Une certaine idée de l'entraide
« Nos vers de terre ne vont plus s'y retrouver ! » s'exclame Henri Pégoud, adjoint au maire de Pressins et responsable de la commission agricole pour l'organisation de la Fête de la ruralité qui se tiendra les 1, 2 et 3 septembre à Pressins. En tant qu'agriculteur et élu, il estime « normal de s'impliquer » dans l'organisation de l'événement. Non seulement il pilote une bonne partie de la logistique, mais son exploitation, le Gaec de la Boironne, met à disposition une partie de ses terres pour le concours de labour, les 26 et 27 août, et pour la fête de la ruralité. C'est la raison pour laquelle il plaisante sur la vie du sol, car les terres de la ferme sont en non-labour... depuis 27 ans ! L'élu s'est rangé du côté de la volonté municipale d'accueillir le Concours départemental d'élevage (CDE) et dans le même temps, de donner une plus ample dimension au comice initialement prévu. « J'ai fait mon premier comice dans la commune en 1976, lorsque je me suis installé. Ce sera le quatrième et dernier cette année, puisque je vais prendre ma retraite », note l'exploitant.
Un gros comice
Le responsable de la commission agricole est chargé d'organiser toute la logistique autour de la présence des animaux. Création de zones de nettoyage et de traite, mise en place des barrières, creusement de quelques tranchées, nourriture pour les animaux : « nous devons pallier tous les besoins en matériel et en alimentation, gérer l'intendance, savoir qui nettoie les animaux, ramasse le lisier. Nous travaillons avec Sébastien Poncet, le président de la société d'agriculture, qui mobilise les JA », explique Henri Pégoud. « Nous avons mis en place deux équipes de traite et une équipe de nettoyage le matin, ce qui représente au moins 15 JA », reprend Sébastien Poncet. Il reconnaît que « l'organisation, c'est beaucoup de boulot. Les JA peuvent se mobiliser car ils ne participent pas au concours. » Ce que les jeunes agriculteurs apprécient avant tout dans le comice de l'ex-canton de Pont-de-Beauvoisin, c'est l'esprit festif et l'ambiance décontractée. Cette convivialité a fait le succès de cette manifestation qui se déplace chaque année dans une des 14 communes du secteur et attire plusieurs milliers de personnes. Alors les JA considèrent la tenue du Concours départemental d'élevage « comme un gros comice » et sont largement bénévoles pour venir, avec leur bonne humeur et leur disponibilité, aider pendant trois jours. « Nous sommes un bon groupe, il y a une bonne dynamique dans le canton », reprend Sébastien Poncet. Au fil des manifestations agricoles, les professionnels s'entraident : à la Bâtie-Divisin l'an passé, à Pressins cette année, c'est l'occasion de se retrouver après les travaux agricoles.
Par ailleurs, la société d'agriculture a fait appel aux agriculteurs du secteur pour venir donner un coup de main au Syndicat des éleveurs du Dauphiné (SED), présidé par David Rivière, pour le montage et le démontage des stalles, du chapiteau et du ring. A un mois de la manifestation, il y avait déjà 300 bovins inscrits au concours, ce qui promet d'être un bon cru. Seuls des bénévoles du monde agricole interviendront dans la partie concours pour manipuler les bêtes et les engins, les bénévoles des autres associations s'investissant dans la partie festive.
Les gens offrent des choses
« Je suis surpris par le nombre de personnes qui offrent des prestations, déclare Henri Pégoud. Une scierie nous a spontanément offert les planches et les piquets dont nous avions besoin ». Le responsable cite aussi en exemple ce fabricant de copeaux de bois qui offre 50m3 de plaquettes destinées à filtrer l'eau du secteur des animaux, ou ce négociant en fleurs de Saint-Jean-d'Avelanne qui offre les fleurs naturelles qui orneront le ring. « Nous avions besoin de poteaux pour l'éclairage : ce sont des entreprises qui nous les amènent gratuitement », poursuit Henri Pégoud. Parfois, il faut négocier, démarcher, expliquer aussi : « Mais on trouve toujours des gens qui offrent quelque chose ». Il constate que la Fête de la ruralité véhicule une bonne image : celle de rassembler la population. C'est aussi une tradition. Bien entendu, les foires agricoles ont changé. Il s'y négocie moins d'animaux, mais elles demeurent le terreau d'un certain lien social. « Il y a beaucoup d'investissement humain. Cela favorise le contact, améliore les relations de façon ponctuelle. Les gens se parlent davantage », remarque l'élu.
Lorsque l'idée d'accueillir la fête de la ruralité a été lancée à Pressins et que les organisateurs ont conviés les bénévoles et la population en réunion publique, un des messages force a été de « demander à ce que les gens ne soient pas susceptibles et acceptent de faire ce qu'on leur demande ». Pour Henri Pégoud, c'est la condition pour qu'une telle opération réunisse. Par exemple, les exploitations qui ont mis leur terrains à disposition, c'est -à-dire les Gaec des Bains, du Bertholet, de la Boironne ou la ferme Pégoud, « savent que l'on ne va pas leur rendre les parcelles dans l'état que l'on souhaiterait », reconnaît le responsable de la commission agricole. Mais la question a été anticipée depuis les premières réunions, à l'automne 2014. « Nous l'avons prévu dans nos plans d'assolement, de façon à libérer les terrains après la récolte céréalière. » Les parkings seront donc aménagés sur les chaumes. Un gros travail attend les organisateurs autour de la signalétique et de la mise en sécurité du site.
Isabelle Doucet
Les petits plus
Pressins abrite un atelier d'Ikebana, l'art floral japonais ou « l'art de faire vivre les fleurs ». L'association exposera ses œuvres pendant deux jours. « C'est une façon de voir autre chose que des animaux. Ces compositions florales sont très raffinées et originales. C'est de l'art au naturel », explique Henri Pégoud qui défend une certaine idée d'ouverture de la fête de la ruralité.L'adjoint au maire a également mis sa touche personnelle en parvenant à faire venir les vaches hérens. « C'est un plus pour la fête. Elles seront intégrées au défilé des chars, avec leurs cloches ». Les vaches noires, connues pour les batailles de reines seront présentées par la famille Cloître, qui possède la Ferme des hérens, à Saint-Pierre-d'Entremont en Chartreuse. Une première pour ces éleveurs qui ne fréquentent que les concours nationaux et internationaux !