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Crise agricole

Un plateau à sec

Les responsables de l'Etat et les élus ont rencontré les agriculteurs du plateau de Crémieu pour passer le secteur à la loupe.
Un plateau à sec

Unis face à la sècheresse de 2015, des agriculteurs du plateau de Crémieu se sont rassemblés en un collectif dépassant toutes les obédiences syndicales. Ils se sont retrouvés lundi 10 octobre pour évoquer la situation du secteur, à la mairie d'Annoisin-Chatelans, en présence du préfet de l'Isère, Lionel Beffre, du sous-préfet de La Tour-du-Pin, Thomas Michaud, du vice-président du Département délégué à l'agriculture, Robert Duranton, de la directrice de la DDT, Marie-Claire Bozonnet, de la maire de la commune, Nora Chebbi et d'Olivier Bonnard, conseiller régional.
Emile Vidon, un des artisans du collectif et membre de la Confédération paysanne a fait part de son « sentiment d'inachevé » suite à la reconnaissance de calamité agricole pour le secteur de Crémieu. Le préfet a détaillé la situation : les dossiers ont été analysés un par un. Sur 81 demandes, seulement 27 étaient éligibles, dont six sur le plateau de Crémieu. Sur une enveloppe de 200 000 euros, 68 000 euros d'aides ont été versés. « A tort, on a laissé entendre qu'une indemnisation était possible et à l'arrivée seulement un tiers des dossiers sont indemnisables », reconnaît le préfet de l'Isère.

Accès à l'eau

Marcel Gautier, adjoint au maire et agriculteur retraité, a fait part des difficultés liées à l'accès à l'eau dans le secteur. « C'est un plateau d'élevage où les exploitants dépensent beaucoup d'énergie à chercher de l'eau ». L'élu a également mentionné les difficultés liées à l'implantation des Cipan dans une région à la fois touchée par la sècheresse et où les trésoreries sont exsangues. Marie-Claire Bozonnet a précisé que les dérogations pour les implantations tardives de Cipan ne pouvaient être accordées qu'au cas par cas. Quant à l'eau, puisque le Département et la Région ne peuvent soutenir que des projets d'irrigation, la profession agricole réfléchit à d'autres montages pour le financement de points d'eau. Pour Olivier Bonnard, il convient « d'accompagner un projet structurant. C'est du concret », a-t-il lancé en proposant de monter un dossier Feader. Avec cependant un bémol dans l'émergence de projets : « Il y a un problème de représentativité agricole », a souligné le conseiller régional.
Le préfet de l'Isère a profité de cette rencontre pour faire le point sur la redéfinition du périmètre des zones vulnérables. « Nous avons bon espoir, a-t-il déclaré. Il y aura 30 à 40 communes de moins en Isère et le plateau de Crémieu est concerné. »

Diversification

Didier Villard, vice-président de la chambre d'agriculture a résumé la situation du plateau de Crémieu, une zone défavorisée qui rencontre « de grosses difficultés comme nulle part ailleurs ». La sècheresse y est récurrente avec des déficits de fourrages, mais il y a aussi un vrai problème de gestion de la chasse, avec une intensification des dégâts liés au gibier. Le risque est celui de la déprise agricole. « Comment garder, adapter nos structures, comment se diversifier », interroge le représentant de la chambre d'agriculture, conscient qu'il est difficile de prendre un virage quand « l'agriculture est malade ».
Certains ont plaidé pour la reconduction des contrats MAEC, l'enveloppe étant déjà épuisée, il serait dommage de décourager les agriculteurs engagés dans des démarches en faveur de l'environnement. Les solutions de diversification évoquées vont du chanvre à la lavande. « A condition de trouver une base de transformation et de contractualisation », a prévenu Jérôme Crozat, de la FDSEA. Le député Alain Moyne-Bressand a signalé à ce sujet que la cimenterie Vicat était à la recherche de chanvre pour ses matériaux ; autant de pistes à creuser comme celle de la remise en route de l'abattoir de Hières-sur-Amby. « Nous allons regarder tous les projets qui peuvent se développer sur l'ensemble du territoire », a réaffirmé Robert Duranton. Il a rappelé que le département, ne pourrait renouveler le geste de l'an passé en matière d'aides directes à l'agriculture, en raison de la mise en œuvre de la loi Notre. En revanche, la collectivité se dit prête à étudier toutes les solutions en lien avec son projet de pôle alimentaire.

Isabelle Doucet