Une production branchée et 100% locale
Rares sont les producteurs de sapins de Noël en Isère et encore plus rares ceux dont c'est la principale activité. A La Côte-Saint-André, Patrice Baule ne cultive et ne vend que des sapins. Epicea, nordmann, pugens et grandis constituent son seul univers végétal et son mois de décembre revêt un rythme très particulier. Tous les jours, au petit matin, il va couper les sapins destinés à la vente directe. Tous les jours, week-end compris et jusqu'à 19 heures au moins, il sert les particuliers venus des alentours, ou attirés par le bouche-à-oreille.
« J'ai pris la succession de mon père en 1989, qui avait créé cette activité de sapins de Noël. A l'origine, c'était un complément d'activité, puis c'est devenu mon activité principale », explique Patrice Baule, qui exploite seul ses sapinières, du côté de Faramans et Cours-et-Buis. Il est épaulé par son épouse, conjointe collaboratrice et son père, qui a 80 ans, n'hésite pas à donner un coup de pouce, ainsi qu'un saisonnier, au mois de décembre. Sur 8 hectares, l'exploitant assure des roulements pour obtenir des arbres de 80 cm à 8 mètres. « Mais les budgets des collectivités se réduisent, elles ne prennent plus que des arbres de 5 à 6mètres aujourd'hui », remarque l'arboriculteur. Les grands comptes, jardineries, horticulteurs, fleuristes, grandes surfaces, collectivités, représentent encore près de 70% de son activité, mais la clientèle particulière ne cesse d'augmenter.
Cinq ans pour faire un arbre
Patrice Baule produit environ 4 000 sapins par saison. Il ne peut faire plus. « Ici, tout est fait à la main, plaisante-t-il, à la tronçonneuse ou à la bêche : neuf coups pour une motte ! ». Les sapins coupés constituent 70% des ventes, le reste est en pot. « C'est un métier d'avoir de jolis pots », poursuit-il. Ceux-là sont cultivés un peu plus en altitude, dans des secteurs argileux. « S'il y a beaucoup de pépiniériste à La Côte, c'est en raison de la qualité des terres et du climat. La plaine en bas est réservée aux grandes cultures, tandis que les bouts de coteaux accueillent les pépinières ». En 20 ans, le nordmann a pris le pas sur l'épicéa, grâce à ses épines qui ne tombent pas, mais le plaisir olfactif en moins. De même que les pots ont aussi tendance à baisser, par manque de place pour les replanter chez les particuliers.
Il faut environ 5 ans, pour faire venir un sapin de 80 centimètres et l'arboriculteur organise ses rotations sur 10 à 15 ans, « pour avoir toutes les tailles ». Il plante puis éclaircit au fur et à mesure. La mise en pots débute fin octobre et la coupe, à partir du 10 novembre. « A partir du 19 novembre, tous les sapins sont prêts à être enlevés ou livrés. L'avantage de la production locale, c'est que les arbres sont coupés au dernier moment. Pour la vente directe, c'est au jour le jour. » Patrice Baule a des clients de Vienne à Bourg-d'Oisans, pour lesquels il assure les livraisons jusqu'à début décembre. Nombreuses sont cependant les communes qui viennent chercher leurs arbres sur place. C'est toujours plus agréable de choisir.
Sélectionnés, éliminés
Le cultivateur livre quelques uns de ses secrets pour obtenir de beaux sapins de Noël. « La première année, il ne faut pas qu'ils soient dans les ronces, il faut biner, puis faucher lorsqu'ils sont plus grands en leur laissant un peu d'herbe pour ne pas qu'ils se salissent. Ceux qui ne valent rien sont éliminés. Les autres sont sélectionnés au fil des saisons. Ils sont surveillés, mais pas taillés. Ils ont une pousse naturelle et les clients sont habitués à cette forme-là ». L'homme est heureux et libre, il travaille pour lui, dans la nature. Il reste discret sur l'implantation de ses sapinières « car il y a des gens qui se servent sur place ». Mais ce n'est pas ce qui constitue la principale pression sur son chiffre d'affaires, qui s'établit à 70 000 euros. C'est plutôt la TVA qui a fait un bond de 7 à 10% alors que le prix de vente du sapin est inchangé. « C'est un métier dur, confronté à des produits d'importation qui coûtent moins cher que ceux issus de la production française », constate-t-il. Des catastrophes, il n'en a connu vraiment qu'une, en 2003, avec la sècheresse. Toute la plantation perdue en une année.
L'horticulteur n'a jamais fait valoir la production locale comme un argument de vente. « Les gens qui viennent ici le savent et les clients de la vente en gros s'en moquent », poursuit-il. De toute façon, il refuse déjà des ventes, faute de pouvoir fournir.
Isabelle Doucet
Sapins made in France
6,3 millions, c'est le nombre de sapins de Noël achetés par les foyers français en 2012 (chiffres FranceAgrimer), dont 5,4 millions de sapins naturels. Plus de la moitié de ces sapins achetés sont des nordmann, suivis des épicéas. En 2012, un sapin de Noël coûte, en moyenne, 24,9 euros ; le nordmann est environ 10 euros plus cher que l'épicéa. Le chiffre d'affaires de cette activité s'élève à plus de 160 millions d'euros. Mais la France couvre seulement 1/5 de ses besoins.Les grands bassins de production sont le Morvan et la Bourgogne. Les producteurs sont réunis sous l'égide de plusieurs associations, dont l'Association française du sapin de Noël naturel (AFSNN) qui compte 101 producteurs dont quatre en Isère (Pierre Penin à Moirans, Les jardins des terres froides à Burcin, La Bergerie de Tapon à Saint-André-le-Gaz et Pascal Coing-Belley à Montaud). L'AFSNN reconnaît quelques marques et labels de sapins de Noël français, dont le sapin de Chartreuse, sous couvert de la marque Savoie. Son cahier des charges garantit l'origine savoyarde, le recours à des méthodes de production satisfaisantes d'un point de vue environnemental (désherbage mécanique ou par pâturage, fertilisation raisonnée de préférence organique) et la traçabilité des sapins à la parcelle. Les producteurs de sapins de Noël sont aussi regroupés au sein de l'interprofession Val'Hor qui réunit horticulteurs, fleuristes et paysagistes, soit 50 000 entreprises spécialisées, qui réalisent 11 milliards de chiffres d'affaires et pèsent 160 000 emplois. Pour la 8ème année, ces deux associations organisent l'opération « Sapin de Noël à l'Elysée », avec la livraison par voie fluviale, ce jeudi 11 décembre, d'un sapin de 11 mètres coupé dans le Morvan.