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Témoignage

Une journaliste devenue agricultrice

Catherine Fabre a quitté son métier de journaliste et la vie parisienne pour devenir agricultrice dans le Grésivaudan. Retour sur son expérience.
Une journaliste devenue agricultrice

Littéraire dans l'âme, Catherine Fabre était journaliste à Paris. Jusqu'à ce qu'elle rencontre celui qui allait devenir son mari. Jusqu'à ce qu'elle quitte son métier et son ancienne vie, pour le rejoindre à Lumbin, dans la vallée du Grésivaudan, et qu'elle devienne agricultrice. Et, très vite, elle a tout appris : broyer, labourer, semer le blé, le soja, désherber... C'était il y a 40 ans.

Une culture d'ouverture

Selon Catherine Fabre, « le propre de l'agriculture est d'évoluer tout le temps et de s'adapter au moment. Il n'y a pas de modèle établi, il n'y a que des adaptations permanentes ». L'évolution de la ferme de la Magnanerie au fil du temps illustre bien cette pensée. La fin de la production laitière dans les années 1975 et une nouvelle orientation vers la culture des céréales ont marqué un tournant pour l'exploitation. Située au cœur du village, la ferme, avec ses bâtiments datant du 18ème siècle, était inadaptée à l'agriculture moderne, mais elle présentait un décor privilégié, idéal pour l'accueil du public. Fort de ce constat, le couple a donc organisé l'accueil de milliers de petits écoliers de la vallée venus découvrir l'agriculture, via le réseau des Fermes Buissonnières. Une option adaptée pour diversifier les revenus de l'exploitation, constituée de seulement 45 hectares, et qui, dans cette vallée très prisée du Grésivaudan, ne pouvait espérer de perspectives d'agrandissement. Mais, contre-partie de cette urbanisation galopante, le vivier d'écoles, de classes, de centres de loisirs et d'enfants à accueillir était important. Et, grâce à son ancienne vie, Catherine Fabre savait ce que les citadins aimaient trouver dans une ferme. Aussi, pour intéresser les enfants, leur apprendre le plus possible, les Fabre n'ont pas ménagé leur peine. Entre le musée agricole, l'atelier bois, les jeux autour des graines, le four à pain, les dégustations, ils avaient toujours plus d'idées, de projets, d'inventions à développer. « Ayant tous les deux une culture d'ouverture aux autres, nous avions envie de partager la ferme et son environnement. C'était un vrai enrichissement de voir ces enfants si heureux », se souvient l'agricultrice. Une expérience à laquelle ils ont mis fin un peu avant le décès de son mari.

Raconter sans polémiquer

Passionnée par son métier, Catherine Fabre n'a pas renoncé. Elle s'est accrochée et adaptée encore. Elle a conservé la production de céréales et l'élevage de poneys de sport qu'ils avaient développé dans les années 1990. Elle sait ce qu'elle peut faire et ne pas faire. Ainsi, elle se fait aider pour les semis et les foins par un entrepreneur, par ses amis et par une de ses filles, qui mûrit un projet de reprise de l'exploitation. Ambassadrice au sein du réseau Passion Céréales*, elle aime parler de sa ferme et de ses pratiques. De son ancien métier de journaliste, elle garde ainsi la volonté de « faire connaître et raconter sans polémiquer ». Et tous les moyens sont bons pour « montrer la réalité, s'opposer aux préjugés que les gens portent à l'agriculture, nourris par des reportages virulents ». Pour cela, la sexagénaire n'a pas hésité à se lancer dans les nouvelles technologies et notamment Twitter, qui « représente un accès à la modernité, à une étendue de liens vers l'extérieur ». Et, de photos en commentaires et en discussions, nourrie de ses formulations, de ses réflexions, et de son expérience, elle explique : pourquoi elle n'est pas en bio ? Parce que son parcellaire est trop morcelée. Mais elle précise comment elle pratique l'agriculture raisonnée, avec une rotation des cultures, une réduction des intrants, la plantation de haies... Loin de se lasser, elle estime que « ce travail de communication est sans fin. Il faut le reconduire de générations en générations ».

 

* Passion Céréales est une association loi 1901, créée à l'initiative de l'interprofession céréalière, Intercéréales. L'association constitue une interface d'information entre les acteurs du monde céréalier, le monde scientifique et la société. Sa mission est de faire connaître au grand public les bienfaits des céréales et les produits qui en sont issus (alimentaires et non-alimentaires). Au fil des saisons, elle fait aussi découvrir le travail quotidien d'hommes et de femmes passionnés par leur métier d'agriculteur.

Isabelle Brenguier
Expérience / Catherine Fabre était l'un des ambassadeur de l'agriculture qui circulait dans le TGV Paris-Milan à l'occasion de l'exposition universelle de Milan. Récit.
Paris - Milan en TGV pour expliquer l'agriculture
« Profiter du temps de voyage pour faire découvrir et comprendre les paysages traversés, essentiellement façonnés par les agriculteurs ». Tel est l'objectif de l'opération « La clé des champs », organisée conjointement par Passion Céréales et la SNCF, durant l'exposition universelle de Milan*, consacrée à la sécurité alimentaire et à la diversité de l'alimentation. Une idée originale qui a germé suite à une rencontre entre Passion Céréales et le sociologue, Jean Viard, qui a constaté que « pour de nombreux français, l'agriculture, c'est ce qui se voit de la fenêtre du TGV, lors des grands départs en vacances ».
Pas tous des maraîchers bio
De Paris à Milan, ils sont nombreux les paysages traversés. Et ils sont variés. « Du gris des quais peuplés de Paris aux pieds des tours échevelées d'Il Duomo, l'immense cathédrale de marbre blanc milanaise, en passant par les immenses champs d'Ile-de-France, les prés verts cernés de bois et maillés de ruisselets sinueux des collines de Bourgogne, les parcelles irriguées de l'Ain, les noires vallées abruptes du massif alpin, les maïs et les vergers piémontais ainsi que les rizières de Lombardie », les passagers du TGV 9241 Paris-Milan en ont pris plein les yeux. Et grâce à la présence de deux agriculteurs-céraliers, ambassadeurs de leur métier, accompagnés d'un ingénieur de Passion Céréales, ils ont pu comprendre ces paysages. Ils ont surtout pu parler, échanger, parfois s'opposer sur l'agriculture. Car, Catherine Fabre, céréalière à Lumbin, dans la vallée du Grésivaudan, qui était à bord de ce train l'a constaté. Tout le monde a un avis sur l'agriculture, et même des certitudes. Ce voyage a représenté une sympathique occasion pour discuter et expliquer la réalité des pratiques des agriculteurs, parfois loin de l'idée que peuvent s'en faire certains, choqués par la diffusion de reportages télévisuels. Comme l'indique l'agricultrice, « il y a des gros mots sur lesquels il faut revenir. Toujours les mêmes : pesticides et OGM. Et des attentes : produits locaux, vente directe, bio. Cette opération nous permet d'expliquer aux grands que, ce qu'il est important d'obtenir, c'est la biodiversité des exploitations agricoles, la cohabitation de structures presque industrielles avec des fermes plus familiales, car nous ne pouvons pas tous être des maraîchers bio. Elle nous a aussi permis, au travers de jeux, de livrets de coloriages, de memory, d'intéresser les petits et de leur apprendre ». Une nécessité de plus en plus grande, puisqu'il y a de moins en moins d'agriculteurs dans le proche entourage des gens. 
* L'exposition universelle se tient du 1er mai au 31 octobre. L'opération « La Clé des champs », avec la distribution des livrets pour les enfants court sur la même période. La présence des agricuteurs et la distribution de baguettes de pain « Pavillon de France », en référence à l'architecture du Pavillon de l'exposition, pour représenter la qualité et le savoir-faire français des céréales et du pain s'est déroulée du 1er au 26 mai.
I.B.