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Territoire

Une économie fortement ancrée dans sa montagne

Le comité de territoire de Belledonne est marqué par une identité montagnarde forte, l'arrivée de nouveaux installés et l'émergence de projets de groupe.
Une économie fortement ancrée dans sa montagne

« Là où nous passons, personne d'autre ne passerait », lance Agnès Rajat, éleveuse laitière aux Adrets. Elle fait partie de ces multiples visages que revêt l'agriculture en Belledonne, mis à l'honneur lors de l'assemblée générale de l'Adabel qui s'est déroulée fin mars à Saint-Mury-de-Monteymond. Agnès Rajat a repris l'exploitation familiale en 1992. Comme beaucoup d'habitants de Belledonne, elle travaillait « en bas », aux papèteries qui pendant longtemps ont permis aux fermes alentour, grâce à la double activité, de perdurer en dépit d'une économie de montagne modeste. Pour Agnès Rajat, c'est un choix de vie. Elle fait ça « pour la beauté de la bête », elle dont le troupeau est composé de douze laitières, moitié villardes, moitié abondances et de leur suite. « Je les vois naître, devenir de futures vaches, faire leur premier veau. Il se noue une complicité avec l'animal », raconte l'éleveuse. Elle parle de ses bêtes avec affection. « Les améliorations faites sur l'exploitation le sont pour le bien-être animal. » La petite ferme est autonome en fourrage et en prairie, mais l'espace montagnard contraint fait que les balles sont stockées sous bâche. Agnès Rajat reconnaît que son exploitation « n'a pas de réalité économique. Je complète mon revenu avec ce que je fais ailleurs. Le seul bénéfice est celui d'entretenir les paysages. » Elle ne cache pas son inquiétude : « Ces paysages sont magnifiques, mais encore pour combien de temps ? » Elle se considère comme « acteur de son territoire », avec sa « ferme authentique », ses bêtes qui « participent à l'alpage du Prapoutel » et surtout, le temps qu'elle consacre pour que les espaces restent ouverts. Pentus, ses parcelles sont situées entre 600 et 1 000 m d'altitude, « mais l'urbanisation fait que l'on ne peut plus passer par certains endroits », regrette-t-elle.

Le retour de l'entraide

C'est le même calme et la même passion qui anime Ludovic Turenne, installé en bovins viande à Revel. Son troupeau de limousines est également élevé à l'herbe et au fourrage. « Les bêtes sont moins finies, mais on s'y retrouve par rapport à l'investissement en céréales. C'est un compromis. »
Les bovins sont vendus en colis, dans les circuits courts. Le jeune homme réfléchit à toutes les pistes qui pourraient amener de la valeur ajoutée à l'exploitation. Il se déplace sur les marchés fermiers et valorise les bas morceaux en plats cuisinés depuis six mois. Il aime parler de son métier et fait partie du réseau de visites à la ferme Mon beau terroir. « J'ai pour objectif de m'agrandir, mais je procède tout doucement, car je ne souhaite pas m'endetter. » Il sait que le territoire compte de nombreux atouts : « La nature, le paysage, le plein air, la neige, le soleil, Belledonne, c'est vendeur. » C'est la raison pour laquelle il entend se distinguer, « s'améliorer en prenant de nouveaux chemins, avec internet, en faisant des flyers... » Mais il reconnaît que « seul, c'est compliqué ». C'est la raison pour laquelle il défend l'idée d'un retour de l'entraide. « On est tous partis sur des chemins différents, mais au moins pour la mécanisation, il faudrait se regrouper. » Le jeune éleveur, qui s'est installé en 2009, est encore à la recherche de foncier pour le fourrage.

« Il y a des jeunes qui s'installent »

Marie Méjan-Truc-Vallet est aussi une enfant du pays qui vient de reprendre la ferme des ses parents. Cette monitrice de ski à la station des 7 Laux dit son attachement à la double activité. Avec trois tarines et 30 chèvres, la production est entièrement transformée et vendue en direct. « La station permet d'avoir une petite ferme. J'adore Belledonne, mon village, mes amis, ma famille ! », s'exclame-t-elle. Le complément de revenu de la station lui permet d'être dégagée du stress économique. L'exploitation est juste dimensionnée à la hauteur de ses ambitions : 12 hectares de parcelles, en pente bien entendu, dont elle fauche 8 hectares. Le foin est conditionné en petites bottes ou séché en grange. C'est du boulot, mais aussi un plaisir. « Les moments clé, c'est lorsque je sors les bêtes dans le village. Elles tiennent toute la route et les voitures s'arrêtent pour discuter, je rencontre tout le monde. » L'éleveuse est consciente du dynamisme et du potentiel du secteur. « Ce n'est pas un endroit reculé et nous mettons en place certaines choses. Il y a plein de jeunes qui s'installent à Laval. » Elle s'organise pour mener à bien ses deux activités et espère continuer ainsi pendant longtemps.

Isabelle Doucet
Association

L'Adabel, terre de projets

L'association pour le développement de l'agriculture de Belledonne, Adabel, avait bénéficié l'an passé de l'élargissement de son territoire aux communes des coteaux.
« Fin 2016, nous avons relancé le groupement d'employeurs », annonce Audrey Abba, la présidente de l'Adabel. L'objectif est de répondre à la surcharge de travail en employant un salarié agricole affecté à Belledonne. Le dispositif est adossé au réseau Agriemploi. La présidente a lancé un appel à candidature, espérant aller au-delà du mi-temps déjà possible. L'heure est à l'organisation du planning et l'expérience pourrait débuter en ce milieu d'année.
L'autre gros dossier est celui du foncier et de la gestion de l'espace. L'opération de reconquête agricole à Laval porte sur le défrichement de parcelles boisées en vue de leur réouverture. « Si on arrive à le faire sur une commune, il faudrait que ce modèle soit reproduit », estime Audrey Abba. La démarche de retour du bois à la prairie initiale est longue, en raison du temps nécessaire à l'identification des parcelles, de la médiation avec les propriétaires puis du défrichage. Le financement est assuré par la communauté de communes du Pays du Grésivaudan, l'Espace Belledonne et le département. Par ailleurs, dans le cadre du programme Leader, un appel à candidature pour financer la réouverture des territoires pourrait intéresser l'ensemble du territoire, le projet de Laval devenant une des actions pilotes aux côtés du PAEN du Touvet ou de la ferme communale de Montbonnot. Le programme d'action d'identification des gisements fonciers participe de la même dynamique. Près d'une quinzaine de communes sont déjà engagées.
Les projets de groupe font sens en Belledonne, à l'image du site de vente de viande qui vient de s'élargir aux producteurs de porcs et propose de nouveaux colis. La question de la rénovation de la petite salle de découpe d'Allevard s'est invitée à l'ordre du jour, les solutions demeurant incertaines.
Les éleveurs laitiers, qui sont une dizaine, ont aussi décidé de travailler en réseau pour se connaître, échanger sur les pratiques, notamment sur l'autonomie alimentaire.
Enfin, la promotion des produits passe par l'animation et la communication, depuis l'organisation d'événements jusqu'à la signalétique, la qualité et le développement de nouvelles offres. Le 20 mai, une action phare de communication auprès du grand public se tiendra dans trois fermes de Theys.