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Aviculture

Une passion à transmettre

Les éleveurs de l'Union avicole de l'Isère œuvrent à la préservation de races de volailles, pigeons et lapins exclus de l'activité économique. Un patrimoine génétique qui doit sa survie à la passion de ces aviculteurs amateurs.
Une passion à transmettre

Chants de coqs, roucoulements d'alouettes et caquetages de canards d'ornements se mêlent avec entrain à travers les portes du gymnase de Beaucroissant. La 70e édition de l'exposition nationale d'animaux de basse-cour a rassemblé plus de cent éleveurs de vingt-trois départements de France du 22 au 24 février. Colombiculteurs passionnés de pigeons et tourterelles, aviculteurs amateurs de poules, canards et dindes ou encore cuniculteurs fervents de lapins : leur délicate mission consiste à œuvrer au développement et surtout à la sauvegarde de ces races anciennes menacées d'extinction.
Frédéric Mallen, guidé par sa passion pour les pigeons, adhère à l'Union avicole de l'Isère depuis une vingtaine d'années et la préside depuis trois ans. Sa principale tâche : faire vivre l'association en présentant les animaux à des concours départementaux pour financer le déplacement des éleveurs. Mais son passe-temps reste l'élevage de pigeons. Sa flamme pour ces oiseaux est née lors d'une rencontre trente ans auparavant. « J'ai fait la connaissance d'un éleveur, qui de fil en aiguille m'a emmené dans un concours, et je suis devenu mordu de pigeons. » Sourire aux lèvres, il reconnaît : « J'ai un défaut pour l'élevage. Quand on est un grand compétiteur, il faut généralement se concentrer sur une seule race. Moi, quand ça me plaît, je ne peux pas m'empêcher d'acheter. J'élève vingt à vingt-cinq couples de pigeons et six races différentes. Cela prend du temps et de la place. Je participe au concours sans me faire trop d'illusions : les critères de notation sont très précis ».

Triés sur le volet

Onze juges venus de France et de Suisse portent leur regard aiguisé sur les bêtes lors du jugement à huis clos. Six d'entre eux se concentrent sur les pigeons, beaucoup plus nombreux que les volailles et lapins dans la région. Chaque animal est noté sur cent, toute race ayant son standard précis et sa référence officielle. Certains sont regroupés dans une même cage et évalués par comparaison, c'est le « jugement à l'américaine ». La préparation fait toute la différence. La fourrure des lapins doit être parfaitement uniforme, les plumes des volailles bien rangées. Le moindre défaut coûte des points. « L'éleveur va marier le bon mâle avec la bonne femelle pour toujours tendre vers l'excellence, coller le plus possible au standard », explique Frédéric Mallen. Ceux qui sont disqualifiés ou hors standard sont le plus souvent vendus.

Patrimoine menacé

Seules la conservation de la race et la recherche de sa perfection motivent ces éleveurs amateurs, actifs ou retraités, car ils ne retirent aucun revenu de leur passion. « Nous contribuons à préserver un patrimoine génétique ancien et magnifique. Sans ces agriculteurs passionnés, bénévoles, dévoués, ces races s'éteindraient car elles ne représentent aucun intérêt économique », confie Guy Lazzaroni, ancien président de l'Union avicole de L'Isère. A son grand regret, il est difficile de fédérer des jeunes à l'association.

Haut en couleurs

Déambuler dans les allées de l'exposition est un véritable voyage : pigeons à queue de paon indien, lapins fauves de Bourgogne, oiseaux d'origine italienne, alouettes de Cobourg, pigeons texans récessifs... Plus de 1 150 volatiles et lapins de races pures ont vu défiler amateurs et curieux dans le gymnase de Beaucroissant. Des spécimens hors du commun et des plumages hauts en couleurs : cauchois bleu barré rouge à bavette, alouette argenté barré, bleu de Gascogne, Sotto Banca français arlequin, carneau rouge, satin maillé blanc, strasser jaune centré écaillé, king arlequin, et bien d'autres encore.
La remise d'un prix exceptionnel marque cette 70e biennale avicole : le prix du président de la République, un vase provenant de la manufacture nationale de Sèvres. « Les éleveurs viennent de loin pour concourir cette année. Ce prix est la plus haute distinction possible, le Saint Graal des éleveurs », assure le président.

Coline Mollard