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Session chambre

Une agriculture en quête de reconnaissance

Le projet de mandature de la chambre d'agriculture de l'Isère a été présenté lors de la dernière session : valeur ajoutée, confiance et développement au programme.
Une agriculture en quête de reconnaissance

Le projet de mandature de la chambre d'agriculture de l'Isère, présenté mardi 25 juin, se décline en trois grands thèmes : le développement d'une agriculture à forte valeur ajoutée, la restauration de la confiance avec la société et l'accompagnement de la triple performance environnementale, économique et sociale. Pour le président Jean-Claude Darlet, il importe de faire « reconnaître la diversité de l'agriculture de l'Isère, dans ses spécificités territoriales et celles de ses filières, quelles que soient les façons de produire et de commercialiser ».

Il insiste sur la question de la valorisation des métiers qui passe par la promotion de la formation - des futurs chefs d'exploitation comme des salariés - dont les pratiques sont en constante évolution. « Nous avons besoin de dire ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons et d'avoir les arguments pour cela », a lancé le président de la chambre. Il a également mis l'accent sur les changements dans la consommation alimentaire, sa relocalisation, comme celle de la production. Jean-Claude Darlet a invité les agriculteurs à « aller plus loin » dans le lien avec les élus et les intercommunalités.

Des outils de travail

La déclinaison du projet de mandature a été confiée à trois comités d'orientation. La protection du foncier reste une priorité que continue de défendre André Coppard, vice-président de la chambre d'agriculture et président du Comité d'orientation politique publique. Il a mis en avant les « outils de travail » destinés au monde agricole que sont les PAEN ou les ZAP sur lesquels de nombreux territoires avancent. « Le rôle des élus de la chambre d'agriculture et d'informer et de rassurer », a-t-il souligné. La principale source d'inquiétude réside en Isère dans la question des compensations, criante dans le Nord-Isère, soumise à de nombreux projets d'aménagement fonciers. La DTA de Saint-Exupéry consomme à elle seule 180 ha dont 30 sont prélevés au titre de la compensation environnementale. « Il s'agit de trouver des solutions avec le moins d'emprise possible sur les terres agricoles », détaille André Coppard.

Dans une motion portée par la FDSEA et votée à l'unanimité, les agriculteurs demandent que ces besoins en compensation ne soient pas surestimés, que les surfaces non agricoles soient privilégiées et, à défaut, que les parcelles à faible productivité soient ciblées. L'assemblée demande aussi que la chambre d'agriculture soit associée à tous les stades de décision et que le secteur du Nord-Isère ne fasse plus l'objet de compensations écologiques. « Eviter/réduire, c'est indispendable. Compenser, c'est la loi, mais ne faisons pas n'importe quoi », a commenté Jean-Claude Darlet. 

Interpelé par Jean-Paul Prud'homme au sujet des relations avec les propriétaires fonciers, André Coppard a souligné que tous les projets étaient l'occasion d'aménagements fonciers à l'amiable dans un souci de rentabilité économique des exploitations. La chambre d'agriculture a également mis en place des référents dans chaque territoire afin d'être à l'interface avec les EPCI.

Les filières porteuses

Jérôme Crozat, vice-président de la chambre d'agriculture et président du Comité d'orientation économie, a présenté les priorités de l'institution pour accompagner les exploitations dans la réalisation de « systèmes performants et transmissibles ». Cela passe par « la réduction des charges, la recherche de tout type d'économie en favorisant les outils collectifs et l'autonomie alimentaire ». Il ajoute : « Dans un processus de recherche de valeur ajoutée, la chambre d'agriculture est à l'interface des opérateurs économiques ». Il s'agit  « de faire naître des opportunités grâce à des études agronomiques, de marché et sur des filières porteuses ». Jérôme Crozat préconise de travailler sur la filière bois « qui occupe une grande surface du département de l'Isère » et « d'optimiser les échanges de service entre la ville et la campagne ». Les énergies renouvelables, la mutualisation des services avec les autres chambres d'agriculture, la diversification des exploitations sont autant de chantiers que poursuivra cette mandature.

La formation est aussi envisagée comme levier pour atteindre la performance environnementale et permettre à chaque agriculteur « d'être seul décisionnaire » de sa conduite d'exploitation. A la chambre de conseiller, à l'agriculteur de choisir.

L'unanimité pour l'irrigation

Alexandre Escoffier, président du Comité d'orientation accompagnement de l'entrepreneur a rappelé l'expérimentation du dispositif Fast, initiative de la MSA Alpes du Nord et des JA « pour aider autant les cédants que les repreneurs » dans l'attente d'une validation de la prochaine loi de finances.

Dans le cadre des débats, Pascal Denolly, le président du Pôle agroalimentaire, a décrit cet outil de mise en relation des producteurs, distributeurs et transformateurs locaux comme novateur. Mais il regrette l'inertie des acteurs alors que le marché pèse plusieurs millions d'euros avec un gros retour sur la marge des producteurs. Interpelé sur le degré d'exigence du cahier des charges, le président du PAA a assuré que sa réécriture serait un impératif de l'année en cours.          

Sur le dossier irrigation, qui concerne 700 agriculteurs, plusieurs collectifs et deux millions d'euros d'investissement en Isère, Jérôme Crozat a « demandé l'unanimité » de l'assemblée défendant le stockage, les prélèvements et les économies d'eau réalisées dans le département. Jean-Claude Darlet a souligné le « travail de fond réalisé depuis 20 ans » s'appuyant sur des évolutions techniques, sur la substitution des prélèvements sur les petites rivières vers les grands cours d'eau ou sur le développement de cultures spécifiques. André Coppard a étayé ces arguments par les efforts engagés par les céréaliers qui ont fait évoluer la sole vers des cultures d'automne moins gourmandes en eau.

Revenant sur l'épisode de grêle, Robert Duranton, vice-président du Conseil départmental a annoncé la mise à disposition d'un drone pour établir le diagnostic des dégâts agricoles ainsi que la prise en charge de l'enlèvement des arbres abattus. Dans son discours de clôture, Jean-Claude Darlet a estimé que « pratiquement la moitié de la récolte » nucicole était touchée et que « entre 40 000 et 50 000 arbres sont détruits ».

Isabelle Doucet

 

Motions

Le lait cru et le loup

Temps forts de la vie consulaire, la session s'est achevée par le vote de plusieurs motions dont une portant sur la recommandation du ministère de la Santé de ne pas consommer de lait cru par les enfants de moins de cinq ans et les personnes fragiles. Cette motion, portée par la FDSEA et votée à l'unanimité, fait suite à la crise du mois dernier sur le saint-marcellin et saint-félicien. « Il n'y a aucune preuve à l'heure actuelle », s'est insurgé le président de la chambre d'agriculture pour qui le principe de précaution porte préjudice à toute la filière et à tout un territoire. L'assemblée demande transparence et partage des responsabilités.
La FDSEA a également porté une motion relative à l'épisode d'orage du 15 juin dernier demandant le classement du territoire concerné en catastrophe naturelle, le déclenchement du dispositif calamité agricole et l'adaptation du dispositif assurantiel dans le secteur fruitier. Le sous-préfet Philippe Portal a assuré qu'une commission se réunirait de nouveau début juillet « pour étudier tous les dossiers », c'est-à-dire le classement des communes concernées en catastrophe naturelle et des cultures en calamités agricoles. 
Quant à la motion proposée par JA relative au Plan loup 2018-2023, elle demande une information suivie sur le prélèvement des loups, la non application de plafonds, l'emploi de lunettes à visée thermique, le non conditionement des indemnisations, l'appui nécessaire des lieutenants de louveterie et des brigades loup et la mise en place d'un plan efficace pour éviter la prolifération. Un point pour interdire la fréquentation des alpages aux chiens domestiques a été ajouté en raison des problèmes de cohabitation avec les chiens de protection. Jérôme Crozat a émis le souhait d'« arriver à échanger avec les urbains », la question du loup demeurant toujours « un point de crispation dans les villes ». Le sous-préfet a jugé le dossier du loup « irritant », reconnaissant que le Plan loup ne saurait répondre à toutes les problématiques et que le nouveau plafond de prélèvement de 17% (de 500 loups) n'était peut-être qu'un plancher.

 

 

Un calendrier pour la future chambre

Philippe Guérin, directeur de la chambre d'agriculture, a présenté l'échéancier du chantier du futur siège à Moirans.
La chambre d'agriculture occupera ses locaux de Grenoble jusqu'à fin 2021, voire 2022.
Le compromis avec le Pays voironnais pour l'achat du terrain de Moirans, à hauteur de 50 000 euros, a été signé à l'automne 2018.
Le permis de construire sera déposé d'ici fin 2019.
La construction se déroulera courant 2020-2021.
L'entrée dans les locaux est prévue au deuxième semestre 2021.
Le portage financier se fait par une société civile d'attribution (SCA) maître d'ouvrage. Cette structure regroupe d'une part la SCI composée de la chambre d'agriculture (minoritaire) et de l'investisseur Elegia (majoritaire), d'autre part, les partenaires de l'opération : Adice, FDSEA et Terre dauphinoise qui pèsent pour 33% des parts. La SCI sera dissoute et le transfert des parts vers la chambre d'agriculture aura lieu à la livraison du bâtiment.