« Une compétitivité suffisante pour rendre acceptable la baisse du tarif de rachat »
D'un côté, l'Etat encourage la filière biogaz à se développer pour répondre aux objectifs de transition énergétique, de l'autre il envisage de baisser les tarifs de rachat du biométhane. N'y a-t-il pas là un paradoxe ?
Il faut comprendre que le ministère de la Transition écologique a le souci de maîtriser la dépense publique, donc le coût du soutien public à la filière. Actuellement, entre le prix du marché du gaz naturel et le prix de rachat du biogaz, il y a un facteur entre trois et quatre. Ce delta est payé par nous tous, via la taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel, qui apparaît sur les factures de gaz. L'idée, c'est de réduire ce delta. Le raisonnement du ministère part du constat que la filière biogaz, fortement soutenue ces dernières années, s'est fortement développée. Elle est parvenue à un niveau de maturité, et donc de compétitivité, sans doute suffisant pour qu'une baisse du tarif de rachat soit acceptable. A l'échelle nationale en effet, on s'aperçoit que dans 60% des cas, la capacité de production des installations a augmenté par rapport à la capacité initiale, sans qu'il y ait eu investissement supplémentaire. Ce qui indique qu'il y a des marges de productivité, et donc de compétitivité. Le ministère en a tiré des conclusions et proposé de baisser les tarifs de rachat.
Certes, mais ces 60% représentent surtout de grosses unités. Or, dans nos territoires, nous avons plutôt des petites installations, sans doute moins compétitives...
C'est vrai. Dans notre région, les projets sont de taille plus modeste qu'ailleurs. D'où la demande du ministère pour que nous fassions remonter les données par unité de façon à ce que la photographie soit la plus précise possible. Les choses ne sont pas encore gravées dans le marbre. La position du ministère peut encore évoluer en fonction des données qu'il aura reçues.
Que conseiller aux agriculteurs qui veulent se lancer dans un projet de méthanisation face à tant d'incertitudes ?
A mon avis, il faut y aller, mais en s'appuyant sur les compétences des chambres d'agriculture pour bien bâtir le projet et vérifier qu'avec un tarif annoncé à la baisse, les voyants sont tout de même au vert. Il faut mener des études de faisabilité pour que le groupe d'agriculteurs évalue le projet avec des hypothèses hautes et basses. Le biogaz est une filière d'avenir. Il faut y aller, mais avec la rigueur du chef d'entreprise.
Que va-t-il se passer pour les agriculteurs déjà engagés dans un projet ?
Pour ceux qui sont en phase de montage, comme ils ont déjà « bloqué » le tarif, quels que soient les textes, ils peuvent être sereins. Mais il faut y aller vite, car le tarif n'est garanti que pour deux ans à deux ans et demi à partir de la signature du contrat. Par contre, ceux qui en sont à l'étude de faisabilité vont être soumis aux nouveaux tarifs, dont la baisse était annoncée depuis des mois. Il faut donc faire tourner les tableurs Excel et réaliser les bonnes simulations. Mais je suis confiant, car nous avons aujourd'hui pas mal progressé en termes de connaissances et de références.
Ne craignez-vous pas que les éleveurs y réfléchissent à deux fois avant de se lancer, eux qui sont déjà fortement pénalisés par le manque de fourrage ?
Tarifs favorables ou pas, pour eux, la question de l'arbitrage entre fourrages et méthanisation se pose. Et elle essentielle. Pour y répondre, il faut sans doute renforcer les études de sensibilité inter-annuelles pour connaître ses marges de manœuvre en fonction des aléas climatiques. En ce qui concerne la production de CIVE, il faut construire des hypothèses prudentes, réalistes, qui incluent des stocks et des plans d'approvisionnement solides. L'idée, c'est de « stresser » le plan d'approvisionnement pour s'assurer que ça passe... Ou pas.
Propos recueillis par Marianne Boilève