« Une réponse fiscale »
Brexit, élection de Donald Trump : les rencontres économiques organisées par le Crédit agricole Sud Rhône-Alpes et le Medef Isère fin janvier ont été largement nourries par l'actualité. Elles étaient placées sous le thème « Le monde bouge ! Et nous ? ».
Philippe Ithurbide, directeur stratégie, analyse et recherche d'Amundi, la société de gestion d'actifs créée par le Crédit agricole et la Société générale, est désormais un habitué du rendez-vous isérois. Il s'est particulièrement intéressé aux conséquences de l'élection de Donald Trump. Les marchés financiers ont accueilli l'outsider républicain avec un certain enthousiasme, qui a tourné court. En cause, le protectionnisme revendiqué de l'apprenti président. « C'est grave », déclare Philippe Ithurbide, qui prévoit « une gueule de bois d'ici trois ou quatre mois sur les marchés boursiers ». L'économiste rappelle que les mesures protectionnistes sont toujours financées, in fine, par les citoyens des états qui les imposent. Son conseil : laisser faire, les autres états ayant intérêt à ne surtout pas rendre la pareille. Il ajoute : « Les grandes mesures de Trump ne devraient pas passer au vote du Congrès ».
Au niveau européen, l'économiste s'inquiète surtout de l'absence de reprise des investissements « alors que la reprise économique est annoncée depuis 2009 ». La dette pesant fortement par ailleurs sur les économies et la productivité demeurant faible, les perspectives de reprise ne sont pas au rendez-vous. Il précise que « partout, la croissance est tirée par la consommation intérieure ». Il préconise « une réponse fiscale » comme seul moteur de croissance de la consommation.
Certains mécanismes se sont aussi enrayés, analyse Philippe Ithurbide. La croissance mondiale n'est plus tirée par le commerce mondial qui stagne. « La croissance potentielle a baissé », déclare-t-il. A preuve, la Chine table plus sur son marché intérieur que sur ses exportations. Il existe cependant de fortes disparités entre pays. « Cela va mieux dans des pays avancés comme ceux de l'Europe et on constate que la Russie et le Brésil sortent de la récession »
« Ne pas être stupide »
L'économiste porte aussi un regard sévère sur le Brexit. « Aura-t-il vraiment lieu et que faut-il craindre ? » interroge-t-il. Le Royaume-Uni aurait peu de chances d'accéder à tous ses désirs : l'accès au marché unique tout en poursuivant une politique d'immigration et commerciale indépendante. Pas moins de 85 accords commerciaux sont à renégocier. Deux solutions se présentent : trouver un accord avec le Royaume-Uni dans les deux ans avant que d'autres pays européens se retirent des négociations ou faire traîner, mais surtout « sans être stupide », c'est-à-dire « ne pas accorder à un pays en dehors les mêmes choses qu'à un pays dans le marché européen ». Il cite l'exemple de la Norvège, qui a accès au marché unique et n'a pas de droit de douane. En revanche le pays n'a pas de politique d'immigration indépendante et contribue au budget européen.
Mesures fiscale et sociale
« Ce qui va se passer en 2018 dépend de la capacité de relance de la machine fiscale et monétaire. Des marges de manœuvre se sont dégagées », confie l'économiste. Et la France devrait pouvoir tirer parti de cette situation. Si la politique monétaire européenne a atteint ses limites avec des taux d'intérêts négatifs « qui pèsent sur la profitabilité », en revanche, les banques n'ont jamais autant prêté d'argent et vont sur les marchés des capitaux. La situation profite aux TPE et PME qui trouvent du financement. « 80% de la création d'emplois en Europe est générée par les PME », déclare l'économiste qui prône « un accompagnement politique » des entreprises. Son crédo, qui traduit sa pensée libérale : la mise en place de mesures fiscales en faveur des entreprises et du travail.
Une assertion largement reprise par le Medef. Son directeur, Michel Guilbaud, avait fait le déplacement à Grenoble pour présenter son « Plan pour la France 2020 » intitulé « Le monde change, changeons la France ». A la veille des élections présidentielles, le syndicat patronal remonte au créneau pour « demander une baisse des prélèvements » au motif de « rebooster les entreprises françaises ». Il dénonce « un niveau de dépenses publiques le plus élevé de tous les pays de l'OCDE ». Le Medef écorne au passage le monde éducatif, les programmes scolaires et plus particulièrement dénonce « la catastrophe de l'apprentissage ». Pour Michel Guilbaud, il s'agit « d'un système verrouillé par l'Education nationale qui reste dans un monopole de définition des diplômes ». Il préconise un système « en correspondance avec les régions » afin de mettre un terme « à la perte de lignes de financement » et rappelle que l'apprentissage doit relever de choix politiques en fonction de filières.
Dans la salle composée de dirigeants d'entreprises, il y avait quand même deux start-upers pour dire « qu'il se passe aussi des choses positives dans le monde de l'entreprise ! ».
Rendez-vous a été pris pour le 4 avril prochain, le Crédit agricole Sud Rhône-Alpes organisant ses Rencontres sur le thème brûlant des transports, notamment à Grenoble, « Au carrefour des enjeux économiques, environnementaux et sociétaux ».