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Transmission

Une retraite bien préparée

Évaluation de la propriété, baux ruraux, morcellement : les sujets sont nombreux pour les futurs cédants d'exploitation. Pour les aider dans leurs parcours de transmission, la chambre d'agriculture organise régulièrement des réunions d'information à l'instar de celle qui s'est déroulée fin novembre en Bièvre-Valloire.
Une retraite bien préparée

Transmettre à titre onéreux ou pas, à la famille ou à des personnes hors secteur, de son vivant ou non ? Pour permettre aux cédants de mieux se préparer et de franchir plus facilement les étapes qui les conduiront vers la retraite, la chambre d'agriculture organise régulièrement des réunions d'information.

Entre 2000 et 2010, le nombre d'exploitations est passé de 1 496 à 1 174 en Bièvre-Valloire, soit en retrait de 22% (-28% en Isère). Les exploitations individuelles sont dominantes, mais les EARL ont tendance à décoller. La moyenne des SAU augmente aussi pour s'établir à 118 ha en Gaec, 88 en EARL et 31 en individuel. Toutes les productions animales sont en recul, et seul le maraîchage augmente « car c'est un système qui réclame le moins de capitaux et de surfaces au départ », précise Jean-Marc Vallet, conseiller chambre d'agriculture. Enfin, inexorablement, la population d'agriculteurs vieillit, environ 60% ont plus de 50 ans. Et chez ces personnes, 19,5% sont sans successeur, 47% ne savent pas ce qu'il adviendra de leur exploitation, mais environ 33% ont un repreneur, un taux qui s'est fortement amélioré en 10 ans. En Bièvre-Valloire, on comptait 11 JA installés en 2013, 11 nouveaux inscrits au RDI et 29 candidats accompagnés. « Devant chaque offre de transmission, il y a pratiquement un jeune », constate Jean-Marc Vallet. Il estime le potentiel bien plus important compte tenu du nombre soutenu de jeunes qui ne passent pas par le RDI.

Valeur de reprenabilité

Nicolas Agresti, directeur de la Safer Isère, a présenté le cadre dans lequel son organisme évalue les exploitations à transmettre. « Il s'agit d'un travail d'analyse de ce que le cédant souhaite voir évaluer », note le directeur. Tous les aspects techniques du foncier bâti et non bâti sont pris en compte : cartographie de la propriété, métrage des bâtiments, repérages des servitudes, urbanisme et classement de la propriété, contraintes sanitaires et mises aux normes... Les biens font également l'objet d'une analyse juridique et fiscale. Pas d'inquiétude : le conseiller Safer n'exigera pas un mandat à la fin de la visite, mais ne pourra pas non plus donner ses premières impressions à chaud. Les biens sont évalués en comparaison avec des ventes de même nature et en fonction du coût de construction s'il s'agit d'un bâti récent. « Cette valeur vénale est à mettre en perspective avec la capacité de remboursement du preneur », insiste le directeur de la Safer, qui introduit la notion de valeur de reprenabilité. « L'essentiel est d'avoir un juste prix pour que l'opération se fasse et que le repreneur ne se trouve pas en difficulté », poursuit-il. Les conseillers fonciers peuvent apporter une vision extérieure, conscients que la valeur affective est différente de la valeur vénale. Mais des solutions existent pour les cédants, comme la vente d'une partie du bien et la mise en location du reste.

Exonération de droits

La finalisation du projet se traduit par une promesse de vente et la recherche de repreneurs via le réseau de la Safer. Lorsqu'un porteur de projet est identifié et sa candidature formalisée, ce dernier dispose d'un certain délai pour accomplir les procédures, notamment le bouclage financier. « Il y a autant de dossiers que de candidats. Ce n'est pas une mise en concurrence, mais une décision collégiale est prise en commission. Ce qui évite qu'il y ait trop de pression sur les cédants », insiste le directeur de la Safer. Bien entendu, la vente d'une exploitation peut être une opération menée de gré à gré, mais passer par la Safer permet de bénéficier d'une exonération des droits de mutation et de la garantie de vendeur professionnel. L'acquéreur, quant à lui s'engage à maintenir pendant 15 ans l'usage agricole du bien. Dans le cadre d'une transmission, les frais d'expertise de la Safer sont répercutés sur le prix de vente. S'il s'agit d'un partage familial, ils sont facturés à la famille.

Préemption

La Safer peut aller plus loin dans ses prérogatives, comme assurer pendant deux ans le portage d'une exploitation agricole, le temps qu'un projet d'installation se finalise, cela pour éviter que des parcelles ne partent à l'agrandissement. La Safer a aussi la possibilité de faire valoir son droit de préemption. « Si le prix de vente est conforme à celui du secteur, l'établissement préempte au prix », explique Nicolas Agresti. Si ce prix ne satisfait pas le vendeur, la seule possibilité qu'il reste à ce dernier est de retirer son bien de la vente. L'organisme a deux mois pour se prononcer. La loi d'Avenir agricole prévoit la possibilité pour la Safer de préempter sur une partie des biens à la vente (les terres et non le bâti par exemple), mais les décrets d'application n'ont pas encore été publiés.

Isabelle Doucet
La transmission à titre gratuit : à lire sur Terredauphinoise.fr

 

Les baux à long terme
Contrairement aux baux classiques de 9 ans, qui sont le plus souvent conclus oralement en Isère, les baux à long terme (BLT) font l'objet d'un acte notarié. Ceux de 18 ans, ne peuvent être repris de façon triennale ou sexennale par le bailleur. Leur renouvellement est possible par périodes de 9 ans, ce qui marque un retour au régime de droit commun. La cession est possible au conjoint ou descendant du preneur avec l'accord du bailleur. Les baux de 25 ans remplissent les mêmes conditions. Mais ils sont prorogés d'année en année par tacite reconduction et le congé prend effet à la fin de la 4ème année après la date à laquelle il a été signifié. « Il faut donc compter une trentaine d'années avant de récupérer des parcelles », indique Marion Charpentier, juriste à la FDSEA. Enfin, les baux de carrière, plutôt rares mais adaptés aux cultures pérennes, sont liés à la durée de vie professionnelle du preneur. Il n'y a pas de renouvellement possible. Les avantages fiscaux liés aux BLT sont nombreux : l'assiette des droits de mutation est réduite au quart de la valeur des biens transmis, ce qui revient à une exonération de 75% de la valeur des biens, à concurrence de 102 717 euros. Au-delà, l'exonération est de 50%.

 

Retraite

Pour transmettre sereinement

Michel et Mireille Rostaing ont une exploitation de bovins lait et céréales à Pisieu et disposent d'une SAU de 80 hectares. « J'envisage prendre ma retraite d'ici six mois à 2 ans et demi », explique Michel, plutôt serein dans cette phase de transmission. Et pour cause, l'exploitant a un repreneur, son gendre, qui, comme sa fille est issu du milieu agricole. « Nous préparons cette transmission depuis longtemps », reprend l'exploitant qui a travaillé à la mise en place du Comité local d'installation en 2006 en Bièvre-Valloire. Ce syndicaliste, qui participe activement à la vie associative de sa commune, est aussi tuteur au lycée de La Côte-Saint-André. Autant dire que des dossiers d'installation, il en a vu passer des dizaines. « Nous n'avons pas envie que l'exploitation disparaisse, nous avons envie que notre gendre réussisse. Nous ne sommes pas inquiets. Notre seul souci est de transmettre une exploitation dont les jeunes peuvent vivre ». Une partie des terres est en location, « mais nous n'avons pas eu de problème pour la transmission des baux ». Les époux savent que les enfants comptent faire évoluer l'exploitation et probablement abandonner le lait. Ils ont déjà commencé à diminuer leur production. Ils considèrent leur cas de succession comme simple car préparé. « Si je n'avais pas eu de gendre intéressé, j'aurais tout fait pour trouver un successeur vu que j'étais très impliqué dans le dispositif d'installation », indique le futur retraité. Pour autant, ce connaisseur du système dresse un constat inquiétant en regardant autour de lui. «  Je trouve que les gens ne sont pas assez intéressés par la préparation de leur retraite et attendent le dernier moment ».
Exploitation rentable
Bruno et Martine Valentin sont installés en grandes cultures et maraîchage à Gillonnay. En début d'année, ils ont cessé l'atelier avicole et la vente directe. Trop de travail. Ces fondateurs du magasin Gamme paysanne à La Frette songent sérieusement à prendre leur retraite. Martine Valentin, double-active pourra poursuivre encore l'exploitation quelques années, mais le couple cherche aujourd'hui une solution pour que repreneurs et cédants s'y retrouvent. L'exploitation a quelques atouts. Elle tourne très bien sur une SAU de 70 ha avec de grandes parcelles en plaine, des céréales et des semences (orge, blé et soja) sous contrat avec RAGT. « J'ai toujours eu un souci de rentabilité de mon exploitation », insiste Bruno Valentin. Mais l'heure est à la prise de renseignements pour céder dans les meilleures conditions : rénover, vendre ou louer, il faut tenir compte de la structure de l'exploitation. En arrêtant la volaille, les époux ont désormais un peu plus de temps pour participer aux réunions et préparer leur retraite.