Une inquiétude justifiée
« Pour le moment tout se passe bien. Les rendements, notamment sur le blé et l'orge, sont au rendez-vous et pourraient permettre aux producteurs de s'en sortir en compensant la baisse des prix », constate François-Claude Cholat, codirigeant du Père François (200 000 tonnes de céréales récoltées). « Cependant, l'hypothèse optimiste de rendement serait revue à la baisse en l'absence de pluie, modère Philippe Lefebvre de la coopérative La Dauphinoise (450 000 tonnes de céréales). Il estime que le risque principal qui pèse aujourd'hui sur les cultures serait le manque de pluie, qui concerne tout le quart sud-est de la France. « Les inquiétudes par rapport aux marchés ne sont pas nouvelles », ajoute-t-il.
Au plus bas
Car les cours des céréales restent à la baisse, plombés par des stocks mondiaux importants. Une morosité que n'arrive pas à compenser la faiblesse de l'euro dans la commercialisation des productions européennes. « Nous ne voyons pas les cours remonter », poursuit François-Claude Cholat. « Mais il peut se passer beaucoup de choses comme des accidents climatiques (sècheresse en Russie ou en Australie, El Nino sur le continent américain) pour éliminer les stocks », note Philippe Lefebvre. Théoriquement porteur car répondant à une forte demande mondiale aux besoins en alimentation humaine, le prix du blé ne monte pas. Où plutôt connaît une volatilité telle qu'il peut varier de 100 euros d'une année à l'autre. Or, à 160 euros la tonne, le blé tendre est encore au plus bas. « Le maïs présente encore 30 euros de décalage », estime en outre François-Claude Cholat. Aucun mécanisme d'amortissement n'existe aujourd'hui. Les trésoreries des exploitations demeurent les dernières variables d'ajustement. Or, elles sont exsangues. « D'autant qu'on assiste cette année à une conjonction de mauvais signaux sur la viande, les céréales et le lait », souligne le responsable de La Dauphinoise.
Faire de la qualité
« Les bons gestionnaires s'en sortent, les autres non, car il leur faut avant tout payer leurs fournisseurs », renchérit Michel Payre, le dirigeant de Payre à Moirans (30 000 tonnes collectées). Les collecteurs observent que l'ensemble des producteurs de céréales réduisent, autant que faire se peut, leurs intrants. « Ils font des impasses, non pas sur l'azote, mais sur des engrais de fond », constate François-Claude Cholat. « Attention à ne pas se pénaliser deux fois, sur les potentiels de rendement, et sur les protéines, en faisant des impasse à cause des prix bas, conseille l'expert de La Dauphinoise. S'il n'y a pas de rendement, il faut au moins faire de la qualité ». Il reconnaît cependant que les exploitants se retrouvent souvent « dans une situation où ils n'ont pas le choix », où certains ont déjà contracté des prêts de campagne et qu'une deuxième année au plus bas peut avoir des conséquences délicates, « avec des craintes de dépôt de bilan de plus en plus importantes par rapport aux dernières années ». Endettement et mécanisation ont sans doute permis de défiscaliser une partie des revenus durant les années fastes. « Le surinvestissement est une des causes de l'augmentation du prix de revient et de la baisse des marges des exploitations, analyse encore Philippe Lefebvre. A 170 ou 175 euros la tonne payée au producteur, cela n'est pas suffisant pour vivre. » La période est d'autant plus délicate pour des exploitations de petite taille en polyculture, comme l'est le profil en Isère, qui ont des charges traditionnellement plus élevées. « On trouve toujours des solutions dans le monde agricole, mais les clients serrent les boulons. Certains commencent à revendre du matériel », reprend François-Claude Cholat. « On a demandé beaucoup d'efforts à l'agriculture. Il pèse beaucoup de contraintes règlementaires, qui ne sont pas valorisées et les prix ne suivent pas », plaide-t-il encore.
Course à la niche
Les collecteurs sont prêts à s'adapter aux marchés. A l'international, la société Payre travaille avec l'Espagne à la faveur de la baisse de l'euro, mais a déjà vu le marché italien se fermer, concurrencé par les pays de l'Est. Chez Père François, qui travaille habituellement avec la Sicile et le Maghreb, c'est le même constat, autour du bassin méditerranéen, les pays de l'Est se positionnent. « 70 à 80% de notre collecte est impactée par les cours mondiaux », affirme Philippe Lefebvre, La Dauphinoise exportant 30 à 40% de la production. Environ 20% est orienté vers les marchés locaux, filières, niches ou circuits courts, c'est-à-dire des contrats spécifiques où la qualité est requise. Les céréales sont valorisées et moins sujettes aux variations de cours. « Mais ces marchés sont compliqués à trouver car tout le monde se positionne dessus », reconnaît Michel Payre, qui travaille pour la filière Valcétri. Une affaire « qui roule, en dégageant une plus value correcte pour les agriculteurs ». Le blé du Trièves ou le blé et l'orge de qualité sont autant de niches, mais représentent de petits tonnages. Le blé tendre peut ainsi apporter de 8 à 48 euros de primes chez le Père François, s'il est de qualité. « Mais cela ne compense rien si le prix du blé est très bas », ajoute François-Claude Cholat. En dépit de leur valorisation, les filières régionales ne sont pas décorellées des cours internationaux.
Isabelle Doucet
Des cours faibles
La dernière note Agreste fait état de « cours de céréales et des oléaginaux à la baisse » en raison des stocks mondiaux importants. Les cours des céréales exprimés en euro limitent la casse. Le blé tendre français, compétitif au niveau mondial, pourrait connaître un regain à l'export vers des destinations comme l'Egypte ou l'Asie. Marché traditionnel, l'Algérie est en recul. En ce qui concerne le maïs, les stocks sont toujours très importants. Mais ces deux céréales, blé tendre (entre 155 et 165 euros la tonne) et maïs (145 euros la tonne) connaissent des cours toujours très faibles. En revanche, le blé dur pourrait être porté par une demande mondiale supérieure à la production. Fin décembre 2014, il progressait de près de 30% (320 euros la tonne départ Bordeaux).La région Rhône-Alpes produit 330 000 hectares de céréales (33% de maïs, 30% de blé tendre, 11% d'orge, 7% de triticale et 3% de blé dur). Le rendement moyen est de 96qtx/ha en maïs et 57 qtx/ha en blé tendre. la région exporte principalement vers l'Italie, la Grèce et le Magheb. (Source Passion céréales)