Une bonne année pour les multiplicateurs
Pour les 580 agriculteurs multiplicateurs de l'Isère, l'année 2015 a été « plutôt bonne ». Réunis en assemblée générale mi-mars à Colombe, les producteurs de semences affichent des résultats satisfaisants pour l'ensemble des 7 000 hectares cultivés dans le département. Certes, il y a eu, ici et là, quelques problèmes avec certaines productions mais, dans l'ensemble, la récolte n'a pas trop mal résisté à l'épisode de fortes chaleurs de l'été dernier. « Globalement, les résultats en graminées ont été bons », relate Jean-Claude Plottier dans son rapport moral. Pour les céréales à paille, le président du Sams 38 fait état d'une « récolte moyenne en volume, mais de bonne qualité » en termes de faculté germinative.
Quant au maïs semence, qui a perdu un quart de ses surfaces en 2015 du fait de résultats techniques exceptionnels au plan national en 2014, les résultats s'avèrent « corrects ». Philippe Rivat rappelle toutefois que 500 hectares ont été déclassés en Isère du fait d'une mauvaise pureté variétale liée à un excès de chaleur au moment de la floraison : « Certaines femelles ont émis du pollen au mauvais moment, d'où des autofécondations », indique le vice-président du syndicat qui prévient : « Le déclassement risque d'impacter les emblavements de cette année. » Le phénomène inquiète les producteurs de semences qui y voient un effet induit du réchauffement climatique.
En tournesol, la campagne 2015, « sans être exceptionnelle », a été meilleure que 2014, « avec des fécondations correctes, mais les PNG ont été faibles ». Les producteurs de Colombe ont cependant eu un « gros souci sanitaire ». En cause : le mildiou. « Nous y avons passé du temps, cet été ! Le matin, le soir, on est passé et repassé pour enlever les têtes par 40° à l'ombre. Il fallait faire vite, mais on a fini par sauver la parcelle », raconte Rémi Coudurier. Fort heureusement, localement, la solidarité a joué à plein, ce qui a permis d'éviter le pire.
Pression sur les campagnols
L'action collective n'est seulement efficace pour éradiquer le mildiou : elle l'est aussi pour lutter contre les campagnols. L'opération pilote menée depuis deux ans dans la Bièvre par le syndicat, en partenariat avec la FDGDON Isère, le Département et la Ligue de protection des oiseaux (LPO), commence à porter ses fruits. Une soixantaine de perchoirs et de nichoirs a été installée en vue de favoriser l'implantation des rapaces, eux-mêmes gros consommateurs des campagnols (1). Mais il faut maintenir la pression. « Les campagnols reviennent : on voit quelques rangs dans les blés ou les dactyles », avertit Philippe Rivat. Et le producteur ajoute : « Il reste un stock de perchoirs sur la commune ! »
« Les perchoirs, c'est bien, mais il vaudrait mieux les installer dans les buissons ou dans les haies ! », lance un producteur gêné par l'implantation des mâts sur ses parcelles. « Oui, mais ce serait moins efficace », rétorque Louis-Marie Broucqsault, ingénieur à la FNAMS, qui révèle le diagnostic mené autour de la ferme expérimentale d'Etoile : « Le technicien de la LPO a trouvé et comptabilisé les couples de rapaces. Il semble que les oiseaux les plus efficaces soient les crécerelles. D'où l'idée de « saturer » la zone en crécerelles. »
Philippe Rivat en profite pour réexpliquer l'enjeu de l'opération : « Ces dispositifs font partie des mesures de compensation environnementales mises en place pour nous permettre d'utiliser du souricide. Si nous n'avions pas installé les perchoirs, nous n'aurions plus eu le droit de recourir à la lutte chimique. Sur mes parcelles, j'en suis au troisième traitement. Et si je n'avais pas traité, les campagnols m'auraient mangé 30 à 35% de ma récolte. Autrement dit mon bénéfice. » Sur le terrain, la pression est forte pour que le producteur puisse se passer de bromadiolone, même si l'indice de présence, de 10 à 15% en décembre 2015, est jugé « acceptable ». Ce qui ne l'empêche pas d'être optimiste : « D'ici quelques années, les oiseaux devraient suffire... » Si tout le monde joue la même partition.
Marianne Boilève
(1) Un seul couple de busards cendrés et sa progéniture consomment jusqu'à 2 000 micromammifères entre mai et juillet.
INFOGRAPHIE AVEC GRAPHIQUES DU GNIS
Pratique
Phytofnams.fr, un guide pour bien faire
Développé par la fédération des agriculteurs multiplicateurs de semences, phyptofnams.fr est un site qui recense les produits phytosanitaires homologués en France pour des usages spécifiques porte-graine. « Mis à jour toutes les semaines, il permet d'avoir accès à tous les produits homologués par usage », explique Louis-Marie Broucqsault de la Fnams. Les produits principaux sont mentionnés sous leur nom d'usage, mais les spécialités identiques sont également mentionnées.