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Planteurs de tabac

Un ultimatum pour 0,5 centimes d'euros par paquet de cigarette

Après les éleveurs laitiers puis les allaitants, c'est au tour des tabaculteurs de réclamer des prix plus rémunérateurs. Ils viennent de lancer un ultimatum qui s'adresse aussi bien aux pouvoirs publics qu'aux industriels et débitants. Et se préparent, si nécessaire, à manifester devant l'Assemblée nationale.
Un ultimatum pour 0,5 centimes d'euros par paquet de cigarette
« Dans quelques jours, une nouvelle augmentation substantielle du prix des cigarettes va permettre à l'Etat d'engranger près de 700 millions d'euros supplémentaires dans ses caisses et profitera à l'ensemble du secteur aval, industriels et débitants. Une nouvelle fois, seul le premier maillon de la filière, les tabaculteurs producteurs de matière première, devrait être exclu de cette hausse, dénonce France Tabac, l'union des coopératives agricoles du secteur. Or, ce premier maillon fait actuellement face à une situation explosive : après l'abandon des soutiens communautaires dans le cadre de la réforme de l'OCM* tabac, les planteurs français et européens se trouvent confrontés de plein fouet au marché mondial et à la concurrence déloyale de pays tiers aux règles sociales, sanitaires et environnementales des plus légères. Aussi, malgré de gros efforts de restructuration de la filière pour regagner en compétitivité et des négociations serrées avec les acheteurs, les planteurs auraient besoin de moins de 0,5 centime d'euro par paquet de cigarette pour assurer la survie de leurs exploitations familiales et des 10 000 emplois qui y sont liés, contribuant ainsi au maintien de l'activité en milieu rural ».
Toujours un euro manquant par kilo
« Pour l'instant, les cigarettiers n'envisagent pas d'apporter plus d'un euro supplémentaire au prix commercial d'1,6 euro à 1,7 euro par kilo pratiqué quand nous bénéficions d'un soutien communautaire, révélait en effet Roland Primat, le président d'Agri Tabac, la coopérative agricole du Sud-Est, à l'occasion de la dernière journée technique organisée à Beaurepaire. En restructurant nos organisations tabacoles, nous allons économiser l'équivalent de cinquante centimes d'euro par kilo. Mais il reste encore environ un euro d'écart et je ne vois pas où nous pourrions encore presser le citron sans renoncer à un minimum de contacts avec les producteurs. Alors que nous savons que les industriels peuvent se serrer un peu plus la ceinture et que l'Etat s'est engagé à maintenir une filière tabacole en France. Il ne faut pas plus de vingt millions d'euros pour ce faire, tandis que la hausse de 6 % des prix des cigarettes programmée dans la loi de finances 2011 devrait, elle, rapporter près de 700 millions. Les calculs sont clairs ». Et les producteurs de tabac déterminés à obtenir au moins 12 à 15 millions d'euros pour leurs plantations.
« Les moyens existent ; les solutions juridiques euro-compatibles également, selon France Tabac. Mais, pour l'heure, aucune alternative crédible n'est proposée aux planteurs pour faire face à leur baisse de revenus. Si les pouvoirs publics [comme les industriels et débitants] restent sourds à cette revendication de cinq dixièmes de centime d'euro par paquet de cigarettes, la filière tabacole est déterminée à faire entendre sa voix mercredi 3 novembre en manifestant devant l'Assemblée nationale, à l'occasion de l'examen du projet de loi de finances ». Si les tabaculteurs devaient en arriver à une telle extrémité, « l'objectif d'Agri Tabac est de mobiliser plus d'une centaine de producteurs sur les 170 membres que compte la coopérative », indique Etienne Voge, le responsable opérationnel de l'entreprise.
Cécile Fandos
*OCM : organisation commune de marché.