Une caméra pour être indemnisé
Le loup ne s'en prend pas seulement aux ovins et s'attaque en Chartreuse aux bovins, comme cela a été le cas chez Daniel Bournat-Querat, éleveur laitier à Miribel-les-Echelles. Dans la nuit du 2 au 3 août, le prédateur a attaqué un troupeau de génisses de race montbéliarde pour dévorer une bête de 7 mois, dans un pré, à 300 mètres des habitations. « Le matin, lorsque je suis allé voir les génisses, il y en avait une, tout seule au milieu du prè, raconte l'éleveur. Elle hurlait anormalement et en approchant, j'ai vu qu'elle était mangée sur l'arrière. J'ai appelé la FAI (1) pour faire un constat et l'expert de l'ONCFS (2) est arrivé. La conclusion a été que l'attaque présentait toute l'apparence de celle d'un loup. Le rapport a été envoyé à la DDT. Mais le dossier a été mis de côté au prétexte que ce n'était pas le loup. » Ne se satisfaisant pas de l'indifférence administrative, Daniel Bournat-Querat a installé des caméras de surveillance pour observer les mouvements autour du cadavre de l'animal. Des charognards, un renard sont venus se servir. « Puis nous avons enlevé le cadavre la semaine suivante et une nuit, elle a enregistré un arrière d'animal, nous confirmant qu'il s'agissait bien d'un loup. J'ai envoyé ce document photographique au service de la DDT qui a ressorti le dossier. Je vais déposer un recours et j'attends d'être indemnisé. » Au-delà de la perte d'un animal, des souffrances imposées à la bête dévorée vivante, l'éleveur dénonce aussi la lourdeur administrative. Et son cas reflète celui de nombreux exploitants qui se sentent considérés comme suspects plutôt que victimes de la part de l'administration.
En rond autour de l'hérens
Au mois d'août, les attaques ont redoublé en Chartreuse, sur ovins comme sur bovins. Et désormais le prédateur, dont le comportement évolue et s'adapte aux nouvelles mesures de protection, intervient de jour comme de nuit. « Un voisin s'est fait dévorer un veau et à la Chapelle de Merlas, un éleveur a entendu son troupeau affolé et a vu un loup au milieu des bêtes », rapporte Daniel Bournat-Querat. Pour sa part, il tente de protéger son troupeau de génisses par l'introduction d'une vache hérens. « Dès ce jour, le troupeau a été beaucoup plus apaisé. Alors que les génisses étaient toujours sur leurs gardes, je les ai vues toutes couchées en rond autour de l'hérens. » Cela sera-t-il efficace ? L'initiative est encore balbutiante. « Mais je ne suis pas éleveur de génisses pour les retrouver dévorées vivantes le matin. Je ne veux pas voir ça. Lorsqu'on parle de bien-être animal et qu'on voit ce qui est défendu, ce n'est pas beau », déclare-t-il amer.
Isabelle Doucet
(1) Fédération des alpages de l'Isère
(2) Offiche national de la chasse et de la faune sauvage