Bovins : maladie des muqueuses
Un virus insidieux à dépister rapidement
La BVD, ou maladie des muqueuses, est un virus qui se répand facilement dans les élevages de bovins et peut provoquer des pertes économiques conséquentes pour l'éleveur. Un diagnostic rapide permet de mettre en place un plan sanitaire efficace pour maîtriser sa circulation.
« En février 2009, j'ai appelé mon vétérinaire car un de mes veaux avait des problèmes pour respirer. Et, il était moins développé que les autres. Il est donc venu lui faire une prise de sang et les résultats ont montré qu'il était atteint par la maladie des muqueuses et était né avec. Deux jours après, il est mort. Si je n'avais pas fait faire le dépistage, je ne me serais peut-être rendu compte de rien car les autres animaux allaient bien », témoigne Mathieu Reynier, jeune éleveur de vaches de race Limousine - il possède un cheptel de 120 bêtes - installé à La Mûre depuis 2005. Ainsi, en 2009, il a donc dû faire face à l'arrivée d'un virus au sein de son troupeau : celui de la BVD (diarrhée virale bovine) ou plus communément appelé maladie des muqueuses. Une maladie connue depuis une cinquantaine d'années et contre laquelle aucun dépistage automatique n'est réalisé, car elle ne fait pas partie des maladies règlementées, comme peuvent l'être la tuberculose ou l'IBR (Rhinotrachéïte infectieuse bovine).
IPI: des veaux incapables de résister à l'infection
« Lorsqu'un animal est contaminé par ce virus, il fabrique des anticorps, l'élimine et ne développe pas la maladie. Mais, si une vache gestante l'attrape, cela devient plus dangereux car ce virus peut passer la barrière placentaire et donc, contaminer le veau », explique Edwige Venereau, vétérinaire au Groupement de défense sanitaire de l'Isère (GDS 38).
Si cela arrive dans les deux premiers mois de gestation, il peut y avoir des problèmes de reproduction : « L'embryon meurt et l'éleveur devra alors réinséminer sa vache. Cela peut lui mettre la puce à l'oreille pour dépister rapidement la maladie. Le virus pourrait passer davantage inaperçu si la reproduction est faite naturellement avec un taureau », souligne la professionnelle.
Par contre, si le virus contamine le fœtus entre le 30e et le 125e jour de gestation, « il peut y avoir deux solutions : soit un avortement, soit le veau continue à se développer pendant le reste de la gestation. Dans cette deuxième hypothèse, le système immunitaire de l'animal, qui est en train de se construire, perçoit le virus comme étant une cellule "normale" de l'organisme du veau. A la naissance, le veau sera incapable de développer une résistance à l'infection. Il développera sans cesse le virus et pourra contaminer tous les autres animaux. C'est ce qu'on appelle un IPI, c'est-à-dire un animal infecté permanent immunotolérant ».
C'est donc ce qui est arrivé à Mathieu Reynier, en février 2009. Un IPI a été découvert dans son élevage. S'en est suivi un dépistage systématique des autres animaux par des analyses sanguines. Au total, 12 veaux seront déclarés IPI et la quasi-totalité des autres animaux ont été déclarés positifs en sérologie. « Ce qui veut dire qu'ils ne sont pas nés avec le virus, mais qu'ils y ont été exposés. Ils ont alors développé les anticorps et éliminé la maladie. Ils ne sont pas contagieux, contrairement aux IPI qui diffusent du virus et contaminent les autres animaux du troupeau. Les IPI peuvent être plus sujets à des diarrhées, un sous-développement, des problèmes respiratoires, voire des malformations. C'est ces symptômes-là qui indiquent le problème à l'éleveur, mais il est aussi possible que celui-ci ne s'aperçoive de rien », précise Edwige Venereau.
Un plan pour maîtriser l'évolution du virus
Pour le jeune éleveur de La Mure, la découverte du virus est une réelle surprise. « Les 12 veaux qui ont été déclarés IPI n'avaient pas du tout l'air malades et ne présentaient aucun symptôme. Je n'avais pas tellement eu de problème de reproduction ou d'avortement, alors je ne me doutais de rien. D'autant plus qu'à l'achat de mes bêtes, je les ai prises dans le Limousin et je leur ai fait faire à chacune un kit intro qui permet de dépister toutes les maladies dont la BVD. Mon cheptel était à l'origine indemne ». Conseillé par son vétérinaire, Mathieu Reynier entre alors en contact avec le GDS 38 pour mettre en place un "plan BVD". Le but ? Prendre des mesures pour maîtriser la circulation du virus sur l'exploitation. Une fois les animaux diagnostiqués, la première chose à faire est d'isoler les IPI, principale source d'infection d'un troupeau. Ces animaux sont ensuite abattus. « Ils sont éliminés directement à la boucherie ou à l'équarissage rapidement après la connaissance du résultat positif. La viande peut ensuite être consommée sans problème car ce n'est pas une maladie transmissible à l'homme. Et pour les éleveurs, en plus de l'aide financière du GDS et du Conseil général délivrées pour les analyses de dépistage, une aide de 77 euros est versée pour chaque animal atteint éliminé », indique la vétérinaire du GDS 38. Le Murois suit à la lettre les recommandations du GDS et enlève du reste du troupeau les 12 IPI dès qu'il prend connaissance des résultats des analyses. « Après les avoir éliminés, j'ai dû faire des dépistages systématiques sur toutes les vaches qui vêlaient. Un seul IPI a été trouvé. Il n'a contaminé personne car dès qu'il y avait un vêlage, j'emmenais le veau chez le vétérinaire pour faire un dépistage. Tant que je n'avais pas le résultat, il restait à l'écart du troupeau », raconte-t-il.
Une vigilance permanente
Le plan BVD du GDS s'est terminé pour lui en juin. Soit une durée totale d'un peu plus d'un an. Le GDS clot le plan de son côté quand tous les bovins susceptibles d'être IPI ont été dépistés. « Maintenant, je vais vacciner l'ensemble de mon troupeau avec le vaccin Mucosiffa. Il est pratique car une seule injection suffit. Je pense que je le ferai toutes les années, par précaution, car j'emmène mes vaches à l'alpage l'été et je pense que c'est là-bas qu'elles ont été en contact avec le virus », analyse-t-il. Une démarche que conseille Edwige Venereau : « Il faut vacciner avant la reproduction pour éviter toute nouvelle contamination. Deux types de vaccin existent, mais le seul qui garantit de ne plus avoir d'IPI est le Bovilis BVD. C'est aussi le plus contraignant car il faut faire deux rappels ». Aujourd'hui, après avoir rigoureusement suivi le plan proposé par le GDS, Mathieu Reynier est soulagé d'avoir éloigné le virus. Mais, il reste malgré tout vigilant et prévoit de faire un nouveau contrôle en 2011 de peur que le vaccin ne soit pas efficace à 100 %.
Lucile Ageron
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Repères
Symptômes et circulation du virus
Les symptômes : On observe chez les animaux malades de la fièvre, une perte d'appétit, un abattement, de la diarrhée, et de possibles ulcérations dans la bouche. Des maladies respiratoires et des malformations peuvent aussi être symptômatiques du virus. Le passage de celui-ci est également responsable de mortalité embryonnaire. Les éleveurs observent alors des retours en chaleur, avec, en général, une durée de cycle anormal. Des avortements pendant la gestation sont également possible.
Le virus : Il appartient à la famille des pestivirus, responsables d'importantes maladies en élevage et ne fait pas partie des maladies règlementées. Les bovins peuvent l'attraper très rapidement : un seul contact de mufle à mufle suffit. Cela peut arriver dans les prés proches du voisinage, lorsque les éleveurs prennent des animaux en pension ou laissent les leurs, lors de concours, ou en alpage lorsque les vaches de plusieurs élevages sont en contact entre elles. Ce virus est difficile à contrecarrer. Il y a peu de choix à part la vaccination.
L.A
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Journée sanitaire du GDS
S'informer sur la BVD
Comme chaque année, le groupement de défense sanitaire de l'Isère (GDS 38) organise une journée sanitaire. Elle aura lieu le jeudi 9 décembre, à la salle des fêtes de Tullins, et sera consacrée à la BVD, ou maladie des muqueuses, ainsi qu'aux maladies causées par des virus de la même famille, comme la "Border Disease" (maladie des ovins, présentant une parentalité étroite avec le virus de la BVD). Dès 13h30, des professionnels donneront des conférences et les éleveurs pourront leur poser directement des questions. Au programme des interventions : Marie-Anne Arcangioli, professeure à l'école vétérinaire de Lyon, présentera la maladie et ses symptômes. Eric Maucci, du laboratoire vétérinaire départemental de Haute-Savoie parlera des analyses de dépistage pour la BVD et la Border. Ensuite, Jean-Luc Champion, vétérinaire au GDS des Alpes de Haute-Provence, s'attachera à expliquer ce qu'est la Border. Enfin, René Fournier, du laboratoire Intervet, attirera l'attention sur la vaccination.
Renseignements auprès du GDS 38 au 08 20 48 24 37 (0,11 euros TTC/minute)
L.A
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IPI: des veaux incapables de résister à l'infection
« Lorsqu'un animal est contaminé par ce virus, il fabrique des anticorps, l'élimine et ne développe pas la maladie. Mais, si une vache gestante l'attrape, cela devient plus dangereux car ce virus peut passer la barrière placentaire et donc, contaminer le veau », explique Edwige Venereau, vétérinaire au Groupement de défense sanitaire de l'Isère (GDS 38).
Si cela arrive dans les deux premiers mois de gestation, il peut y avoir des problèmes de reproduction : « L'embryon meurt et l'éleveur devra alors réinséminer sa vache. Cela peut lui mettre la puce à l'oreille pour dépister rapidement la maladie. Le virus pourrait passer davantage inaperçu si la reproduction est faite naturellement avec un taureau », souligne la professionnelle.
Par contre, si le virus contamine le fœtus entre le 30e et le 125e jour de gestation, « il peut y avoir deux solutions : soit un avortement, soit le veau continue à se développer pendant le reste de la gestation. Dans cette deuxième hypothèse, le système immunitaire de l'animal, qui est en train de se construire, perçoit le virus comme étant une cellule "normale" de l'organisme du veau. A la naissance, le veau sera incapable de développer une résistance à l'infection. Il développera sans cesse le virus et pourra contaminer tous les autres animaux. C'est ce qu'on appelle un IPI, c'est-à-dire un animal infecté permanent immunotolérant ».
C'est donc ce qui est arrivé à Mathieu Reynier, en février 2009. Un IPI a été découvert dans son élevage. S'en est suivi un dépistage systématique des autres animaux par des analyses sanguines. Au total, 12 veaux seront déclarés IPI et la quasi-totalité des autres animaux ont été déclarés positifs en sérologie. « Ce qui veut dire qu'ils ne sont pas nés avec le virus, mais qu'ils y ont été exposés. Ils ont alors développé les anticorps et éliminé la maladie. Ils ne sont pas contagieux, contrairement aux IPI qui diffusent du virus et contaminent les autres animaux du troupeau. Les IPI peuvent être plus sujets à des diarrhées, un sous-développement, des problèmes respiratoires, voire des malformations. C'est ces symptômes-là qui indiquent le problème à l'éleveur, mais il est aussi possible que celui-ci ne s'aperçoive de rien », précise Edwige Venereau.
Un plan pour maîtriser l'évolution du virus
Pour le jeune éleveur de La Mure, la découverte du virus est une réelle surprise. « Les 12 veaux qui ont été déclarés IPI n'avaient pas du tout l'air malades et ne présentaient aucun symptôme. Je n'avais pas tellement eu de problème de reproduction ou d'avortement, alors je ne me doutais de rien. D'autant plus qu'à l'achat de mes bêtes, je les ai prises dans le Limousin et je leur ai fait faire à chacune un kit intro qui permet de dépister toutes les maladies dont la BVD. Mon cheptel était à l'origine indemne ». Conseillé par son vétérinaire, Mathieu Reynier entre alors en contact avec le GDS 38 pour mettre en place un "plan BVD". Le but ? Prendre des mesures pour maîtriser la circulation du virus sur l'exploitation. Une fois les animaux diagnostiqués, la première chose à faire est d'isoler les IPI, principale source d'infection d'un troupeau. Ces animaux sont ensuite abattus. « Ils sont éliminés directement à la boucherie ou à l'équarissage rapidement après la connaissance du résultat positif. La viande peut ensuite être consommée sans problème car ce n'est pas une maladie transmissible à l'homme. Et pour les éleveurs, en plus de l'aide financière du GDS et du Conseil général délivrées pour les analyses de dépistage, une aide de 77 euros est versée pour chaque animal atteint éliminé », indique la vétérinaire du GDS 38. Le Murois suit à la lettre les recommandations du GDS et enlève du reste du troupeau les 12 IPI dès qu'il prend connaissance des résultats des analyses. « Après les avoir éliminés, j'ai dû faire des dépistages systématiques sur toutes les vaches qui vêlaient. Un seul IPI a été trouvé. Il n'a contaminé personne car dès qu'il y avait un vêlage, j'emmenais le veau chez le vétérinaire pour faire un dépistage. Tant que je n'avais pas le résultat, il restait à l'écart du troupeau », raconte-t-il.
Une vigilance permanente
Le plan BVD du GDS s'est terminé pour lui en juin. Soit une durée totale d'un peu plus d'un an. Le GDS clot le plan de son côté quand tous les bovins susceptibles d'être IPI ont été dépistés. « Maintenant, je vais vacciner l'ensemble de mon troupeau avec le vaccin Mucosiffa. Il est pratique car une seule injection suffit. Je pense que je le ferai toutes les années, par précaution, car j'emmène mes vaches à l'alpage l'été et je pense que c'est là-bas qu'elles ont été en contact avec le virus », analyse-t-il. Une démarche que conseille Edwige Venereau : « Il faut vacciner avant la reproduction pour éviter toute nouvelle contamination. Deux types de vaccin existent, mais le seul qui garantit de ne plus avoir d'IPI est le Bovilis BVD. C'est aussi le plus contraignant car il faut faire deux rappels ». Aujourd'hui, après avoir rigoureusement suivi le plan proposé par le GDS, Mathieu Reynier est soulagé d'avoir éloigné le virus. Mais, il reste malgré tout vigilant et prévoit de faire un nouveau contrôle en 2011 de peur que le vaccin ne soit pas efficace à 100 %.
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Les symptômes : On observe chez les animaux malades de la fièvre, une perte d'appétit, un abattement, de la diarrhée, et de possibles ulcérations dans la bouche. Des maladies respiratoires et des malformations peuvent aussi être symptômatiques du virus. Le passage de celui-ci est également responsable de mortalité embryonnaire. Les éleveurs observent alors des retours en chaleur, avec, en général, une durée de cycle anormal. Des avortements pendant la gestation sont également possible.
Le virus : Il appartient à la famille des pestivirus, responsables d'importantes maladies en élevage et ne fait pas partie des maladies règlementées. Les bovins peuvent l'attraper très rapidement : un seul contact de mufle à mufle suffit. Cela peut arriver dans les prés proches du voisinage, lorsque les éleveurs prennent des animaux en pension ou laissent les leurs, lors de concours, ou en alpage lorsque les vaches de plusieurs élevages sont en contact entre elles. Ce virus est difficile à contrecarrer. Il y a peu de choix à part la vaccination.
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Comme chaque année, le groupement de défense sanitaire de l'Isère (GDS 38) organise une journée sanitaire. Elle aura lieu le jeudi 9 décembre, à la salle des fêtes de Tullins, et sera consacrée à la BVD, ou maladie des muqueuses, ainsi qu'aux maladies causées par des virus de la même famille, comme la "Border Disease" (maladie des ovins, présentant une parentalité étroite avec le virus de la BVD). Dès 13h30, des professionnels donneront des conférences et les éleveurs pourront leur poser directement des questions. Au programme des interventions : Marie-Anne Arcangioli, professeure à l'école vétérinaire de Lyon, présentera la maladie et ses symptômes. Eric Maucci, du laboratoire vétérinaire départemental de Haute-Savoie parlera des analyses de dépistage pour la BVD et la Border. Ensuite, Jean-Luc Champion, vétérinaire au GDS des Alpes de Haute-Provence, s'attachera à expliquer ce qu'est la Border. Enfin, René Fournier, du laboratoire Intervet, attirera l'attention sur la vaccination.
Renseignements auprès du GDS 38 au 08 20 48 24 37 (0,11 euros TTC/minute)
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