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« Une erreur stratégique de s'éloigner des politiques »

Il en est qui reprochent à la FDSEA ses liens avec les élus. Mais selon les responsables du syndicat, dans la mesure où ce sont eux qui votent les lois, il est important de leur faire passer les bons messages.
 « Une erreur stratégique de s'éloigner des politiques »

« La FDSEA est trop politisée, trop proche des politiques... ou trop frileuse à leur encontre ». Le rapport aux élus fait partie des différents sujets qui sont ressortis de l'enquête réalisée par la FDSEA auprès des agriculteurs isérois – adhérents ou non adhérents. La thématique a été reprise au sein du huis-clos tenu lors du congrès de la FDSEA, le 24 février.
Selon Jérôme Crozat, vice-président de la FDSEA, «  cette affirmation renvoie à la question des rapports que l'agriculture en général et le syndicalisme en particulier doivent entretenir avec les pouvoirs publics. D'autant que ces relations peuvent avoir des conséquences dans les décisions qui sont prises et qui ont une influence sur l'activité agricole. En ce qui concerne les normes (comme les Grenelle 1 et 2) ou en ce qui concerne les financements publics que les élus ont pour mandat de gérer et d'attribuer - directement ou indirectement - aux agriculteurs. Les montants sont importants, de l'ordre de 16 milliards d'euros, et participent aux investissements nécessaires dans l'industrie agro-alimentaire ou nos exploitations. Nous pouvons être critiqués d'être trop proches des politiques. Les associations environnementales utilisent, elles, le lobbying de manière pugnace. Nous, nous faisons le choix de nous battre avec des armes plus franches comme la rencontre de nos élus. Chaque corps de métier a le droit de l'utiliser ».

Qu'ils soient de droite ou de gauche

Michel Joux, président de la FRSEA Rhône-Alpes, partage la même analyse. « Les politiques sont élus par le peuple. Ils ont toute la légitimité de prendre des décisions. La défense des intérêts des agriculteurs, toutes productions confondues, passe par ces hommes et ces femmes politiques. Nous aurions besoin d'une nouvelle loi d'orientation agricole pour aborder les questions relatives aux relations commerciales entre les différents maillons, la rentabilité de nos exploitations..., ce sont eux qui doivent faire ce travail. Le nôtre est de parler avec eux, qu'ils soient de droite ou de gauche ». Et d'ajouter : « Ce serait une erreur stratégique de s'éloigner d'eux. Nous devons leur mettre la pression ! » Pour les responsables syndicaux, la cause agricole se situe au-delà de la droite et de la gauche. Car si rien n'est fait pour la sauver, elle aura du mal à passer le cap de cette crise sans précédent. Michel Joux rappelle également que la FDSEA est apolitique même si ses responsables politiques ont des convictions personnelles.

Les bonnes réformes

Les élus n'ont cependant pas tous les pouvoirs. Alain Moyne-Bressand, député de l'Isère, a reconnu avoir failli dans certains combats menés, notamment face à l'administration. Un constat qui a interpellé Jean-Paul Chavas, jeune président de la section des anciens exploitants. « Les élus nous disent régulièrement : " Nous vous avons entendu. Nous vous avons compris ". Mais si vous ne pouvez rien faire, déclare-t-il à Alain Moyne-Bressand, à quoi cela sert-il d'avoir des députés, des sénateurs, des ministres ? Pourquoi nous demander de choisir un président de la République ? Cela me déçoit d'entendre dire d'un élu qu'il ne peut rien faire face à l'administration ».
Michel Joux reconnaît qu'il n'est pas évident qu'il y ait une efficacité absolue. Mais, il intime aux élus de se montrer courageux et de prendre les bonnes réformes. Et, à l'approche des échéances électorales à venir, il exhorte les troupes «  à voter pour un programme qui puisse donner des solutions à l'agriculture et à l'économie française ».

IB