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L'apiculture

Un vrai métier, aux réels débouchés

Longtemps traitée à la marge, l'apiculture est en train de faire reconnaître sa réelle utilité, tant dans le milieu professionnel, qu'auprès de la société en général. Les circonstances économiques lui apportent des atouts lui permettant d'offrir de réelles perspectives à tout candidat à l'installation sérieux. La journée régionale organisée le 3 décembre à la Côte-Saint-André par l'Adara l'a démontré.
Un vrai métier, aux réels débouchés
Ce secteur-là n'est pas en crise. L'apiculture se porte plutôt bien et ceci pour plusieurs années. Cet axiome a été entendu au cours du troisième forum sur l'installation en apiculture organisé le 3 décembre à la Côte-Saint-André (Isère) au sein du lycée agricole voué à devenir dans les années qui arrivent une plaque tournante de la formation apicole régionale.
« La France est loin d'être auto suffisante, constate Philippe Dauzet, président de l'Adara (1), puisque nous ne produisons que la moitié de la consommation nationale de miel. Nous sommes dans un contexte favorable, avec une filière dynamique et une Région favorable à l'apiculture. Un Crof (2) et un Pep (3) sont en cours de montage, la filière se structure au niveau national, tout concourt donc à être optimiste ». Tous ces éléments favorisent une plus grande visibilité de l'activité apicole au sein de l'agriculture « dont elle fait totalement partie ».


Visibilité apicole
Laurent Joyet, animateur de la filière au sein de la chambre régionale d'agriculture, a donné quelques chiffres sur cette production. Mais ceux-ci datant de 2004, souffrent d'une certaine obsolescence. « Jusqu'à maintenant, la filière ne disposait que de peu d'outils ou de moyens financiers pour avoir des données actualisées » commente-t-il, précisant immédiatement qu'une enquête va être effectuée en 2011 pour disposer d'une meilleure photographie de l'apiculture régionale. Une nécessité, puisqu'entre 1994 et 2004, le nombre d'apiculteurs a baissé de 20%, alors que le nombre de ruches est resté stable. « On peut considérer que, depuis, l'activité a continué à se professionnaliser », estime-t-il.
Un marché dégagé et porteur
L'assistance participant à ce forum étant essentiellement composée de jeunes en formation agricole ou apicole, il était important de donner des perspectives. Nicolas Guintini, apiculteur professionnel et vice-président de l'Adara, a confirmé la bonne tenue des cours du miel. « Les cours du vrac ont augmenté plus vite ces dernières années que les cours du miel conditionné, prenant le contrepied d'une situation antérieure », explique-t-il. « Et les pays traditionnellement gros exportateurs mondiaux (Turquie, Amérique du sud, pays de l'Est) ont plutôt des difficultés, eux aussi, à maintenir leurs niveaux de production », renchérit Philippe Dauzet. La situation semble donc dégagée pour tous les projets d'installation, surtout que le nombre d'apiculteurs et de ruches a tendance à baisser depuis quelques années.
Installation progressive et autofinancée
Plusieurs témoignages ont apporté quelques pistes de réflexions aux futurs professionnels. Une caractéristique commune à tous réside dans l'installation progressive de chacun. C'était déjà le cas pour Pierre Fontaine en 1996. Agnès Pila et Rémi Hermier l'ont confirmé. Il faut compter au moins deux ans pour s'installer réellement à titre professionnel, en raison d'une montée en puissance progressive du cheptel. Deux bonnes raisons à cela : particulièrement technique, la connaissance des abeilles, de leur fonctionnement, des différentes productions possibles (miel, pollen, gelée royale, activité de pollinisation) demande de passer du temps en formation pratique directement chez des professionnels déjà installés. La deuxième raison est que ce type d'installation peut se raisonner en autofinancement, sans recours à des emprunts. Les premières années sont un peu dures en termes de revenus, mais l'option semble éviter aux candidats de subir une pression financière qui viendrait s'ajouter aux incertitudes de la production. « Nous restons sur un travail avec le vivant, confirme Pierre Fontaine, ma production a varié selon les années du simple au double », uniquement en raison d'aléas climatiques ou environnementaux. Les producteurs se trouvent également confrontés à de nouveaux risques tels les évolutions phytosanitaires, l'accroissement de la varroase ou l'apparition du frelon asiatique. « Nous sommes sur une activité mondialisée, tant au niveau des cours que des conditions techniques de production », commente Pierre Fontaine.
Selon ses options, chacun suit des circuits de commercialisation différents. Pierre Fontaine met en pot 80 % de sa production, car c'était plus rentable au début des années 2000. Aujourd'hui, le choix est moins évident. Mais la vente en pot permet, en diversifiant la clientèle, des rentrées plus régulières. Alors que la vente en vrac, pour sa part moins consommatrice de temps, est soumise au bon vouloir de quelques acheteurs. Agnès Pila a pourtant fait ce choix, car elle souhaite se spécialiser en production de gelée royale. Au prix de pratiquement 1 000 euros le kilo, on peut comprendre son orientation, mais c'est une production très technique réclamant un investissement temps important.
Rémi Hermier a choisi, quant à lui, de peu transhumer et possède ses ruches dans un rayon de 20 kilomètres de son lieu d'habitation. En revanche, il insiste sur la nécessité d'investir sur le temps de formation en multipliant les rencontres sous forme de stages, de visites ou de contrat saisonniers, avec des professionnels installés afin de profiter des expériences de chacun.


Jean-Marc Emprin

(1) Association pour le développement de l'apiculture rhônalpine
(2) Contrat régional objectif filière
(3) Pôle d'expérimentation et de progrès

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Quelques chiffres

CHAPEAU

Un apiculteur est compté comme professionnel dans les statistiques s'il possède plus de 150 ruches. La demi SMI est cependant fixée à 200 ruches.
95 % des apiculteurs détiennent entre 1 et 50 ruches.
95 % des apiculteurs professionnels pratiquent la transhumance
3 500 tonnes de miel sont produites en Rhône-Alpes.
385 kilos de gelée royale.
64 % de la production régionale de miel est mise en pot.
13 installations apicoles ont eu lieu en 2007 et 2008, 11 en 2009 et 8 en 2010.

JME
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