Accès au contenu
Solidarité

Une cuisine Cop 21

En évitant la mise au déchet de 100 kilos de viande par jour, la Banque alimentaire de l'Isère répond aux besoins de centaines de personnes par jour, mais lutte aussi contre le gaspillage et la production de CO2. Une première en France.
Une cuisine Cop 21

Une première nationale a eu lieu samedi 3 février au collège Marc Sangnier de Seyssins. La remise des clés par le président du conseil départemental de l’Isère Jean-Pierre Barbier, des clés de la cuisine solidaire à la Banque alimentaire.

Même si l’idée paraît évidente, elle est unique. Plus pour longtemps car d’autres banques alimentaires départementales en France veulent suivre le même chemin. Il s’agit de récupérer des produits frais (viande, mais également des légumes) en limite de date de conservation, pour leur redonner un délai supplémentaire d’utilisation grâce à une transformation en plats cuisinés. Ces derniers sont bien sûr destinés à des populations fragilisées.

Expert en cuisine

On se demande pourquoi on y avait pas pensé plus tôt. D’abord parce qu’il fallait une expertise professionnelle, autrement dit, un chef cuisinier de métier apte à trouver une utilisation rapide des produits recueillis. Ensuite parce qu’il fallait un lieu, une cuisine permettant d’œuvrer dans le respect draconien des normes de sécurité sanitaires les plus pointues. Ce lieu s’est libéré grâce à la centralisation par le Département de la confection des plats pour la restauration des collégiens. La cuisine du collège Marc Sangnier de Seyssins, s’est ainsi retrouvée surdimensionnée dans la mesure où les plats n’ont pratiquement plus qu’à être réchauffés avant d’être servis. La Banque alimentaire a donc suggéré au collège de lui laisser utiliser une partie de ses locaux pour son projet. Les discussions ont été longues et nombreuses, deux mondes, celui de l’Education nationale et celui des associations caritatives ayant besoin de se connaître et de découvrir leurs fonctionnement respectif. Au final, les travaux d’aménagement ont été réalisés. Enfin, le dernier maillon nécessaire était la mise en place d’une collecte de produits : Carrefour, Promocash, Pomona, figurent parmi les entreprises qui ont rapidement répondu positivement. « Nous estimons les volumes de viande jetés à 200 kilos par jour », indique-t-on du côté de la Banque alimentaire. Lancé depuis le mois d’octobre, l’opération collecte 100 kilos par jour de viande. Alors sitôt arrivée, cette marchandise est préparée, cuisinée en une multitude plats (bœuf, sangliers, chevreuils, poulet…) conditionnés en barquettes pour quatre personnes. Une fois cuits ces plats ont une durée de vie de cinq jours, suffisante pour repartir dans le circuit de l’aide alimentaire via les associations d’aide locales. Le président national des Banques alimentaires souligne que cet apport de protéines animales vient combler un déficit chronique en la matière de l'aide alimentaire.

Education citoyenne

L’opération va bien au-delà de cette simple action caritative. Elle s’appuie non seulement sur 35 bénévoles pour le fonctionnement du lundi au jeudi, trois heures par jour minimum, mais a noué aussi des partenariats avec les écoles de restauration et la formation. Implantée en plein cœur d’un collège, elle expose la force du bénévolat et la proximité avec une véritable entreprise à la vue des collégiens qui côtoient ainsi une facette de la citoyenneté qu’ils apprennent au quotidien. De multiples vertus que toutes les personnes présentes à la remise des clés ont souligné.

 

Jean-Marc Emprin

Le bilan chiffré des quatre premiers mois 

La Banque alimentaire de l’Isère compte 160 bénévoles, dont une trentaine impliqués dans le projet. Chaque jour, l’association caritative cuisine 100 kilos de viande qu’elle conditionne en barquettes permettant de préparer entre 400 à 500 repas complets. Ainsi, en quatre mois, cinq tonnes de viande ont été sauvées de la destruction qui ont permis de cuisiner 6 700 barquettes de 4 portions ! Ces plats cuisinés sont ensuite distribués auprès de 85 associations partenaires qui assurent l’aide alimentaire de 5 500 Isérois chaque semaine.
(Source BAI)