Une fête pour vivre ensemble
Non, Saint-Chef ne somnole plus « comme une bête heureuse à l'ombre de son abbaye *». C'est plutôt l'effervescence dans la cité qui s'est parée de fanions aux couleurs du comice agricole et du concours départemental d'élevage qui se dérouleront les 23, 24 et 25 août. Saint-Chef la médiévale renoue avec une tradition ancestrale et son passé agricole qu'elle conjugue au présent. « Beaucoup de Saint-Cheffois ont vécu le dernier comice, en 1983, et avaient envie de recommencer tellement ils en avaient gardé de bons souvenirs », déclare Richard Armanet, le président de l'association du comice de Saint-Chef. « Le tissu agricole s'est étiolé et c'est une façon de dire que nous sommes encore là », reprend l'éleveur de brebis, dont l'exploitation est située à Arcisse. Il reste une vingtaine d'agriculteurs à Saint-Chef. « Il y a 30 ans, les fermes traditionnelles faisaient de la polyculture-élevage avec de la vigne, du tabac, des vaches laitières. Puis elles se sont spécialisées pour être plus techniques, plus performantes. Les contraintes de l'élevage ont fait disparaître les troupeaux cédant la place à la culture céréalière. Il y a aussi quelques chevaux en pension sur des terrains qui sans cela seraient partis en friches, décrit Richard Armanet. Les surfaces agricoles des exploitations se sont agrandies car ce sont de bonnes terres agricoles. Mais jusqu'à quand seront-elles exploitées ? »
L'implication d'un territoire
C'est donc un challenge à l'échelle de ce village qui s'est beaucoup développé ces dernières années. Il compte presque 3 800 âmes, soit un millier de plus qu'il y a 20 ans. « A nous de donner envie de voir, de découvrir et de s'impliquer dans ce monde rural », reprend le président. Et le pari a été relevé car nombreux sont les nouveaux habitants qui participent à l'organisation du comice et du concours départemental d'élevage. Près de 300 bénévoles seront de la partie et les associations locales ont été largement sollicitées. Le tissu agricole en profite aussi pour se resserrer. Richard Armanet confie : « Nous avons appris à nous connaître et à nous apprécier, alors que nous sommes tous natifs de Saint-Chef et que l'on se croise depuis des années ». Il est encore épaté par la réaction des ambassadrices qui ont décidé comme une seule femme qu'il n'y aurait ni reine, ni dauphine, mais seront toutes présentes pour donner un coup de main. « On apprend des jeunes », commente-t-il. C'est la magie d'un comice : beaucoup d'engagement et des liens qui se tissent même au-delà du village, notamment avec les membres du comité d'organisation du comice de Saint-Sorlin, l'an passé. « Nicole Genin nous a brieffés, donné des conseils, prévenus des écueils. Il y a une aide réciproque des bénévoles. Ils nous ont donné leur matériel, le tout avec humour et gentillesse. C'est tout un territoire qui s'implique. » Le comice revendique son caractère durable jusqu'aux guirlandes décoratives héritées de Saint-Sorlin.
Budget surprise
Les collectivités ne sont pas en reste. La municipalité de Saint-Chef avait inscrit dans son programme la volonté d'organiser un comice et l'idée a été entérinée lors d'une réunion publique début 2018, associée à celle d'accueillir le concours départemental d'élevage. Entre 10 et 15 000 personnes sont attendues pendant trois jours, si bien que les mesures de sécurité sont importantes. « Nous ne nous attendions pas à cela », confie Marie-Noëlle Picot, secrétaire de l'association et secrétaire de mairie. Etablir des plans du champ de foire, de circulation, mettre en place des déviations, prévoir les services de secours, de sécurité, l'aire d'atterrissage des hélicoptères, rédiger les arrêtés, assurer les infrastructures : « ce n'est pas compliqué, mais c'est une surprise sur le budget ! », assure la secrétaire. Au cœur de toutes les réunions préparatoires, elle confie : « au début, on ne se rend pas compte, mais au fur et à mesure, on découvre la montagne qui monte devant nous ». Elle le confirme : pour cette commune « qui a évolué d'un coup », le comice est l'occasion de « recréer du lien avec la ruralité ».
Vivre ensemble
« C'est une manifestation qui touche tout le monde, assure Francis Spitzner, le vice-président des Balcons du Dauphiné en charge de l'agriculture. Les organisateurs ont bien fait de lier le marché des producteurs avec le comice ». Cette formule, mise en place l'an passé à Saint-Sorlin, bénéficie du soutien de la communauté de communes. L'élu salue aussi l'idée de distribuer des flyers dans toutes les écoles avant la sortie des classes afin d'inciter les parents et leurs enfants à venir au comice pour rencontrer les éleveurs et les producteurs. « C'est important de sensibiliser les plus jeunes », insiste Francis Spitzner qui est aussi maire de Vertrieu, une petite commune de la Boucle du Rhône. Mieux se connaître pour mieux vivre ensemble est un des enjeux majeurs de la ruralité d'aujourd'hui.
Concours et pédagogie
Les éleveurs de l'Isère, dont l'association est présidée par David Rivière, sont aussi largement mobilisés autour de l'organisation du concours d'élévage qui a lieu tous les deux ans. Près de 300 bêtes sont attendues. Le concours laitier, avec les plus belles montbéliardes et prim'holstein de l'Isère, se déroulera le samedi. Le concours allaitant, avec les races charolaise et limousine se tiendra le dimanche. En marge de la compétition, une présentation des races bovines blondes d'Aquitaine et angus est prévue. Seront aussi présents, les équins, ovins, caprins et l'Union avicole de l'Isère toujours fidèle à la manifestation pour exposer ses très rares spécimens à plumes. « Chaque syndicat a ses habitués, des éleveurs qui sélectionnent et dressent leurs animaux, mais nous voulons réserver le meilleur accueil aux nouveaux venus, indique David Rivière. Ce sont les jeunes qui sortent de formation et qui ont envie d'essayer, ou bien des personnes hors-cadre familial. Ils ont besoin d'être accompagnés dans leurs démarches et nous pouvons leur apporter des conseils pour le dressage, quitte à aller voir chez le voisin comment ça se passe. L'objectif est que les éleveurs repartent en ayant passé un bon moment. » Cette année encore, le GDS a pris à sa charge toutes les analyses sanguines des animaux. Les bêtes arriveront sur le site dès le vendredi. Une salle de traite mobile sera installée, si bien qu'il y a toujours à voir, sur le ring pendant les concours, mais aussi en coulisses, de la traite aux stalles, lieux privilégiés d'échanges avec les éleveurs. « A nous de faire de la pédagogie, d'amener les gens vers une meilleure connaissance du milieu agricole, faire savoir ce qu'est une vache à lait, une vache à viande, ce qu'on produit et où ça va », explique David Rivière.
Isabelle Doucet
Au programme du comice de Saint-Chef :
Vendedi 23 août :- arrivée des bêtes à partir de midi, traite des vaches laitières en fin d'après-midi, découverte de la ferme géante (bovins, équins, caprin, ovin, volailles)Samedi 24 août :- 9h : ouverture du comice et du marché de producteurs- 9h30 : début du concours départemental d'élevage vaches laitières (prim'holstein et montbéliardes)- 10h : visite officielle et inauguration- 12h : repas campagnard- 14 h : concours de labour- 18h30 concours des jeunes meneurs- 19h : concours de tonte de moutons- 20h : repas dansantDimanche 25 août :- 9h : concours départemental d'élevage, vaches allaitantes (charolaises et limousines)- 10h : messe sous chapiteau, bénédiction des animaux et du matériel- 11h30 : démonstration de danse country- 12h : repas campagnard- 14h : corso fleuri dans les rues du village- 17h : clôture en musique
* Frédéric Dard