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Débat

Une contribution au débat sur le loup

Michel Revelin n'a pas voulu faire comme une majorité de personnes qui se positionne dans le débat passionné du loup sans s'être informé sur le sujet en amont. Ses recherches avancées l'ont conduites à écrire un ouvrage intitulé " Les enjeux du pastoralisme face aux loups ".
Une contribution au débat sur le loup

Rien ne le prédestinait à écrire un tel ouvrage. Randonneur en montagne, écologiste, alter-mondialiste de philosophie, si Michel Revelin, ancien ingénieur en travaux publics, avait dû choisir un camp, il se serait plutôt positionné en faveur du loup, comme nombre de ses amis. Mais ne connaissant pas le sujet, il a d'abord voulu le découvrir. Ses premières recherches l'ont passionné et l'ont amené à aller plus loin dans ses investigations et sa réflexion. Elles l'ont même conduites à écrire un essai sur le sujet. Il vient d'être publié sous le titre « Les enjeux du pastoralisme face aux loups ». « C'est le tumulte des hostilités opposant les éleveurs de brebis aux défenseurs du loup qui m'a tiré de ma torpeur, moi, citadin et citoyen ordinaire, qui n'étais pas particulièrement attentif à la question du loup en France. (...) Si je ne voulais pas me contenter d'écouter les interventions retentissantes des deux camps en présence, abondamment relayées par les médias ou de lire les déclarations d'amour ou de haine envers l'animal sauvage, il me fallait approfondir pour tenter de démêler le vrai du faux », indique Michel Revelin, dans l'introduction de son ouvrage, qui synthétise trois ans de recherches et l'examen de plus de 200 références, en France, en Europe et dans le monde.

Lutte contre les idées reçues

Le travail de recherches qu'a conduit Michel Revelin lui a fait découvrir « une affaire complexe, où les positions au sujet du grand carnivore peuvent être empreintes d'approximations et d'idées reçues qui poussent à remettre en perspective certaines certitudes diffusées. S'il n'a pas été question de faire un quelconque travail d'expert naturaliste, il s'est agi de procéder à des investigations qui m'ont amené à constater que les justifications construisant la défense de l'animal ne pouvaient être détachées de toutes les contraintes liant ensemble les composantes de la société ». Michel Revelin a construit son ouvrage de façon à en aborder toutes les facettes : le statut du loup, sa présence dans le territoire, son anthropophagisme, la façon dont sa protection juridique a été mise en place au niveau européen sans consultation préalable du milieu de l'élevage, les possibilités de régulation du prédateur, les mesures de protection des troupeaux, l'apport du loup en matière de biodiversité, pour n'en citer que quelques-unes. Il a utilisé une abondante documentation émanant de scientifiques, d'associations de protection de la nature ou d'éleveurs, mais aussi des textes législatifs français et européens. Il a même passé quelques jours en alpage auprès d'un berger à protéger un troupeau.

Echelle transfrontalière

S'il n'est pas contre le loup, il estime cependant que la défense dont il fait l'objet et la protection dont il bénéficie est « abusive ». S'appuyant sur différents travaux, il arrive à la conclusion qu'une population composée de 70 individus mâtures (soit environ un total de 200 loups) suffirait pour assurer la conservation de l'animal. D'autant qu'il est convaincu que cela n'a pas de sens de considérer la population lupine à l'échelle d'un seul pays. « Ce ne peut être fait qu'à une échelle transfrontalière », estime-t-il. Et face à ceux qui prônent une population importante pour diminuer le risque de consanguinité qui pourrait nuire à la viabilité de l'espèce, il rétorque qu'il serait plus avisé d'accroître sa diversité génétique en introduisant quelques individus porteurs de gènes appropriés, que les laisser se multiplier par milliers. Le milieu pastoral en souffrirait moins.

Michel Revelin consacre d'ailleurs une partie importante de son ouvrage à cette activité, au rôle qu'elle joue en matière de biodiversité et à la façon dont elle est mise à mal par le prédateur depuis 25 ans. Le bilan comparatif qu'il a réalisé entre l'animal sauvage et le pastoralisme, sur leur intérêt écologique, n'apparaît pas, en définitive, favorable au premier. « Le pastoralisme est générateur de biodiversité et, à ce titre, sa disparition, serait écologiquement désastreuse ». Il estime qu'un effectif plus faible de l'animal ne porterait pas préjudice à la conservation de l'espèce, mais permettrait d'alléger la prédation sur les animaux domestiques.

Isabelle Brenguier