Une maladie en émergence
La maladie progresse. Partie du sud de la France, la besnoitiose remonte peu à peu vers le nord du pays. En Isère, elle est particulièrement présente dans le Trièves et la Matheysine, mais désormais aucun canton n'est considéré comme indemne. La maladie a touché le Gaec du Thicaud dans Belledonne au cours de l'été 2012. « Nous avons d'abord remarqué des symptômes communs à d'autres maladies : isolement, fièvre, chute de lait. Puis, nous en avons découvert d'autres, moins courants, tels que le gonflement des avants, une peau « éléphantesque », des nécroses sur les cuisses, des essoufflements, des avortements », se souvient Guillaume Sieurin, responsable d'élevage du Gaec. Mais le diagnostic n'a pas été immédiat. A l'époque, ni les éleveurs, ni les vétérinaires ne pensaient à cette maladie parasitaire, transmise de bovin à bovin par des piqûres d'insectes (taons, somoxes...). Quand, après avoir testé différentes maladies (erlichiose, BVD, schmallenberg, FCO), la besnoitiose est identifiée, Guillaume Sieurin pensait que 30 à 40 % de ses bêtes étaient infectées. En réalité, toutes l'étaient et il a perdu 12 de ses 45 laitières. Mais le développement de la maladie n'est pas une fatalité. Il peut être contenu si elle est rapidement détectée. Pour mieux faire connaître la besnoitiose, Guillaume Sieurin a partagé son expérience, avec celle d'Aude de Montalivet, vétérinaire du GDS (Groupement de défense sanitaire) de l'Isère, lors d'une réunion d'information qui s'est déroulée le 3 décembre à Theys.
Contamination rapide
La maladie se développe en trois phases. D'abord, une phase fébrile, qui dure trois à dix jours, durant laquelle les animaux ont des larmoiements, de la fièvre, sont essoufflés, s'isolent, ne mangent plus. Puis, une phase d'apparition d'œdèmes à la tête, à l'extrémité des membres, sous le poitrail, qui dure une à deux semaines. Et enfin, une phase de dépilation et de sclérodermie qui intervient à partir du deuxième mois après le début de la maladie. Des kystes et des crevasses apparaissent. La peau épaissit. Les bêtes maigrissent. Pour Aude de Montalivet, « il est essentiel de repérer rapidement les premiers symptômes comportementaux et signes cliniques des animaux pour réagir vite. Sans cela, la contamination peut être très rapide ». Si cela arrive, l'éleveur doit isoler ses bêtes malades à 150 mètres et contacter son vétérinaire, prévenir ses voisins éleveurs et dépister par analyse sérologique l'ensemble de ses bovins de plus de six mois. Puis, il doit mettre au point la stratégie à adopter pour protéger son élevage.
Lutter contre la maladie
« C'est une gestion personnalisée » assure la vétérinaire. « Lors de l'apparition de la besnoitiose, quand il y a moins de 10 % du troupeau qui est infecté, il est préférable de faire partir les bêtes infestées. C'est ce qui peut permettre de gérer la crise ». « Il faut raisonner par rapport à son troupeau, plutôt que par rapport à la vache », souligne Guillaume Sieurin. Car la maladie implique des pertes financières considérables. « Jusqu'à 10 % de mortalité, une réforme précoce des animaux atteints et une moins-value commerciale (20 à 50 %), des frais d'euthanasie, parfois des saisies en abattoir, des difficultés pour renouveler le troupeau, car les jeunes sont plus sensibles et les mâles sont infertiles, une perte de cheptel souche, une dégradation du niveau génétique car il faut compter avec des réformes forcées et précoces de nombreuses génisses », énumère le GDS. « Et beaucoup de boulot en plus », témoigne Guillaume Sieurin. « Mais cela coûte moins cher de lutter contre la maladie que d'attendre que tous les animaux soient infestés », assure Aude de Montalivet. Et même si ce n'est pas facile, il faut le faire, car il n'existe aucun vaccin pour se prémunir, et le traitement, onéreux, n'est pas très probant. Il peut permettre de sauver la bête malade, mais pas de l'immuniser. Si la majorité du troupeau est infesté, il faut vivre avec. C'est ce que fait le Gaec du Thicaud. Trois ans après l'apparition de la maladie, l'exploitation s'est « à peu près » remise. « Cette année, une seule bête est tombée, alors que la quasi-totalité du troupeau est porteuse », indique Guillaume Sieurin. A noter que la viande des animaux contaminés est consommable et que a maladie ne se transmet pas à l'homme.