Un territoire sous pression
Le territoire qui s'étend autour de l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry est en passe de devenir une aire métropolitaine de dimension internationale. Avec la proximité de l'agglomération lyonnaise, la présence de l'aéroport, d'axes de de circulation routière et ferroviaire particulièrement développés, ainsi que de sites d'accueil d'activités économiques aux raisonnances locale et internationale, il s'agit d'une zone à enjeux majeurs. Les opérateurs économiques, relayés par les collectivités locales, motivées par l'emploi et une meilleure desserte de leur territoire, ont voulu revoir l'organisation de l'aménagement de la zone. Conséquence : la directive territoriale d'aménagement (DTA) de l'aire métropolitaine lyonnaise a été remise en question en 2013. Depuis, les différents acteurs, sous couvert de la préfecture de région, travaillent à sa modification.
Un avenir favorable
L'exercice est difficile. Concilier les besoins de développement économique et une maîtrise des opérations sur le long terme, pour éviter les consommations excessives de foncier. Mais, dans ce territoire, la pression est forte et, pour certains, la zone est vouée a être urbanisée depuis longtemps. Comme l'indique Gérard Dezempte, président de la communauté de communes Porte Dauphinoise de Lyon-Saint-Exupéry, « on ne peut pas empêcher l'évolution de la métropole lyonnaise. Nous sommes imbriqués dans le tissu de Saint-Exupéry. C'est une véritable chance que d'être contigus à cette zone qui bénéficie d'un avenir incontestablement favorable ». Pour Jean Papadopulo, président de la communauté d'agglomération Porte de l'Isère, la modification de la DTA « représente le prolongement de zones artisanales qui existent déjà. Il est aujourd'hui nécessaire de réorganiser ce schéma d'aménagement, pour éviter les spéculations financières et permettre la maîtrise du foncier ».
Des outils de maîtrise foncière
En préfecture de région, les comités de pilotage se sont succédés depuis deux ans. Car, si ce développement est une aubaine et une opportunité à ne pas laisser passer pour certains, il est, pour d'autres, la source de nombreuses inquiétudes, puisqu'au total, 900 hectares de surfaces agricoles, implantées au sein de 24 communes et trois départements, sont concernés. Malgré les volontés affichées en matière de préservation de l'activité agricole, les craintes des représentants des chambres d'agriculture de l'Isère et du Rhône subsistent. « Les dispositifs de garde-fous qui devaient être mis en place au sein de la DTA ont été largement rabotés au fil du temps. Nous avons l'impression que les collectivités locales, au regard du contexte économique, sont enclines à répondre favorablement à toutes les requêtes des opérateurs », avance André Coppard, responsable du comité d'orientation Espace-territoire-environnement à la chambre d'agriculture de l'Isère. Et d'ajouter : « Nous comprenons bien les besoins de développement économique. Nous n'y sommes pas hostiles. Mais lorsque le préfet de région fait état de l'utilisation d'outils de maîtrise foncière tels que les baux à construction, les collectivités locales émettent rapidement des réserves prétextant que les opérateurs pourraient ne pas accepter ce type de montage. Si une dérogation peut être envisagée, elle ne doit pas devenir la norme ». Si les collectivités territoriales indiquent vouloir « travailler main dans la main » avec le monde agricole, veiller à la création d'un PAEN (Périmètre d'aménagement des espaces agricoles et naturels), les représentants de la profession agricole ont le sentiment que les volontés de préservation du foncier ne s'appliquent que dans les zones qui ne font pas l'objet de projets d'aménagement.
Des réserves
La modification de la DTA, qui prévoit de fortes emprises dans les secteurs sud de Saint-Exupéry et nord du parc de Chesnes, sera signée après l'approbation du protocole d'engagement par les collectivités. Cela devrait être fait avant la fin du mois. L'étape suivante sera le lancement de la gouvernance opérationnelle par le pôle métropolitain, qui regroupe les agglomérations de Lyon, Saint-Etienne, Bourgoin-Jallieu et Vienne, élargi aux communautés de communes du secteur, et les EPCI (établissement public de coopération intercommunale) concernés. La gouvernance stratégique restera comme actuellement, du ressort du comité de pilotage (Etat, préfecture de région, avec une participation des organismes consulaires). En attendant, les chambres d'agriculture de l'Isère et du Rhône continuent d'émettre des réserves. Les interrogations sur le sujet restent nombreuses et les tensions palpables. Interrogées, la DDT de l'Isère et la chambre de commerce et d'industrie du nord-Isère n'ont pas souhaité répondre à nos questions.
*Une DTA fixe, sur certaines parties du territoire, les orientations fondamentales de l'Etat en matière d'aménagement et d'équilibre entre les perspectives de développement, de protection et de mise en valeur des territoires. La directive territoriale d'aménagement de l'aire métropolitaine lyonnaise, a été élaborée par l'Etat dans les années 2000.
Source : Préfecture du Rhône
Isabelle Brenguier
Une logique de consommation excessive
« C'est incontestable, la modification de la DTA de Saint-Exupéry est une source d'inquiétude. D'autant qu'elle se présente moins de dix ans après avoir effectué un remembrement », indique Jérôme Crozat, agriculteur à Janneyrias et vice-président de la FDSEA. Et de s'interroger sur la valeur ajoutée des projets qui s'implantent. « Il s'agit de grands entrepôts qui génèrent très peu d'emplois à l'hectares. Il y en a déjà beaucoup dans le parc d'activités de Chesnes, et ils sont nombreux à être vides. Il faudrait d'abord réhabiliter l'existant avant de vouloir encore construire du neuf. En France, nous avons une logique de consommation excessive. Tout est construit à plat. Nous devrions nous inspirer de ce qui se fait en Suisse, où les constructions sont réalisées sur plusieurs niveaux ». Le point de vue de Robert Ballefin, céréalier, et, par ailleurs, premier-adjoint dans la commune de Satolas-et-Bonce, est plus modéré : « En tant qu'agriculteur, bien sûr que je suis opposé à ce développement et à ces conséquences. Mais, en tant que premier adjoint, comme de toute façon, la zone est condamnée, je considère qu'il s'agit d'une opportunité pour proposer des emplois à la population. Mais je préférerais l'implantation d'usines de fabrication à des entrepôts de stockage. Elles emploieraient plus de personnel ».
I.B.