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Stratégie

Une ration alimentaire quasi autonome

Afin de rendre son exploitation autonome en alimentation du troupeau, certaines étapes sont à connaitre. Avant de songer à la conversion bio, Des agriculteurs isérois sont allés visiter une exploitation savoyardes qui a franchi le cap dès 1994.
Une ration alimentaire quasi autonome

« Tout ce qu'on consomme, on le produit ». Loïc Bertrand est un des trois associés du Gaec des Cordiers à Saint-Jean-de-Chevelu, en Savoie. Passée en bio depuis 1994, cette exploitation de 86 vaches laitières de race tarine a favorisé son autonomie alimentaire. Intéressés par la question, dix agriculteurs participent à une formation de la chambre d'agriculture et sont venus visiter l'exploitation. « Pour notre système fourrager, on a 83 hectares de prairies permanentes, 28 hectares de prairies temporaires composées majoritairement de luzerne et 10 hectares de maïs épi », explique Loïc Bertrand. Les trois associés cultivent également quatre hectares de maïs en grain, 6,5 hectares de céréales à paille. L'achat de nouvelles parcelles en 2013 a permis l'ajout de huit hectares du soja. L'exploitation a ainsi pu augmenter son autonomie protéique et s'émanciper de l'achat de tourteaux. Les vaches pâturent donc la majeure partie de l'année et leur ration est complétée par du foin et du soja en graine crue à l'auge. Le foin est stocké en grange pour être séché. Le séchoir en grange a été refait à neuf en 2002 et a une capacité de stockage de 220 tonnes. Une trentaine de génisses montent également en alpage l'été.

Etre minutieux

Cette autonomie demande un peu d'organisation. Sur les parcelles les plus éloignées, les trois éleveurs cultivent du soja, du maïs et du triticale. Les plus proches sont dédiées au pâturage et à la récolte des fourrages. « On travaille en rotation entre le maïs, le soja et les céréales à paille et sur couvert végétal pour éviter le lessivage », détaille l'éleveur. Le fumier et le lisier sont épandus sur les cultures de foin et de céréales. Pour gérer la mauvaise herbe, ils utilisent le faux-semis pour la culture du soja et du maïs. Ils utilisent également la bineuse en deux ou trois passages. « La marge est meilleure sans intrants mais en bio, il faut être minutieux », confirme-t-il. Le rendement du maïs est environ à 80 quintaux, le soja autour de 30 quintaux. Pour le matériel, ils travaillent en Cuma. « On utilise un composteur et un épandeur à fumier de 10 tonnes, un trieur à céréales... » énumère l'exploitant. Le système semble bien rôdé. « On peut encore s'améliorer sur le soja car on a un problème de densité de semis. Il faut toujours perfectionner son exploitation. »

Améliorer la technique

Le lait du Gaec des Cordiers est vendu à la coopérative de Yenne qui travaille en gestion directe pour les filières tomme de Savoie et reblochon. En 2017, le Gaec  a livré 438 000 litres de lait, à 676 euros les 1 000 litres. « Notre priorité est d'avoir une rémunération au-dessus des 3 000 euros chacun tout en ménageant notre temps libre », explique Loïc Bertrand. C'est la raison pour laquelle ils se sont retrouvés à trois associés en 2002 pour ménager les horaires. « Si on passe en bio, on n'aurait même pas vos prix du lait en conventionnel », déplore un éleveur isérois. « Le cahier des charges de la tomme de Savoie est plus strict que celui du bio. On n'a pas le droit de faire de l'ensilage de maïs mais on peut cultiver du maïs épi, par exemple. Ce n'est pas insurmontable en pratique. Il faut augmenter son niveau technique pour pallier les différentes interdictions », conseille Loïc Bertrand. « On doit être beaucoup plus attentif à ce qu'on fait pour ne pas être présent qu'en curatif », confirme un éleveur laitier isérois. Mais tout n'est pas encore parfait sur l'exploitation. « Le bâtiment est saturé, on aimerait agrandir. On doit aussi financer une plateforme de compostage car le bâchage des fumiers ne suffit pas » explique-t-il. Les trois associés envisagent également de commencer à faire leurs semences, dernière dépendance de l'exploitation.

Virginie Montmartin