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Rythmes scolaires

Une réforme bénéfique mais problématique

Les nouveaux rythmes scolaires ont fait couler beaucoup d'encre à la rentrée. Réforme permettant de favoriser la réussite scolaire pour les uns, mesure inapplicable et coûteuse pour les autres, la nouvelle organisation du temps scolaire bouscule les habitudes. D'où l'intérêt du « retour d'expérience » organisé par l'Association des maires de l'Isère, début décembre.
Une réforme bénéfique mais problématique

Lancée en septembre dernier, la réforme des rythmes scolaires est loin d'avoir trouvé son rythme de croisière : sur 533 communes iséroises, seules 47 sont passées à la semaine de quatre jours et demi. Leur « retour d'expérience » était très attendu par les élus venus assister aux deux réunions d'information organisées début décembre par l'Association des maires de l'Isère. Pragmatique, l'Ami avait convié également les représentants de la Dasen (1), de la Caisse d'allocation familiale (CAF) et des questions de mobilité au Conseil général. « Ce soir, nous sommes là pour écouter ceux qui ont mis en œuvre la réforme, et surtout écouter vos questions », a précisé Daniel Vitte, le président de l'Ami. Il ne s'agissait donc pas de tirer à boulet rouge sur une réforme dont certains ne veulent pas, mais de voir très concrètement comment les communes pionnières sont parvenues - ou non - à s'organiser.

Régularité des horaires

Après un rapide rappel des motivations de la réforme (répartir les 24 heures de classe en neuf demi-journées, assurer un meilleur équilibre de vie aux enfants en alternant temps d'activités et temps calmes, favoriser l'accès de tous aux pratiques culturelles, artistiques et sportives), Monique Lesko, directrice académique de l'académie de Grenoble, a dressé un état des lieux de la situation en Isère. Des inspecteurs ont signalé que « certains enseignants commençaient à percevoir que les enfants tiraient bénéfice de la régularité des enseignements, grâce à une plus grande sérénité et une construction plus rapide des enseignements ». Mais beaucoup reste à faire. A la rentrée 2014, 397 communes adopteront les nouveaux rythmes. Fin novembre 2013, l'académie avait déjà enregistré plus de 170 projets, les municipalités optant majoritairement pour 15h45 et 16h comme heure de fin du temps d'enseignement. « Le plus important, c'est la régularité des horaires, préconise Monique Lesko à l'attention des élus qui n'ont pas encore communiqué leurs propositions d'horaires. Il faut qu'ils soient lisibles par les enfants et les parents. Nous ferons particulièrement attention à la qualité de l'offre pédagogique, avec une vigilance particulière au fait que l'on adapte les activités aux besoins des jeunes enfants, notamment pour le repos et la sieste. »

Ne pas faire l'école après l'école

Après la théorie, la pratique. Anne Favier, adjointe déléguée à l'éducation et à l'enfance à Voiron et vice-présidente chargée de la politique de la ville et de la jeunesse au Pays voironnais, dresse un constat positif de la réforme, « même si sa mise en œuvre a parfois été un peu compliquée ». Selon l'élue, « les enfants sont contents. Les activités périscolaires leur permettent de terminer la journée sur une note positive qui leur donne envie de revenir à l'école le lendemain. Mais attention : les activités ne doivent pas être de l'école après l'école ». A Voiron, les services de la ville ont mobilisé une centaine d'intervenants, animateurs de MJC, enseignants, éducateurs sportifs, mais aussi des agents municipaux et des associations, comme Amnesty international. « Cela permet d'avoir des intervenants de qualité sans forcément grever le budget », souligne Anne Favier. Un effort semblable est consenti au niveau intercommunal. Les activités ne sont pas pour autant gratuites : une participation des familles est demandée dans toutes les communes, sachant que, là comme ailleurs, le quotient familial est applicable. Enthousiaste mais lucide, l'élue du Pays voironnais ne cache pas que, trois mois après la mise en place de la réforme, des questions restent en suspend, notamment au regard des aides de la Caisse d'allocation familiale, de la formation des personnels communaux et du partage des locaux.

Une charte d'utilisation pour la classe?

Rebondissant sur la question du partage des locaux, qui taraude bon nombre d'élus, Daniel Vitte a interpelé la représentante de la Dasen (1) : « En dehors des heures scolaires, les locaux appartiennent aux élus, n'est-ce pas madame Lesko ? » Applaudissement dans la salle. La directrice académique se montre consensuelle : « Certes les enseignants ne sont pas propriétaires de leur classe, mais il faut qu'ils puissent laisser leurs outils pédagogiques et qu'ils trouvent leur classe en ordre de marche le lendemain matin. Pourquoi ne pas imaginer une charte d'utilisation de la classe ? »

Une solution: l'intercommunalité

A une élue d'une petite commune rurale qui s'alarme de n'avoir « ni MJC ni locaux » et qui se demande comment faire pour appliquer la réforme, Monique Lesko répond : « Dans ce département, où il y a une forte part de ruralité, nous avons des projets qui sont très intéressants. Les inspecteurs sont là pour vous aider. » Yannick Neuder, maire de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs et président de la communauté de communes Bièvre-Chambarran, lance la piste de l'intercommunalité : « Le milieu rural doit se battre pour que la réforme ne soit pas une sous-réforme. L'intercommunalité pourrait faire office de plateforme d'ingéniérie pour mutualiser les moyens, notamment quand il est question d'employer des personnels de qualité. Mais il faudrait plus de souplesse : il est difficile de mutualiser pour 45 minutes d'activité sur un territoire de 300 km2. Il vaudrait mieux mutualiser à hauteur d'une heure trente, à savoir deux fois 45 minutes. » La directrice académique semble d'accord pour « étudier les dérogations dans le cadre de l'intercommunalité ». Elle en profite pour préciser qu'il convient de dissocier la question du temps scolaire des activités périscolaires : « Nous n'avons pas écarté l'idée d'avoir des journées plus courtes et d'autres plus longues à condition de rester dans les 5h30 d'enseignement par jour au maximum. » Dont acte.

Equité

Normes d'encadrement, projet éducatif, dérogation pour le samedi matin, recrutement de personnels compétents, coût des prestations, questions d'équité et de qualités des prestations, les questions sont concrètes, précises. Souvent cruciales. Certains maires s'inquiètent notamment de voir des familles déserter l'école publique pour lui préférer une école privée qui n'applique pas les nouveaux horaires. Marcel Durand, maire de Doissin, signale : « Si plusieurs familles s'en vont, on ferme une classe. Nous allons nous retrouver avec des classes à 32 élèves. Où est l'intérêt des enfants ? »

Autre problème épineux : le ramassage scolaire. Marcel Bachasson, maire de Roybon, se heurte aux contraintes horaires : « Est-il possible d'aménager les transports scolaires ? » La réponse de la directrice des mobilités au Conseil général est ferme : « Les aménagements doivent être regardés au cas par cas, ligne par ligne (...), mais ça ne doit pas générer de dépenses supplémentaires pour le conseil général ». Une prudence de sioux car le département débourse déjà 1,5 million d'euros pour les transports scolaires du mercredi matin...

Marianne Boilève

(1) Direction académique des services de l'éducation nationale.