Accès au contenu
Sud-Isère

Une dynamique laitière à amplifier

Diagnostic de filière/L'étude du comité isérois des éleveurs récemment dévoilée à Saint-Jean-d'Hérans pointe une dynamique laitière moindre dans le Sud du département que dans le reste de l'Isère, mais aussi un réel potentiel et plusieurs pistes de travail à côté de la mise en place d'une collecte bio.
Une dynamique laitière à amplifier
Dans le cadre du diagnostic de la filière laitière départementale entamé en 2008, le comité isérois des éleveurs (Ciel) a récemment présenté les résultats de l'enquête menée auprès des professionnels ces deux dernières années à un groupe d'agriculteurs du Sud-Isère. « Les six cantons de Clelles, Corps, La Mure, Mens, Monestier-de-Clermont et Valbonnais ainsi que leurs voisins du Sud grenoblois rassemblent 12 % des élevages bovins laitiers du département, soit 102 exploitations, dont dix en agriculture biologique ou en conversion (alors que cette proportion ne dépasse pas les 4 % à l'échelle départementale) », a rappelé Jean-Philippe Goron, l'ingénieur du comité isérois des éleveurs, avant de détailler les caractéristiques des élevages du Sud-Isère.
Un défi majeur : le maintien de la collecte
De ces données, il ressort tout d'abord une dynamique laitière moindre que dans le reste du département. La sous-réalisation du quota est plus importante en Trièves et en Matheysine. Or, seuls 30 % des élevages du Sud du département souhaitent développer la production laitière (contre 34 % en Isère). Par ailleurs, 70 % des éleveurs en exploitation individuelle ont plus de 50 ans (contre 51,5 % en Isère). Ce qui fait que, d'ici à dix ans, 25 % des volumes vont se libérer. L'association agricole du Sud-Isère, Sitadel, relève par ailleurs une densité laitière « modeste : 173 litres par hectare, contre 260 litres par hectare pour le département », l'absence de valorisation spécifique, un éloignement des usines de transformation (situées à Gap, Saint-Just-Chaleyssin et Vienne) et un accès aux élevages « parfois difficile, notamment en hiver et pour les exploitations éloignées des routes nationales ».
Alors, même si la sous-réalisation du quota peut s'expliquer par des transferts récents et le climat sec du territoire, même si le volume total de collecte est important (23 millions de litres de lait, soit plus de 11 % des références départementales) et même si cinq éleveurs se sont installés dans le Trièves depuis trois ans, le Sud-Isère doit réfléchir à son avenir laitier. « Je connais bien le secteur pour y avoir été contrôleur laitier pendant cinq ans et je peux vous dire que le nombre d'éleveurs y a baissé de façon plus rapide qu'ailleurs. Ce qui fait que les laiteries se demandent si elles vont maintenir une collecte (même si elles ne le disent pas aussi ouvertement et que Danone notamment semble avoir compris l'intérêt, en termes d'image, de maintenir une collecte en zone de montagne) », témoigne Didier Villard, vice-président de la chambre d'agriculture et président le comité d'orientation sur l'économie de l'organisme.
L'installation et la transformation locale
Pour le responsable agricole, tout l'enjeu actuel dans le Sud du département est de « restaurer la confiance, car le climat actuel génère de l'incertitude. C'est vrai que les évènements climatiques de ces dernières années et la sécheresse actuelle fragilisent fortement les élevages. Mais tout n'est pas perdu, loin de là ! La mise en place d'une collecte bio n'est pas la seule piste à explorer. La chambre d'agriculture et d'autres organisations professionnelles agricoles mettent des moyens humains à disposition pour garder l'oeil sur les futurs cédants et installer de jeunes agriculteurs notamment. Je pense que nous pouvons compter sur les autres secteurs d'activité pour mener ces missions à bien, car, sans agriculture, le Sud-Isère deviendra un territoire de transit et tout le monde en pâtira ».
Au-delà de la valorisation en bio et de l'optimisation de la collecte par la poursuite de l'installation et de la restructuration, l'étude menée par la MFR de Vif pour le compte de Sitadel met en avant le potentiel commercial des produits locaux. « Les produits de la laiterie du mont Aiguille sont reconnus » et « le distributeur de lait cru situé devant le Intermarché de Varces attire les clients », relèvent notamment les étudiants. Un éleveur sur dix transforme déjà une partie de son lait, selon Sitadel. Le comité de territoire note aussi que la vente directe représente 300 000 litres de quota dans le secteur et soumet l'idée d'une seconde unité de transformation laitière, la laiterie du mont Aiguille étant arrivée à saturation.
C.F.