Accès au contenu
Horticulture

Un traitement à plusieurs vitesses

La filière pépinière et horticole a subi de très grosses pertes et vit mal le traitement inégal subi pendant la période de confinement.
Un traitement à plusieurs vitesses

 Des pertes colossales. C'est le triste bilan que les horticulteurs pépiniéristes ont pu constater au sortir de la période de confinement qu'ils ont vécu comme tous les Français. Mais eux ont perdu au moins les trois quarts de leur chiffre d'affaires. « François Félix, le président isérois de la FNPHP, a eu une réunion téléphonique il y a quelques jours avec le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume. Il lui a fait part de la situation extrêmement grave des producteurs horticoles. 200 millions d'euros de pertes ont été enregistrés par la filière au niveau national, 22 millions uniquement pour la région Aura », raconte Dominique Bonnardon, représentant départemental de la filière.
L'amertume est perceptible dans la voix du responsable horticole. « Quatre départements en France ont reçu une autorisation préfectorale permettant aux horticulteurs pépiniéristes de vendre leurs plantes. En Isère, non. Le préfet attendait la décision du préfet de région tandis que celui-ci attendait le feu vert de Paris. Rien n'est venu alors que nos voisins drômois pouvaient vendre. Dans le même temps, les grandes surfaces ont vendu des plantes, la plupart du temps importées, et certaines ont créé un espace spécifique pour répondre à la demande alors qu'elles n'avaient pas de rayons en temps normal. Ensuite il y a une une autorisation pour ceux qui avaient un rayon d'alimentation animale, puis pour ceux qui avaient des plants de légumes. Mais pas d'autorisation pour les plantes d'ornement. C'est pourtant au printemps que l'on fait l'essentiel de notre chiffre d'affaires. » Alors la filière et le marché ont vécu des situations à plusieurs vitesses que beaucoup de professionnels ne comprennent pas. « En limite de département, nos propres clients allaient se servir en Drôme alors que nous ne pouvions rien faire, continue Dominique Bonnardon. Ceux qui ont un magasin avec de l'alimentation animale ont pu s'en sortir relativement, tandis que ceux qui n'ont que les foires ou les marchés locaux, n'ont pas eu d'activité pendant deux mois. »
Et à la sortie du confinement, beaucoup de plantes ont dû être détruites car elles avaient trop attendu. « Pour certaines, il pouvait y avoir rempotage, mais il faut la main-d'oeuvre, des gros pots, une plateforme et une installation d'irrigation adéquate, cela ne s'improvise pas et tout le monde n'en est pas équipé, moi le premier. »
Alors les pépiniéristes-horticulteurs espèrent une prise en charge des destructions par des fonds européens, une exonération des charges patronales sur les salaires durant la période de confinement et un soutien des pouvoirs publics à la promotion des produits de l'horticulture d'origine française.

Jean-Marc Emprin