Un traqueur contre le dopage technologique
Depuis plusieurs années, le dopage dans les courses cyclistes ne concerne pas uniquement le coureur mais aussi son matériel : on parle de dopage technologique ou mécanique. Afin de lutter contre cette fraude, l'Union cycliste internationale (UCI) a fait appel au Laboratoire d'électronique et de technologie de l'information (Leti) pour développer un système anti-fraude. Ce laboratoire grenoblois faisant partie Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) aide depuis plusieurs années les entreprises et organisations sportives. Pour limiter ce type de dopage, le Leti cherche à développer un traqueur magnétique qui détecterait la présence d'un moteur dans le vélo. Chaque moteur émet un signal magnétique qu'il est possible de capter. « Le but est d'équiper tous les vélos d'un traqueur magnétique. Il détecte le champ magnétique d'un moteur et envoie une alerte aux organisateurs », explique Jean-Philippe Gros, chercheur au Leti. De la taille d'une demie-carte bancaire, ce traqueur sera posé à l'extérieur du vélo.
Des failles dans les systèmes existants
Actuellement, l'UCI fait des contrôles ponctuels lors des évènement sportifs. Les agents de l'UCI utilisent des tablettes qu'ils passent devant les parties du vélo en quelques secondes pour détecter de possibles fluctuations de champs magnétique, confirmant la présence d'un moteur. L'UCI a réalisé 40 000 contrôles de ce type en deux ans dont 4 000 sur le Tour de France 2017. Mais ce système connait quelques failles : il détecte des « faux positifs » à savoir qu'il confond par exemple un pédalier et un moteur. De plus, de nouveaux types de moteurs peuvent arriver sur le marché et ne pas être détectés par la tablette. Actuellement, les moteurs se situent le plus aisément dans la barre de selle. Mais certains passionnés arrivent à le cacher dans le pédalier, dans la jante ou même le moyeu de roue. Le fonctionnement d'une course ne facilite pas non plus le contrôle. Les cyclistes peuvent changer de vélo en cours de route pour diverses raisons et il est donc difficile de contrôler en permanence.
Un traqueur plus sensible
Le nouveau traqueur développé doit donc être plus sensible pour éviter la détection des faux-positifs et être posé directement sur le vélo pour avoir un contrôle permanent durant la course. Afin de prévenir les différents risques à venir, le laboratoire fonctionne en deux équipes. La première s'occupe de développer le traqueur, la seconde est chargée de voir comment le contourner.
La détection de la fraude technologique est d'autant plus importante que le dopage technologique n'est pas reconnu comme une infraction pénale en France. C'est actuellement aux fédérations sportives de décider des sanctions à appliquer. A l'inverse, le dopage du coureur est sanctionné pénalement avec des années d'emprisonnement et des amendes selon les cas. Ce partenariat entre l'UCI et le Leti ne date que de février dernier, et ce nouveau traqueur ne sera utilisé qu'à partir de 2019. En attendant, l'UCI utilise son système de tablettes pour le Tour de France 2018. Pour pallier les failles, elle complète par un caisson mobile qui permet de passer les vélos aux rayons X ou encore par une détection thermique. Mais ces systèmes sont plus longs et plus coûteux que le système de tablettes.