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Tendances

Une agroécologie, des territoires

L'ingénieur agronome Marc Dufumier était l'invité de l'assemblée générale du comité de territoire du Sud Grésivaudan ; il a donc été question d'agroécologie et de beaucoup d'autres sujets.
Une agroécologie, des territoires

« C'est comme les abeilles, on ne s'en rend pas compte au début », lance Marc Dufumier évoquant les enjeux et les menaces qui pèsent sur l'agriculture. La production de miel a diminué de moitié en quinze ans en France, marquant aujourd'hui un effet de seuil. Le monde paysan a-t-il les mêmes fragilités ? Comment, demain, fournir une alimentation de qualité à une population mondiale qui ne cesse de croître, sans négliger la fourniture de matières premières de plus en plus diversifiées, tout en procurant des revenus décents aux agriculteurs, en enrayant l'exode rural, sans dommage pour le cadre de vie, ni pour les écosystèmes ? « Le contexte n'est pas drôle », poursuit l'ingénieur agronome d'AgroParisTech, invité du Comité de territoire du Sud-Grésivaudan (CTSG). Le réchauffement et les accidents climatiques l'incitent à plaider pour des systèmes de production plus diversifiés, y compris à l'échelle d'un territoire. « Ce qui peut être ici douloureux à entendre au regard de la production et du prix de la noix. »

Le scientifique se pose la question des alternatives à l'agriculture telle quelle est pratiquée aujourd'hui et de leurs fondements scientifiques, mettant en avant les systèmes de production inspirés de l'agro-écologie et réalisant au passage l'autocritique de l'agronomie. Marc Dufumier reconnaît que l'agronomie a oublié de tenir compte des interactions entre les sols, les microclimats, les faunes sauvage et domestique, c'est-à-dire tout ce qui génère des écosytèmes que chaque agriculteur a la charge d'aménager. Dans ce contexte, le job des agronomes consiste à rendre intelligible l'extrême complexité de ces différentes interactions. Pour autant, ses fondamentaux sont simples : « Faire le plus grand usage possible de l'énergie solaire et du carbone de l'air. Que pas un rayon de soleil ne tombe à terre. »

Couverture végétale totale

Dans son « plaidoyer pour une agriculture savante »,  Marc Dufumier déclare que le premier principe de l'agronomie de demain sera de rechercher « une couverture végétale la plus totale et la plus permanente possible ». Une couverture qui a besoin de trois éléments pour s'alimenter : l'énergie, les protéines et des vitamines. « Il n'y a pas de pénurie annoncée du soleil, ce qui coûte, c'est l'accès au foncier », note l'agronome. Reste donc à maximiser la photosynthèse par unité de surface. Quant aux calories (sucre, amidon, lipides), les plantes les trouvent dans le gaz carbonique de l'air. « Pour que les plantes puisent ce carbone de CO2, il faut qu'elles transpirent », mentionne Marc Dufumier, qui préconise donc de « tout faire pour que l'eau de pluie de ruisselle pas », afin d'éviter que la plante ferme ses orifices en cas de stress hydrique. Retour donc à la couverture végétale permanente de façon à permettre aux sols de résister à l'érosion et retrouver une stabilité de leur structure. C'est aussi le principe de base de l'enrichissement du sol en humus (c'est-à-dire un mélange de carbone et d'azote), et le retour du ver de terre. Et avant de se décomposer, ces plantes auront été capables de capter l'azote de l'air, c'est notamment le cas des légumineuses comme le pois fourrager, le lupin, le soja ou la féverole... Le scientifique rappelle que la France, aujourd'hui, importe deux tiers de ses besoins en protéines végétales. « L'urgence serait que la ferme France produise ses protéines », insiste-t-il, vent debout contre les accords qui ont libéralisé les importations de soja. Il préconise la gestion en circuit court du carbone et de l'azote avec notamment la « mise des animaux sur la paille, afin de fabriquer du fumier et non du lisier ». Enfin, dans cette économie circulaire propre à chaque écosystème, la recherche des éléments minéraux en profondeur pourra s'opérer grâce à la plantation d 'arbres à racines profondes. Il s'agit de favoriser l'action des champignons mycorhiziens capables de débusquer calcium, potassium et phosphore...

Supplément de travail rentable

Le chantre de la diversification des systèmes agricoles a même eu la hardiesse de présenter aux nombreux nuciculteurs du Sud Grésivaudan une culture de blé sous noyers. Certes, cela suppose un certain écartement des arbres pour que passe la moissonneuse, mais en revanche, la valeur ajoutée à l'hectare grimpe de 1,4. Bien sûr, le principe n'est valable que si le supplément de travail est rentable.

L'ingénieur agronome se montre aussi extrêmement critique au regard de la nouvelle Pac qui, bloquée sur la question des restitutions, s'empêche toute nouvelle négociation à l'échelle internationale sur les droits de douane. Il regrette également la poursuite en France de productions sans avantages comparatifs comme celle des poulets standard, de la poudre de lait  ou du sucre de betterave... Tout cela parce que les aides à la production du 1er pilier sont décorrélées des territoires.

Isabelle Doucet

 

Animations  / Le Comité de territoire du Sud-Grésivaudan développe des actions tous azimuts.

Des pratiques alternatives à la restauration collective

L'année a été dense pour le Comité de territoire du Sud-Grésivaudan. A commencer par l'obtention de l'IGP saint-marcellin, après 20 ans d'efforts. Bruno Neyroud, président du comité du saint-marcellin, s'est fixé deux objectifs : apporter un complément de prix qui satisfait les producteurs et remonter les volumes de production 2 500 tonnes à 3 500 tonnes. Il  explique que les habitudes de consommation ont changé, que le fromage a quitté la fin du repas pour être dégusté ailleurs. En conséquence, les producteurs doivent s'adapter, travailler à leur reconnaissance et développer l'événementiel. C'est ainsi que sera remise sur les rails la fête du saint-marcellin, le 5 avril prochain, en partenariat avec Saint-Marcellin animation.
L'autre gros projet est la création d'un groupe d'échanges sur les techniques culturales alternatives, piloté par Olivier Gamet, agriculteur à Chatte. Visites de fermes, formation et accompagnement technique ont marqué les début de cette initiative dont  les acteurs ne demandent qu'à échanger avec les autres agriculteurs du département. Le CSTG suit de près l'évolution des projets collectifs d'aires de lavage, dont seul celui de la Cuma du Piedmont se concrétise pour l'instant. Deux autres devraient voir le jour.
Jocelyne Revol, la présidente de l'association « Les points fermiers en Dauphiné » a inisté pour sa part sur le travail réalisé depuis trois ans en faveur d'un approvisionnement local de la restauration collective. Un site permet désormais de mettre en relation acheteurs et producteurs, mais la responsable insiste sur la nécessité qu'un plus grand nombre d'agriculteurs puisse répondre aux offres, quitte à se rapprocher de départements voisins.
Autonomie alimentaire
Enfin, Valérie Bellemin et Laurence Diverres, de la MSA ont fait un retour sur la pièce de théâtre « Il y a un os » jouée fin novembre 2013 à Chatte, qui avait réuni 400 personnes. Un questionnaire avait été diffusé avec 254 retours dont 58% d'exploitants agricoles et 11% de salariés agricoles. Ils ont trouvé le spectacle réaliste et de qualité et ont été interpellés par les thèmes de la santé (171 personnes), de la vie familiale (127 dont beaucoup de femmes), des conditions de travail (95), du métier (66) et du surmenage (48). « Ce n'est pas rien sur 254 réponses : le surmenage est un sujet délicat, y compris dans des régions où il y a des productions porteuses et où la situation économique est satisfaisante », a noté l'assistante sociale.
Le président du CSTG Raphaël Gaillard a rappelé deux projets porteurs pour 2014, celui de l'Autonomie alimentaire de la Région, qui a été validé et sera mis en œuvre à travers trois axes : productions complémentaires, traçabilité de la filière locale « aliments du bétail » et travail sur les concentrés et fourrage à l'échelle des exploitations. Le deuxième projet est celui  de l'espace test d'activités agri-rurales, dit Créativa, dont le bâtiment verra le jour à Chatte pour accueillir les porteurs de projets.
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