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Foire de Beaucroissant

Une Beaucroissant en prise avec l'actualité

Pas de foire sans annonces. Le monde agricole a retenu de cette 799e édition la promesse de partager le problème de l'eau, des tirs de prélèvement sur le loup et un retour à la normale des paiement PAC. Le tout dans une ambiance enthousiaste de promotion de la marque Is(h)ere.
Une Beaucroissant en prise avec l'actualité

Moins crispé mais tout aussi déterminé, le monde agricole s'était donnée rendez-vous vendredi dernier pour l'ouverture de la 799e foire de Beaucroissant. Les professionnels ont profité de cette dernière ligne droite avant la 800e pour réaffirmer leur volonté de mieux communiquer avec le grand public. Et Beaucroissant reste avant tout un lieu privilégié de l'échange entre agriculteurs et consommateurs. D'autant que la fréquentation des professionnels agricoles semble évoluer vers un lissage entre les journées de vendredi et samedi.

Partager la sécheresse

« Cette foire appartient au patrimoine local », a répété Georges Civet, le maire de Beaucroissant en accueillant les nombreux élus qui s'étaient déplacés pour l'inauguration, signe d'un intérêt particulier pour les dossiers agricoles. Il faut dire que les différentes crises passées et les Etats généraux de l'alimentation ont mis un coup de projecteur sur une profession en mutation, en réflexion, interrogée par la société, certes peu nombreuse, mais toujours indispensable pour nourrir la population.
A quatre mois des élections à la chambre d'agriculture, dont il fut largement question dans les allées de la foire, Jean-Claude Darlet, président de l'établissement consulaire, a présenté un « baromètre de l'agriculture entre passable et maussade ». Il a commencé par pointer certains des paradoxes qui secouent toujours l'agriculture, depuis les espoirs douchés par les résultats de la loi sur l'alimentation et l'avenir incertain de la PAC. La contradiction du jour, c'est celle qui concerne les Cipan*. « Il est impossible d'ensemencer un sol sec », a lancé le président de la chambre d'agriculture invitant à « un retour à la raison ».

Autre dossier chaud, ou plutôt sec, celui de la consommation d'eau, car l'agriculture est à ce jour le seul secteur auquel sont imposées des contraintes. « Nous demandons l'équité de traitement », a déclaré Jean-Claude Darlet au moment où le secteur agricole est en alerte sécheresse et reste le seul auquel des comptes sont demandés, « alors que le monde industriel consomme cinq à six fois plus d'eau que l'agriculture ».

Le glyphosate, le loup et le TODE

A la veille du vote du projet de loi sur l'agriculture et l'alimentation, qui a rejeté l'interdiction du glyphosate, le président de la chambre d'agriculture a rappelé que les agriculteurs « ne sont pas accros aux phytos », mais « qu'il s'agit d'un fléau difficile à combattre et qu'il n'existe pas de solutions alternatives ». Il pensait particulièrement à l'ambroisie, contre laquelle peu de moyens de lutte existent. Enfin, évoquant le loup et le bien-être animal, il regrette que les « dizaines de millions d'euros » dépensés pour les mesures de protection, les indemnisations et l'instruction des dossiers ne soient pas prélevés sur les budgets des lobbies « qui veulent pérenniser le loup », plutôt que sur celui du ministère de l'Agriculture.
Yannick Neuder, vice-président de la Région en charge de la recherche et de l'innovation, a indiqué que l'agriculture représente 116 000 emplois en région et que Auvergne-Rhône-Alpes avait porté son budget à 61 millions d'euros afin « de redonner de la compétitivité dans les exploitations » en favorisant certains investissements tels que la lutte contre les aléas climatiques (irrigation) ou le développement des filières. Il a également fait mention du problème posé par la suppression du TODE, cette exonération de charges pour l'emploi de personnel saisonnier, au moment où l'on parle de compétitivité des exploitations et de coût du travail à l'échelle européenne.

A l'unisson avec Jean-Claude Darlet, Jean-Pierre Barbier, le président du Département s'est félicité du démarrage de la marque Is(h)ere. « Pour que l'agriculture vive de son travail, il faut sortir de la matière première et lui donner de la valeur ajoutée », a-t-il souligné. Le soutien aux filières, la promotion de la marque territoriale, sa gouvernance par des socioprofessionnels et les contrats locaux sont autant de clés de réussite. « Et il ne s'agit pas que du bio, mais du local de qualité », a-t-il insisté.

PAC : retour à la normale

Quant à la députée de la circonscription, Elodie Jacquier-Laforge, elle a invité les agriculteurs à communiquer sur leurs pratiques et s'est justifiée par avance de ne pas voter l'interdiction du glyphosate, mais de préférer « l'accompagnement à la coercition ». Pas sûr en revanche que le « compromis » qu'elle recherche sur le loup corresponde aux attentes des éleveurs. D'ailleurs, le préfet, Lionel Beffre a annoncé qu'il proposera des tirs de prélèvement dans les secteurs du Vercors, du Valbonnais, du Taillefer et de Belledonne. Une décision qui tient compte des attaques plus nombreuses, des mesures de protection mises en place et du plus grand nombre de louvetiers. Il a également proposé de donner un cadre plus large, au niveau interconsulaire, à la réflexion sur la sécheresse. « Tout le monde doit être concerné par cette question ». Enfin, sur les retards de paiement PAC, il a annoncé un retour à la normale pour 2018 et une augmentation du taux de l'acompte à 70% sur le premier pilier, qui sera versé au mois d'octobre. L'ICHN sera portée à 85% pour tenir compte de la sécheresse.

Isabelle Doucet et Jean-Marc Emprin

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