Une nouvelle ville en Belledonne
« C'est une petite ville que l'on crée le temps d'un week-end ». Yves Dempnes, président du comice agricole et forestier, « le seul comice de France présidé par un électricien de métier », s'amuse-t-il, n'est pas peu fier de ce que son association et la mairie de Laval sont en train de mettre sur pied. Car le 1er septembre, au lieu-dit Prabert, se déroulera le comice agricole et forestier de Belledonne. « L'association du comice apporte la logistique, mais ce sont la commune et ses habitants qui s'investissent le plus », tempère-t-il. L'association comprend 26 membres, et une centaine de bénévoles. Et chaque année, cela tourne. Depuis 45 éditions, c'est une des douze communes des Balcons de Belledonne qui s'y colle. « Le comice est bien la base à laquelle tout le monde tient, des éleveurs aux élus locaux. Cette année, nous avons 74 bovins inscrits, mais nous attendons les résultats des prises de sang pour avoir le nombre définitif. Nous aurons aussi une trentaine d'ovins, des volailles et des chevaux. Mais l'animation centrale tournera autour de la récolte et de la transformation du blé. » La parcelle va se trouver de l'autre côté du petit col à 800 mètres d'altitude. « Il y aura une récolte à l'ancienne, un battage à la main, la fabrication de farine et de pain sur place, décrit Yves Dempnes. Nous voulons faire voir comment se faisaient les travaux avant, mais rester aussi en adéquation avec les réalités actuelles. Les concessionnaires présents amèneront du matériel adapté au secteur, pas de grosses machines de plaine. »
Droits dans leurs bottes, les organisateurs ont prévu un repas campagnard réalisé uniquement avec des produits provenant de Belledonne, histoire de prouver la variété de productions locales et leur intérêt économique et paysager.
Forêt du futur
Le paysage c'est d'ailleurs le thème qu'abordera aussi la partie forestière de la manifestation. « C'est la première fois qu'un comice est également forestier, se réjouit Jean-Yves Rebuffet, du Groupement des sylviculteurs de Belledonne (GSB). L'essentiel de l'événement relève du comice agricole, mais la forêt fait partie du paysage et nous devons parler de la forêt du futur. » Ce convaincu de la nécessité d'une évolution locale tient à faire progresser l'idée de la futaie irrégulière et mélangée. « Il faut que nos forêts deviennent résilientes, qu'elles puissent passer le sec et que nous évitions une acidification des sols. Cela demande une approche différente dans la gestion des espèces, mais également une exploitation avec des engins mieux adaptés, moins perturbants pour l'environnement forestier. » Alors le matériel qui sera présenté par quelques vendeurs ou professionnels sera davantage sylvo-compatible.
La forêt est bien présente dans toutes les têtes locales. « Une étude a été réalisée par Guy Rebuffet (aucun lien avec le précédent, ndlr) ingénieur dans l'industrie passionné par la forêt, explique Sébastien Eyraud, maire de Laval. On se focalise souvent sur l'urbanisme pour expliquer le recul de l'agriculture, mais en réalité dans notre secteur, la pression urbaine n'a concerné qu'une trentaine d'hectares en 60 ans, sur les 289 perdus par l'agriculture, soit 10%. Le reste c'est l'avancée de la forêt. » Quelquefois anarchique, quelquefois volontaire, cette progression a fermé les paysages et transformé l'environnement. « J'ai des habitants qui se plaignent de ne plus voir le soleil quasi de l'année tellement la forêt a poussé », constate le maire. Jean-Louis Rebuffet de son côté estime que cette première génération forestière va être amenée à se transformer. « Les résineux qui sont sur les adrets vont être fragilisés avec le changement climatique. »
Réattribution
Pour lui comme pour le maire, il est temps de repenser l'occupation du territoire et de réattribuer des fonctions à chaque secteur plus adaptées à la situation. Une expérimentation est donc menée par la communauté de communes, la mairie, et divers organismes (dont la chambre d'agriculture) pour la réattribution de parcelles boisées à l'agriculture. « Des secteurs appartenant à une dizaine de propriétaires ont été identifiés sur la base de la qualité des sols, de l'accès et de la pente pour réorienter des parcelles forestières vers une utilisation en production alimentaire », explique Sébastien Eyraud. Car la dynamique agricole dans le secteur de Belledonne est forte et les demandes de foncier suivent. Deux des propriétaires forestiers ont répondu, dont Jean-Louis Rebuffet, ex-président du Groupement des sylviculteurs de Belledonne. Une parcelle forestière d'un hectare qu'il possède a été défrichée et va être remise en prairie, progressivement pour ne pas perturber la vie du sol, par un jeune éleveur de la commune. « Mais il a fallu lever des obstacles, notamment réglementaires, fait remarquer le maire. Les textes sur les boisements sont assez contraignants et il a fallu faire preuve de persuasion auprès des services de l'Etat. » Et de faire comprendre à tous que la cohabitation agriculture et forêt dans un même territoire est possible, si chacun arrive à bien valoriser son activité : par l'alimentation humaine pour les uns, par du bois d'œuvre pour les autres.
Jean-Marc Emprin
Le comice agricole et forestier en chiffres
45°édition.12 communes des Balcons de Belledonne impliquées.
70 bovins, une trentaine d'ovins, des équins.
16 producteurs locaux et 12 artisans de Belledonne.
1 500 à 2 000 visiteurs.
400 repas à midi.
Lancer de bottes de paille.