Un rêve, devenu une réalité économique et environnementale
« L'élevage de chèvres, c'est le projet de ma femme, Marion », indique sans préambule Yannick Rochas. Pour autant, à voir le jeune éleveur évoluer dans l'exploitation, il ne fait aucun doute que leur projet de création de chèvrerie dans les terres familiales de Lans-en-Vercors est partagé. Et réfléchi. Mûrement réfléchi.
Vivre au pays
Leurs envies étaient complémentaires. Marion Rochas passionnée par les chèvres, voulait s'installer. Et Yannick Rochas, vertacomirien dans l'âme, parti pour suivre des études agricoles, voulait vivre au pays. Comme elle était fonctionnaire au parc naturel régional du Vercors, ils décident que c'est lui qui porterait l'installation, et qu'au moment où celle-ci deviendrait viable pour deux personnes, elle le rejoindrait. Une façon de garder un salaire extérieur, pour faire vivre la petite famille au début de l'aventure - ils sont parents de trois petites filles -, et rassurer les banques sollicitées pour les accompagner dans leur projet. Yannick Rochas a franchi le pas en janvier 2011.
Un bâtiment auto-construit
Il n'estime pas avoir une fibre écologiste très développée. Pourtant, quand il détaille leur projet, la construction du bâtiment et le fonctionnement de l'exploitation, leur démarche ne souffre d'aucune incohérence. « Une exploitation agricole est source de nombreux impacts pour son environnement. Mais nous avons voulu les limiter. Pour cela, notre bâtiment, qui comprend une chèvrerie, une fromagerie et un magasin de vente, auquel nous avons accolé notre maison d'habitation, s'intègre bien dans le paysage. Il est fonctionnel, lumineux, modulable, et économe en énergie ». Aidés de leurs familles, ils l'ont donc construit eux-mêmes au cours de l'année 2011. Cela leur a permis de limiter son coût (sans la maison, 120 000 euros, au lieu de 200 000) mais pas sa qualité. La construction allie le bois, en provenance directe de la forêt du Vercors, et le béton cellulaire, connu pour ses propriétés isolantes. Le chauffage et l'eau chaude sanitaire, quant à eux, sont assurés par des panneaux solaires, couplés à une chaudière à bois déchiqueté. Le traitement des déchets a été particulièrement étudié. Celui des effluents de la fromagerie est assuré par un filtre à roseau. La litière est utilisée comme engrais. Le reste des aliments non consommés par les 35 chèvres est donné aux ânes. Quant au petit lait issu de la transformation du lait en fromages, il sert à l'alimentation des quatre cochons qu'ils élèvent pour la vente et leur consommation personnelle.
Cinq visites d'exploitation
Chez les Rochas, rien ne se perd, tout est valorisé. Le fonctionnement de leur exploitation est le résultat des racines paysannes de Yannick (son père et son oncle étaient en gaec laitier dans la commune), allié aux diverses expériences qu'ils ont réalisées au cours de leur parcours. Car le couple savait ce qu'il voulait faire. Et surtout ce qu'il ne voulait pas faire. Ils ont donc visité cinq exploitations aux caractéristiques similaires au projet qu'il souhaitait développer. Pour s'enrichir des bonnes idées (l'installation d'une vitre entre la chèvrerie et le magasin, pour mettre en évidence le circuit très court de leur exploitation : de la production à la vente) et ne pas reconduire les erreurs ou les configurations qui ne leur correspondaient pas (une fromagerie petite et sombre). Quatre ans après l'installation du jeune homme, l'exploitation fonctionne bien. Ils sont arrivés à produire rapidement de bons fromages et à les commercialiser au sein de circuits de proximité « qui leur permettent d'avoir des niveaux de prix satisfaisants pour eux et corrects pour les consommateurs ». L'exploitation fonctionne d'ailleurs tellement bien que le rêve d'enfance de Marion Rochas est sur le point de se réaliser. Son installation est prévue pour janvier prochain.