Une maraîchère en tricolore
Elue au premier tour, Nathalie Faure vient tout juste de prendre ses fonctions de maire à Saint-Blaise-du-Buis. Ce que ça lui fait ? « Du travail et des responsabilités supplémentaires, d'autant plus méconnues que je n'ai pas un parcours classique », explique calmement cette exploitante en maraîchage-élevage, brusquement plongée dans la marmite politique.
Le 16 mars dernier, sa liste, Présent et futur pour Saint-Blaise-du-Buis, a remporté 12 sièges sur 15. Confinement oblige, la maire sortante et son équipe ont géré l'urgence de la crise sanitaire, sans y associer les nouveaux élus, considérés comme liste d'opposition. « Ça n'a pas forcément facilité les choses », souffle Nathalie Faure.
Ceinte de l'écharpe tricolore depuis le 27 mai, l'agricultrice s'est tout de suite plongée dans les dossiers. Celui de l'école en premier lieu. « C'est difficile, car l'Etat se désinvestit, mais nous avons un personnel communal formidable qui nous aide beaucoup », témoigne l'élue, qui ajoute : « J'ai beaucoup à apprendre sur le fonctionnement, les aspects administratifs. Mais je suis confiante car, dans mon équipe, nous partageons tous les mêmes valeurs, la même parole raisonnée. »
« Juste milieu »
L'équipe s'est fait élire sur un programme du « juste milieu », associant « valeurs humaines et environnementales », « développement durable » et « démarche participative ». Les mesures sont plutôt consensuelles : construire une « maison associative », améliorer la voirie, développer un marché de producteurs locaux ou un verger communal. « Les gens ont voté pour nous, car nous nous sommes engagés à être plus à l'écoute. Durant le mandat précédent, le village a changé trop vite. Les natifs n'étaient pas prêts. Il y a eu des aménagements, mais ils n'ont pas été expliqués. » Nathalie Faure fait notamment allusion à la mise en place d'un sens unique et à des « travaux d'embellissements », accompagnés de l'implantation de dizaines de « poteaux » pour sécuriser et piétonniser l'espace. « Il y a autre chose à faire avec l'argent public », estime la maire qui entend bien, « après l'urgence », « prendre le temps d'analyser les choses et d'écouter les gens ».
Elle compte aussi remettre l'agriculture au cœur des débats. C'est d'ailleurs le sentiment d'être « ignorée » en tant qu'agricultrice qui l'a conduite à s'engager. Le déclic s'est produit l'an dernier, quand « on a coupé l'eau aux paysans pour raison de sécheresse ». Puis il y a eu l'épisode du sens unique qui oblige les engins agricoles à faire des détours de 2,5 kilomètres. « J'étais pour nous faire entendre avec une action syndicale, mais mon collègue, Julien Boulord, a suggéré de monter une liste pour les municipales », raconte Nathalie Faure. C'est ce qu'ils ont fait, un peu bravaches. Et ils ont gagné.
Marianne Boilève