Une famille exceptionnelle
Au Gaec de la bergeronnette à Dolomieu, si on fait de la sélection génétique en race montbéliarde, « c'est que cela donne un sens au métier », explique calmement Jérôme Huguet, un des associés. Il aime l'élevage et la production de lait, mais ce n'est pas un but en soi. « Me lever le matin pour uniquement remplir le tank ne me satisferait pas ». Pourtant le Gaec ne fait pas de la sélection depuis très longtemps, dix ans à peine. « Cela a commencé par l'achat d'une génisse qui nous a servi de tête de souche, explique le jeune éleveur. Elle a été exceptionnelle. Elle a donné des descendants d'une excellente qualité, certains ont été primés, deux taureaux agréés en sont issus, et même deux autres bientôt. La moitié de notre troupeau actuel est issu de cette vache.» Et tout cela en une décennie, un vrai coup de chance pour le Gaec. « Il faut beaucoup de temps d'habitude, mais là nous commençons à retrouver les billes que nous y avons investies. »
Garder le moral
Tout ne s'est pas fait simplement. Les premières années ont été difficiles. Le troupeau a vu sa moyenne de lait baissé, il a fallu quelques temps d'apprentissage, « mais c'est surtout la technique de transplantations embryonnaires qui nous a permis de démultiplier les meilleures », avoue-t-il, en reconnaissant que les connaissances scientifiques ont très vite progressées. Et cette activité a soutenu le moral de toute la famille depuis la crise laitière de 2015. « On garde des perspectives dans notre métier, notamment quand le prix du lait est au plus bas », se rassure Jérôme Huguet.
Pas le bagne
Passionné, le jeune éleveur est aussi papa de deux jeunes garçons. Il n'oublie donc pas cette vie de famille qu'il veut de qualité comme il l'a vécue avec ses parents. « On commence tôt, à 6 heures du matin, mais à 7 heures du soir, je suis à la maison. Je tiens à partager les repas avec ma femme et mes enfants », confirme-t-il. Et le Gaec, composé donc aujourd'hui de Pierrette, sa mère, de lui-même et de René, son père, retraité mais toujours en activité sous le statut de conjoint collaborateur*, s'organise pour que le métier ne soit pas un bagne. « Nous prenons un week-end sur deux et une dizaine de jours de vacances par an. Le samedi matin, celui qui n'est pas de garde prépare le travail de celui qui l'est. Le dimanche, on simplifie : pas de de distribution de lait aux veaux le dimanche soir. Seule la traite est obligatoire. Mais pour les 90 laitières, avec notre salle 2X7, on met deux heures, lavage compris. » Ponctuellement, un prestataire de service vient s'occuper de la traite pour être vraiment libre. Pour les vacances d'été, un aide est embauché un mois pour que les travaux ne prennent pas de retard. « Cette année, nous sommes à jour. Les sorghos sont coupés, les engrais sont épandus. Recourir à des appuis ponctuels permet de garantir le travail et au final d'être plus rentable », analyse Jérôme.
Adaptation au sec
Car si la qualité de vie des associés est un objectif essentiel du Gaec, les temps ont été durs avec la crise laitière. « On a pas refait la trésorerie depuis 2015, précise René Huguet, mais la situation est un peu meilleure. » Les exploitants cherchent à optimiser tous les postes. Car viennent s'y ajouter des étés de plus en plus chauds et de plus en plus précoces. « Les prés sont grillés de plus en plus tôt », alors des adaptations sont nécessaires. Suite à une visite organisée en 2016 par la chambre d'agriculture et le contrôle laitier au sujet du méteil, trois hectares ont été semés en interculture en complément de la rotation de maïs. « Un mélange composé d'avoine, vesces, féveroles, pois, que nous avons ensilé quand ce dernier était en fleur, explique Jérôme huguet. Nous l'avons distribué cet été pendant trois semaines. Plus humide que l'ensilage de maïs, il a bien équilibré la ration et a permis de faire baisser son coût pendant l'été. C'est une vraie sécurité pour ette période. On a économisé 200 grammes de tourteau par vache. » Les éleveurs se concentrent sur la gestion de leur stock d'alimentation pour les 90 vaches laitières et la centaine de génisses ou de taurillons car les 60 hectares de prairies sont un peu juste. Le Gaec fait également de l'enrubannage de sorgho mais avec un entrepreneur de travaux agricoles, car « il faut des outils costauds pour travailler les tiges ».
A jour du travail, Jérôme Huguet attend donc avec impatience le concours départemental dans lequel il va présenter une génisse et six vaches. « Trois sont déjà des habituées des concours, mais je dois dresser les autres pour le défilé. Il me faut quelques jours ». ll est confiant , « sa famille » étant plutôt sélectionnée sur un caractère de docilité. Et puis des vaches qui disposent de gros ventilateurs dans leur étable, de brosses, d'un brumisateur dans leur salle de traite pour se rafraîchir au plus chaud de l'été ne peuvent qu'être reconnaissante envers leur éleveur. Elles feront tout pour lui donner des perspectives de médailles, c'est sûr.
Jean-Marc Emprin
*Il est ainsi couvert par les assurances en cas d'accident du travail