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Pays voironnais

Une charte pour renforcer l'attractivité du territoire

Plus souple et moins précise que la précédente, la nouvelle charte de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt du Pays voironnais met le cap sur l'emploi et la rentabilité des filières.
Une charte pour renforcer l'attractivité du territoire

Une « feuille de route ». C'est en ces termes que Jean-Paul Bret, président du Pays voironnais, a présenté la nouvelle charte de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt signée vendredi dernier à Paladru en présence du président de la chambre d'agriculture et des acteurs du territoire. « A une époque où toutes les politiques publiques sont soumises à arbitrage, cette charte rappelle où sont nos priorités, a déclaré l'élu face aux représentants des communes, des partenaires agricoles et forestiers, ainsi qu'aux associations locales signataires de la charte. Elle balise la route que nous allons faire ensemble. » Une route sans doute un peu plus large que celle tracée précédemment, puisque parmi les « quatre grands défis » (1) que la nouvelle charte entend relever, certaines thématiques ciblées ont disparu, la référence à l'environnement, le bio ou à la filière viande par exemple, au grand regret de certains signataires, comme l'association environnementaliste Pic Vert. « Notre première volonté, dans la construction de la charte, a été de donner la priorité à l'emploi et de permettre aux agriculteurs de rester maître du jeu, justifie Gérard Seigle-Vatte, élu responsable du groupe de pilotage Agriculture, alimentation et forêt du Pays voironnais. La précédente avait tendance à mettre en opposition bio et non bio. Celle-ci est le fruit d'un travail de co-construction et reflète une vision partagée prenant en compte l'ensemble des acteurs de ce territoire. »

Vivre de son travail

Elle est surtout la conséquence d'un nouvel équilibre politique dans le territoire, incarné par Julien Polat, maire de Voiron et premier vice-président de la communauté d'agglomération. Celui-ci a souhaité rappeler ce qui est en jeu : « Nous, élus, avons la responsabilité de nous soucier de la manière dont le secteur agricole évolue. Il est insupportable de savoir que les agriculteurs ne peuvent vivre de leur travail. » D'où le premier « défi » de la charte qui est « d'assurer un avenir aux activités agricoles et un renouvellement des exploitations ». Comment ? Par la protection des espaces agricoles et la lutte contre la pression foncière, le soutien à l'installation et l'accompagnement des agriculteurs « dans l'évolution de leur métier et de leurs pratiques ». Exit « l'agriculture protectrice du milieu naturel et de la qualité paysagère ». Olivier Cussac, boulanger et producteur de céréales bio qui loue sept hectares de terre au Pays voironnais, trouve la formulation de ces « orientations » un peu « vagues ». Pragmatique, Françoise Soullier, présidente des Jeunes Agriculteurs, s'en félicite au contraire et y voit une « ouverture » à la thématique agro-écologique, portée depuis des mois par son syndicat : « C'est intéressant, car cela signifie que nous allons pouvoir intégrer les collectivités dans notre projet, ce qui constituera un soutien et un levier à l'échelle des territoires. »

Prévenir les conflits d'usage

Troisième du genre depuis 1994, la charte dessine trace en effet les grandes lignes de la nouvelle politique agricole et forestière du territoire. Véritable document de référence, elle se veut un outil d'aide à la décision et à l'action pour les élus et les techniciens. A ce titre, le texte répond à deux enjeux fondamentaux : satisfaire les attentes des secteurs agricoles et forestiers bien sûr, mais aussi créer un écosystème favorable pour que ces secteurs contribuent à l'attractivité du territoire en matière de qualité de vie, de paysage et d'activités économiques pourvoyeuses d'emploi. Tout en prévenant les conflits d'usage et autres motifs de tensions avec les habitants et les usagers. Vaste tâche sur un territoire périurbain de 100 000 habitants, où activités agricoles et forestières côtoient de nombreuses zones d'habitation et de loisirs... Pour y parvenir, le Pays voironnais entend jouer sur deux tableaux : l'emploi local, la structuration des filières et la viabilité économique d'un côté, la mise en partage d'une véritable culture agricole et forestière avec les habitants du territoire de l'autre. Soutien à l'activité agricole, aux magasins de producteurs, aux équipements ou aux différentes activités de tranformation : le coup de pouce de la communauté d'agglomération est souvent précieux pour maintenir ou développer une filière. « La création d'une desserte forestière permet de mobiliser de nouveaux bois, explique par exemple Gilbert Monin-Picard, responsable de l'ASA de Cervelong. Or 300 m3 de bois, c'est un emploi à plein temps. » Un argument qui permettra peut-être aux promeneurs du dimanche de considérer d'un autre œil certains chantiers forestiers.

Marianne Boilève

(1) Les quatre défis sont : assurer la pérennité des espaces et de l'économie agricole, favoriser une meilleure exploitation de la forêt, valoriser l'agriculture et la forêt locales et structurer des filières territoriales rentables pour les producteurs et compatibles avec les moyens des consommateurs.