Une graine fragile qui nécessite un vrai savoir-faire
La production de semences de soja répond à un contexte porteur pour la filière tant sur le plan agronomique qu'économique. « Le soja est souvent un complément indispensable des céréales pour l'alimentation des animaux d'élevage, grâce à sa richesse en protéines. Mais sa production en Europe ne couvre qu'une faible proportion des besoins des élevages », confirme Dominique Vial, directeur du pôle production de La Dauphinoise. L'Europe et la France importent. Et les producteurs outre-Atlantique inondent les marchés de soja OGM. L'intérêt de relocaliser la production de soja non OGM en France est de plus en plus évident. D'autant que la culture du soja est encouragée par la nouvelle Pac (aides couplées, SIE) ainsi que par les tensions sur les cours mondiaux des protéines et l'intérêt grandissant des consommateurs pour des sojas non OGM. Alimentation humaine ou animale, « les variétés à forte teneur en protéines sont privilégiées », poursuit Dominique Vial. De plus, le soja s'adapte très bien à l'agriculture biologique.
Précocité
En aval, la filière semence se met donc en ordre de marche. « La France est le pays de l'Union européenne qui fournit le plus gros effort de sélection du soja, indique le responsable. Les producteurs bénéficient d'une gamme de variétés adaptée aux différents bassins de production, grâce à un large éventail de précocité. » L'enjeu aujourd'hui est de poursuivre les efforts en amélioration variétale pour sécuriser la culture du soja. « Les attentes de la filière sont très importantes », reconnaît Dominique Vial. Régularité des rendements, résultats qualitatifs et quantitatifs issus des progrès génétiques devraient permettre au soja made in France de s'affranchir de la concurrence des autres espèces variétales dédiées à l'alimentation animale comme le maïs et le blés, qui elles aussi « sont en perpétuelles amélioration. Le soja doit s'inscrire dans cette dynamique », décrit Dominique Vial.
La Dauphinoise n'a pas attendu pour se positionner sur ce marché puisqu'elle est un acteur historique de la multiplication de semence de soja en France. « En 2015, le plan de production de soja semence était de 1 000 hectares, soit près du cinquième du plan national », rappelle le responsable de La Dauphinoise. Pas moins de 120 producteurs étaient impliqués dans ce programme de multiplication. « La multiplication de soja semence nécessite un vrai savoir faire dans la prise en charge de toutes les étapes de la production, ajoute le spécialiste, car c'est une graine très fragile. » Il précise : « Le précédent cultural, le choix de la parcelle (surface, exposition et qualité du sol), les possibilités d'irrigation, la capacité à conduire les épurations variétales ou sanitaires demandées par la coopérative, la maitrise de l'enherbement et des ravageurs sont des critères déterminants à la réussite d'une production. » Une implantation réussie doit aussi s'accompagner d'une récolte soignée, « étape essentielle à la préservation de la faculté germinative de la graine ».
Outil industriel
La graine est fragile, le réglage de la batteuse doit éviter tout choc. La coopérative conseille l'utilisation d'un matériel propre pour la récolte et le transport. Le même soin est apporté au traitement des graines à leur arrivée en usine. Réception séchage, triage, calibrage et ensachage nécessitent un outil industriel adapté dont La Dauphinoise est équipé pour garantir la qualité du produit jusqu'à la dose de semence commerciale.
La Dauphinoise conduit son programme de production de semences de base pour le compte d'obtenteurs et son propre plan de multiplication. Elle produit également du soja en semences certifiées en sous-traitance pour le compte d'obtenteurs. Ces semences certifiées destinées aux filières de l'alimentation humaine ou animale peuvent être également commercialisées en direct, en circuit court, auprès de producteurs, ou bien auprès de distributeurs français.
Les perspectives pour 2016 sont en légère baisse en raison de l'arrivée sur ce créneau de nouveaux acteurs multiplicateurs, notamment des coopératives au service de leurs producteurs. De plus, cette production est toujours tributaire de la fluctuation des cours des céréales. Enfin, la filière de soja de semence observe l'arrivée de semences de ferme au sujet desquels Dominique Vial prodigue quelques conseils. D'une part, en raison de la sensibilité de la capacité germinative de la plante, les conditions de récolte et de prise en charge doivent être irréprochables, d'autre part, les contrats en alimentation humaine sont très exigeants en termes de traçabilité.
Isabelle Doucet
Installations /
La station semence des Olagnières
Le soja de semence représente la troisième espèce du plan de production de semences de La Dauphinoise, après le maïs et les céréales à paille (blé, orge, triticales). Ce plan global s'établit entre 7 et 8 000 hectares.Inaugurée en 2014, la station semences des Olagnières, implantée sur le principal site de production de la coopérative Dauphinoise à La Côte-Saint-André en Isère, représente le plus gros investissement jamais réalisé par l'entreprise. Il s'élève à 27 millions d'euros et permet à la coopérative se s'affirmer comme acteur majeur de la production de semences au niveau national. En effet, l'équipement comprend un ensemble de 27 000 m2 doté de deux lignes de triage. Il dispose également d'un silo de 32 cellules de 125 kilos, soit une capacité de 4 000 tonnes.