Une agriculture qui rêve de convergence européenne
« Les exploitations à taille humaine sont une anomalie à l'échelle mondiale, affirme le député de La République en marche, Jean-Baptiste Moreau. Elles existent uniquement par la volonté européenne. » En déplacement jeudi 17 mai dans la 7e circonscription de l'Isère (voir p 2-3) dans le cadre de la campagne pour les élections européennes en soutien de la liste Renaissance, le député de la Creuse est un défenseur de la PAC, tout en reconnaissant ses imperfections ou ses limites, dont le Brexit serait un symptôme. Il en appelle à la convergence fiscale, à la fin du dumping social et à l'harmonisation des normes environnementales. Il insiste sur la nécessité de redéfinir la notion d'actif agricole, « qui fait que la Reine d'Angleterre est la principale bénéficiaire de la PAC ».
« Le droit à la concurrence est un boulet en Europe », souligne encore le député agriculteur, tout en saluant le travail réalisé par le député européen Michel Dantin pour facilier la discussion sur les prix dans le cadre des OP. « Mais les OP sont trop faibles et ne pèsent pas face à la grande distribution ou aux industries agroalimentaires », regrette-t-il. Enfin, il fait valoir la nécessité « d'imposer les mêmes normes aux produits importés » et de créer une instance de contrôle au niveau européen.
Se nourrir a un coût
Le conseiller régional Dominique Despras, 32e sur la liste Renaissance, était également présent lors de la rencontre organisée au Grand-Lemps. L'agriculteur du Rhône défend « une agriculture de croissance, ouverte et productive », faisant une force des différents profils de cette liste pour les élections européennes. Il souhaite « transformer au niveau européen ce que nous avons fait en France », c'est-à-dire une loi Egalim que beaucoup espéraient.
En présence d'environ 50 personnes, dont une grande majorité d'agriculteurs, les représentants politiques ont été interpelés sur le pouvoir d'achat. « Les gens veulent consommer local, mais disent qu'ils n'en ont pas les moyens », déclarait un participant. Pour Dominique Despras, « c'est un choix sociétal » et la question de l'alimentation ne doit pas être « nivelée par le bas », d'autant que le revenu dédié à l'alimentation n'a cessé de décroître depuis 25 ans. C'est un des enjeux européens. « Il faut l'expliquer au consommateur, reprend Jean-Baptiste Moreau. Bien se nourrir a un coût. On peut acheter moins, mieux, au juste prix. » Il estime que « le bio moins cher est une hérésie ».
Evoluer dans les pratiques
La question du glyphosate a largement nourri les débats, d'autant que le député de la Creuse est rapporteur de la Mission d'information commune sur le suivi de la sortie du glyphosate. « Il faut un accompagnement économique des agriculteurs », insite Jean-Baptiste Moreau. Il pense que le plan Ecophyto II est un échec, contrairement à la première édition, « à cause de la suppression de molécules qui marchaient à faible concentration », avec pour conséquence de « masquer les efforts faits par les agriculteurs ». La réponse à la réduction des produits phytosanitaires passe par une mobilisation de la recherche et un retour aux bases agronomiques. « Trouver des solutions alternatives, ce n'est pas trouver de nouvelles molécules, mais évoluer dans les pratiques culturales », déclare le député.
Dominique Despras raconte qu'il a mis 10 ans à s'adapter à l'agriculture biologique. Il plaide « pour ne pas précipiter les choses et envoyer les paysans dans le mur ». Jean-Baptiste Moreau admet cependant que certaines situations mènent à une impasse, notamment pour les techniques culturale simplifiées (TCS) qui auront besoin d'un régime dérogatoire.
Les échanges ont également porté sur la taxation sur le carbone des produits importés en Europe, le coût du transport et la spéculation sur les terres agricoles. « L'agriculture a besoin d'Europe et l'Europe a besoin de l'agriculture », a lancé Monique Limon, la député LREM de la circonscription, pour qui il convient de « concilier économie et écologie ».
Isabelle Doucet
Circuits courts / Le député Jean-Baptiste Moreau s'est rendu à la Bergerie des Templiers qui vend ses productions en direct.
Des magasins et des villages
La Bergerie des Templiers, à Saint-Siméon-de-Bressieux, a été créée en 2008 par Sandrine Giloz et Jean-François Gourdain autour d'un atelier ovin. En 2013, la structure évolue avec l'installation complète de Jean-François Gourdain qui lance l'activité de paysan-boulanger. La ferme est passée en agriculture biologique en 2018. « J'ai appris à faire le pain avec les Antonins », explique le boulanger qui est aussi président de la célèbre association qui fait revivre les métiers d'antan. Toute la production est vendue en direct, plus particulièrement dans deux magasins de producteurs, à Chatte et Saint-Siméon-de-Bressieux. Le pain est livré dans plusieurs établissements. En visite en Isère, le député de la Creuse Jean-Baptiste Moreau s'est rendu dans cette exploitation, répondant à l'invitation de Monique Limon pour échanger sur les circuits courts.« Nous cherchons à développer la pré-commande pour éviter les invendus », ont ainsi expliqué les bergers-boulangers. La question de l'équilibre matière est aussi au centre des précoccupation des exploitations en vente directe. Pour vendre 40 gigots à Pâques, les éleveurs ont détaiilé les avants auprès d'un restaurateur (pour du sauté), écoulé les côtes grâce à une petite remise et transformé le reste en caillette pour l'opération La Clé des champs.Eduquer le consommateurLes coûts de production expliqués à la clientèle, la saisonnalité des produits et de leur qualité sont des éléments dont il faut tenir compte pour mener à bien un projet de vente directe. « La meilleure publicité, c'est le bouche-à-oreille » note Jean-François Gourdain. Ainsi, le magasin de producteurs de Saint-Siméon, qui a bénéficié d'un gros coup de pouce municipal, a réussi, au bout d'un an d'exercice, à trouver sa clientèle au-delà de ses prévisions. « C'est encourageant, cela prouve qu'on peut faire de petits magasins dans les centres de villages », estime Sandrine Giloz. La clientèle évolue au fur et à mesure que l'offre s'étoffe. Le département de l'Isère reste moteur en France avec 23 points de vente collectif.
Jean-Baptiste Moreau croit en l'éducation du consommateur et en la possibilité de voir le budget dédié à l'alimentation augmenter de 2 à 3%. Cela passe par les écoles, par la commande publique et par la restructuration de filières à l'échelle locale. « La loi Egalim est une boîte à outils dont il faut se saisir » a recommandé Jean-Baptiste Moreau.ID