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Lait bio

Une collecte se prépare

Le ramasseur Biolait devrait prochainement mettre en place une collecte de lait bio dans le Sud-Isère et les Hautes-Alpes. Les enjeux sont importants. Certains éleveurs sont déjà partie prenante. D'autres s'interrogent.
Une collecte se prépare

Une collecte de lait bio dans le sud-Isère. L'idée n'est pas nouvelle, mais depuis quelques mois, elle fait son chemin et devrait aboutir aboutir d'ici peu. La coopérative Biolait arpente la montagne pour l'organisation d'un ramassage qui devrait démarrer en début d'année et concerner le sud du département et le nord des Hautes-Alpes*.

Depuis 2011, date de la précédente tentative, le contexte a évolué favorablement pour que le projet voit enfin le jour. La demande en lait biologique est en expansion. La coopérative Biolait, créée par six producteurs du Morbihan et de Loire-Atlantique, a la volonté de s'étendre vers le sud du pays pour se rapprocher des bassins de consommation et conforter son maillage national. Et la chute du prix du lait conventionnel enregistrée ces derniers mois par les producteurs peut en motiver certains à franchir le pas de la conversion. Cette collecte, Christian Ville, éleveur laitier au sein du Gaec des Vorsys, à Saint-Martin-de-Clelles, dans le Trièves, l'attend de pied ferme. Adhérent de longue date à Biolait, ses bêtes produisent du lait bio depuis les années 2000. Mais collecté par Danone, sa production n'est pas utilisée comme lait biologique. Un regret pour le producteur, même s'il est payé en prix bio, car la coopérative fait l'effort de compléter la différence (430 euros la tonne en 2015 ; en moyenne sur cinq ans, 106 euros la tonne de plus qu'en conventionnel).

Pas de litrage minimum

Les administrateurs de Biolait rencontrent donc actuellement les producteurs du Sud-Isère et des Hautes-Alpes pour lancer la collecte, qu'ils soient déjà en bio ou en phase de réflexion quant à leur conversion. Et contrairement à la tentative de 2011, il n'y a pas de litrage minimum requis pour que la collecte démarre. « L'idée est qu'elle commence avec les producteurs prêts. Les autres rejoindront la démarche ultérieurement », rapporte Patrick Quinquet, conseiller bio à la chambre d'agriculture des Hautes-Alpes. Mais dans le secteur, la réflexion bat son plein. Les producteurs de lait conventionnel mesurent tous les changements de pratiques que la conversion implique. Même si en zone de montagne, leurs modes de culture et d'élevage sont assez proches de l'agriculture biologique. Et, pour les producteurs bio, « bien que la prise de risque soit moindre, elle doit être réfléchie », témoigne l'un d'eux. Mais pour Michel Borel, producteur de lait à Forest-Saint-Julien, la décision est prise ; il rejoindra Biolait le 1er janvier 2016. En bio depuis 2011, son lait, collecté par Sodiaal, ne bénéficie d'aucune valorisation, mise à part la partie qu'il fait transformer depuis juin 2015 (100 000 litres sur les presque 200 000 produits). « J'attendais la mise en place de cette collecte pour deux raisons. D'abord, pour que mon lait soit payé au prix bio. Et ensuite, parce que j'ai envie qu'il y ait une dynamique bio dans le secteur. Car les agriculteurs conventionnels regardent parfois les producteur bio comme des marginaux. Alors que ce n'est pas ce que nous sommes. L'agriculture biologique demande aussi beaucoup de travail et une grande technicité », insiste l'éleveur.

Valorisation supplémentaire

« Si la production bio ne peut être la solution qui convienne à tous les producteurs de la zone, elle peut, pour certains, représenter une réelle opportunité. C'est la raison pour laquelle la chambre d'agriculture de l'Isère accompagnera les producteurs qui souhaitent porter cette réflexion », affirme Valérie Séchier, membre de l'organisme consulaire. Pour Patrick Quinquet, « il peut s'agir d'une valorisation supplémentaire intéressante pour les éleveurs, à condition que la conversion se justifie sur les plan technique et économique, et en termes d'organisation du travail ». Au final, la démarche pourrait favoriser le maintien de l'élevage dans la zone.

 

* Selon nos informations, la collecte pourrait démarrer le 1er janvier 2016. La décision finale de lancement devrait être prise par le conseil d'administration de Biolait le 3 décembre. Malgré nos demandes réitérées, la coopérative n'a, à ce jour, pas voulu répondre à nos questions.

Isabelle Brenguier
Projet / La coopérative Sodiaal a besoin de lait bio. Ses producteurs sont invités à réfléchir à une potentielle conversion.
Une émulation bio
Le marché existe. La coopérative Sodiaal a besoin de 100 millions de litres de lait bio, notamment pour répondre à une demande importante de lait infantile bio, au niveau mondial. Pour honorer ce marché, Sodiaal se projette et offre cette possibilité à l'ensemble de ses producteurs. « En Rhône-Alpes, 23 millions de litre de lait bio doivent ainsi être mobilisés », précise Laurent Vial, administrateur à la coopérative. Pour atteindre cet objectif et permettre la meilleure plus-value aux producteurs, Sodiaal est en recherche de dynamiques bio locales portées par les producteurs, qui seront accompagnées par les instances telles que la chambre d'agriculture et l'Adabio. « L'idée est de créer des collectes de trois à quatre millions de litres de lait réalisées chez des producteurs présents dans un périmètre cohérent. Cela peut être partout, mais nous attendons une forte dynamique de groupe. Nous profitons des réunions que nous tenons actuellement pour informer l'ensemble des éleveurs de notre démarche. Ensuite, nous tenons à ce que ce soit eux qui s'interrogent, mènent une expertise (réalisent un diagnostic de conversion, ndlr), et fassent germer une émulation ». La dynamique est lancée dans le Rhône et la Loire, car il existe déjà une densité laitière bio, mais les éleveurs des autres départements peuvent toujours adhérer à ce projet national. Les éleveurs isérois compris. 
I.B.