Accès au contenu
Exploitation

Une ferme, trois troupeaux et beaucoup de réseaux

La ferme de la Grangère participe à l'opération « Prenez la clé des champs » les 3 et 4 mai prochain. Pour cette jeune exploitation, l'ouverture est une seconde nature.
Une ferme, trois troupeaux et beaucoup de réseaux

Dans sa configuration actuelle, l'exploitation est très récente. Le Gaec familial de la ferme de la Grangère a tout juste trois ans. Il est tenu par trois associés, Anthony Balaguer et ses parents, Jocelyne et Patrick Balaguer. La ferme résulte de la reprise de trois exploitations. Rien de moins. Elle compte ainsi un troupeau de 24 vaches laitières, des prim'holstein et des montbéliardes, une dizaine de génisses, 90 chèvres et une cinquantaine de porcs à l'engraissement. La surface agricole est de 90 hectares. « J'ai toujours été passionné par le monde agricole et je n'ai jamais voulu faire autre chose. Je me sens proche de la nature et des animaux », assure Anthony Balaguer, initiateur du projet d'installation hors cadre familial. Car pour ses parents, c'est une véritable reconversion professionnelle, avec un père auparavant employé dans l'industrie et une mère dans le tertiaire. Le jeune agriculteur s'est d'abord lancé dans l'aventure avec deux associés et sa mère, en reprenant une première ferme, à Tramolé, qui transformait déjà sa production en charcuterie, fromages de vache et fromages de chèvre, et avait aussi une activité céréalière. Mais avec une SAU de 45 hectares seulement, Anthony Balaguer s'est rapidement engagé dans une démarche de prospection, reprenant une exploitation située aux Eparres. « J'avais pour objectif de regrouper toutes les activités dans un bâtiment unique afin de nous faciliter le travail et de développer la vente à la ferme », explique-t-il. C'est en recherchant un terrain pour faire construire et agrandir l'exploitation avec quelques terres supplémentaires qu'il reprend une troisième ferme également aux Eparres.

Développer la vente à la ferme

Le projet est important, mais le bâtiment de 1 600 m2 au sol et 250 m2 de locaux d'habitation et administratifs au premier niveau sort rapidement de terre. Il compte un point de vente, un laboratoire, deux salles de traite avec huit postes pour les vaches et dix pour les chèvres et plusieurs stabulations, où tous les animaux sont installés sur aire paillée intégrale. L'investissement s'élèves à 600 000 euros et a bénéficié de 75 000 euros de subvention au titre du PMBE*. « Nous avions déjà une clientèle et un fonds de commerce, donc tout un réseau commercial existant : cela a facilité les négociations avec les banques », détaille l'exploitant. Un pool bancaire, composé du Crédit agricole et du Crédit mutuel, consent donc un crédit de 15 ans au Gaec. Le business plan de la ferme s'appuie sur le triptyque élevage-transformation-vente. Cette année, le chiffre d'affaires de l'exploitation s'élèvera à 300 000 euros pour une production qui s'établit à 150 000 litres de lait de vache et 50 000 litres de lait de chèvre entièrement transformés.

Parrainer des vaches

Entre-temps, le Gaec s'est modifié avec le départ des deux associés non familiaux. Dans le fonctionnement, le fils et ses deux parents ont fait le choix de la polyvalence dans tous les ateliers. Ils emploient également deux salariés à temps partiel. « C'est la fabrication et la commercialisation qui prennent le plus de temps », note Anthony Balaguer. La ferme de la Grangère est présente sur quatre marchés alentour et là, c'est plutôt Patrick qui s'y colle ; une question de sagesse et de fibre commerciale. En peu de temps, l'exploitation a connu un décollage fort, mais calculé. « Nous progressons tout le temps », note l'agriculteur qui conduit la ferme en « agriculture raisonnée », diversifie ses cultures pour répondre à tous les besoins des troupeaux en visant l'autonomie alimentaire et reconnaît tester encore des cultures qu'il ne maîtrise pas parfaitement. Mais la clientèle ne s'y trompe pas, sensible à la qualité et à la variété des produits proposés. La notoriété a rapidement été au rendez-vous. Il faut dire que les exploitants multiplient les bonnes idées. Pour renforcer la vente directe, ils entendent se rapprocher des circuits de vente de La ruche qui dit oui ! Ces collectifs de producteurs et d'acheteurs sont déjà plus de 400 en France. L'Isère en compte près d'une dizaine. « C'est un nouveau créneau de vente », estime Anthony Balaguer. Par ailleurs, la ferme de la Grangère est la seule en Isère à pratiquer la vente-parrainage. Le principe : « il s'agit de parrainer une vache sur une période de trois ans en versant 1 200 euros. En retour, nous fournissons le parrain en produits fermiers pendant trois ans à hauteur de 1 305 euros. Ce qui donne un rendement de 8% ». En moins de deux, les vingt vaches disponibles ont trouvé leurs parrains ou marraines. La ferme de la Grangère les considère comme des clients privilégiés, surtout s'il y a des enfants qui « viennent voir leur vache ». Une fois par an, la famille Balaguer organise un banquet pour l'ensemble des parrains originaires du grand quart Sud-est et de région parisienne. Les motivations qui président à cette démarche sont multiples : soutenir l'agriculture ou faire découvrir une exploitation agricole à des enfants. Pour les agriculteurs, c'est de la trésorerie, des liquidités qui permettent de procéder à des investissements.

Portes ouvertes

Dans un modèle économique basé sur la vente directe, le Gaec sait combien la reconnaissance est importante. Il ne touche pas la même clientèle à la ferme, où les heures d'ouverture sont facilitatrices pour les personnes qui travaillent, et sur les marchés, où le profil des clients est plus varié. Ce ne sont pas non plus les mêmes personnes qui s'inscrivent dans les réseaux de producteurs. Pour capter toutes ces tendances, il semble donc essentiel aux exploitants d'ouvrir les portes de leur ferme. « C'est attirer une nouvelle clientèle, faire découvrir notre métier ». Ils se plient à l'exercice deux fois par an, depuis la création du Gaec. L'opération « Prenez la clé des champs », organisée par les chambre, d'agriculture le premier week-end de mai, attire chaque fois plus de 3 000 personnes. Visite de l'exploitation, dégustation, barbecue, vente : la famille et les amis sont mis à contribution. Et le premier week-end de novembre, c'est rebelote pour les portes ouvertes annuelles de la ferme, autour d'une bonne cochonnaille.

Isabelle Doucet

 

*PMBE : plan de modernisation des bâtiments d'élevage

 

Manifestation/

Prenez la clé des champs les 3 et 4 mai

Convivialité et produits fermiers : pas moins de 132 agriculteurs de l'Isère et des deux Savoie ouvrent les portes de leurs fermes, les samedi 3 et dimanche 4 mai, dans le cadre de l'opération « Prenez la clé des champs ». Chaque exploitation a sa particularité, chaque élevage défend sa race bovine, caprine, ovine, mais c'est aussi l'occasion pour le grand public de découvrir l'élevage de daims, de lamas ou le travail des apiculteurs. D'en savoir un peu plus sur la nuciculture, mais aussi de s'essayer à la cueillette à la ferme, de goûter des produits transformés comme les vins, les fromages ou la charcuteries aux saveurs dauphinoises. Traditionnellement, certaines fermes offrent la possibilité d'une restauration sur place et d'autres organisent même des animations.
En 2013, l'opération avait attiré 65 000 visiteurs dans les trois départements. Pour cette dix-huitième édition, dix-sept circuits de visites sont proposés, dont huit en Isère : Trièves, Sud-Grenoblois-Matheysine, Belledonne-Grésivaudan, Vercors, Sud-Grésivaudan, Chartreuse-Voironnais, Chambaran et Nord-Isère. C'est l'opportunité de (re)découvrir la diversité du paysage agricole en allant au contact direct des producteurs. Les chambres d'agriculture d'Isère et de Savoie-Mont-Blanc en profitent pour mettre en valeur la vente directe et les circuits courts. A noter, cette année, la mise en avant par certaines fermes de leurs initiatives en matière d'efficacité énergétique, à l'image de la ferme de Champ fleuri à Sinard qui a installé des panneaux photovoltaïques pour le séchage en grange, de même que la ferme des Colibris à Méaudre ou encore la Chèvrerie de Chartreuse à Voiron, qui a installé une chaudière à biomasse.
Pour organiser ses visites et télécharger le guide de l'opération : www.prenezlacledeschamps.com