via son plan de relance, notamment dans le cadre des questions agroenvironnementales.
En l'absence de Jean-Pierre Taite, conseiller régional et vice-président en charge de l'agriculture, c'est Guillaume Cloye, responsable du service agriculture, qui représentait la Région. Il a assuré de « la volonté de l'exécutif d'accompagner la filière » et plus particulièrement sur les investissements réalisés par les producteurs. Reste à faire correspondre les outils aux différentes actions listées et à trouver des financements compémentaires, « au-delà de l'outil existant qu'est le Feader(3) ». La Région a soutenu la filière à hauteur de 8 millions d'euros dans le cadre du dernier PDR (2014-2020) affectés aux calamités, aux investissements des Cuma ou encore à l'agroalimentaire.
Mais 2021 sera une année de transition avant que le prochain PDR soit mis en place. Aussi, les acteurs de la filière souhaitent que leur plan filière intègre l'actuel programme. Ce que la Région assure puisqu'il devrait être voté en commission permanente en décembre 2020. « Rien n'est acquis, rien n'est écrit », déclare cependant Yves Borel, qui rappelle que la filière redoute que le plan voté sur la dernière ligne droite ne récupère que quelques subsides du PDR. « Au-delà des 3 millions d'euros dédiés à la replantation pris sur le PDR qui s'arrête à la fin de l'année, je ne vois rien d'autre, peste le président du CING. Le problème, c'est celui des promesses jamais tenues. »
Irrigations et mesures environnementales
De leur côté, les départements de l'Isère et de la Drôme ont voulu se montrer au plus près des professionnels de la filière. Bernard Perazio, vice président du Conseil départemental de l'Isère croit en une « filière d'avenir », qui après avoir traversé les épreuves climatiques de 2019, a l'occasion de se restructurer. Le département de l'Isère a versé 9 millions d'euros à la filière depuis 5 ans, dont 2,1 millions d'euros sous forme d'aides. Mais l'élu rappelle que le département ne peut intervenir en direct dans le PDR sur lequel s'appuient toutes les actions. Pour autant il a répondu favorablement à tous les dossiers d'irrigation engagés dans le Sud-Grésivaudan. Le département poursuit également son soutien à la station Senura. « Nous pouvons intervenir sur certaines lignes comme la taxe d'aménagement réservée aux départements », ajoute Bernard Perazio. Elle pourrait être fléchée vers des mesures environnementales, comme par exemple, le développement de la HVE ou l'aide à la plantation de haies.
Isabelle Doucet
(1) PDR : Le Programme de développement rural contribue à la compétitivité de l'agriculture. Ses fonds proviennent du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) (3), que gère la Région.
(2) Comité interprofessionnel de la noix de Grenoble
Un plan, trois axes, quatre ans
Le premier axe du plan filière noix s'intitule « Produire autrement et s'adapter aux évolutions climatiques ». Sa réalisation s'élève à plus de 12 millions d'euros afin de développer des méthodes alternatives, l'irrigation, la lutte anti-grêle, des vergers résilients et écologiques, gérer les eaux de lavage et réaliser une étude sur les conséquences du changement climatique.Dans le deuxième axe, il est question de « Rester concurrentiel sur le marché ». Les actions doivent mobiliser près de 5 millions d'euros. Il s'agit de réaliser un état des lieux et d'élaborer un projet stratégique, de développer la compétitivité, de promouvoir la certification des exploitations et d'élaborer une nouvelle méthodologie de prévision de récolte.Enfin, le troisième axe vise à « Accompagner et développer la filière », moyennant près de deux millions d'euros. Il porte sur des actions de promotion et de communication (sur l'AOP et le métier d'agriculteur), sur l'accompagnement technique des producteurs, la vulgarisation des connaissances, l'animation de la filière, l'investissement dans la recherche expérimentale et la poursuite de la recherche sur la variété fernor.