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Céder une partie de son exploitation pour installer

Une sécurité pour l'avenir du cédant et du repreneur

Céder une partie de son exploitation pour installer. C'est un des thèmes qu'a choisi l'Adasea (Association départementale pour l'aménagement des structures des exploitations agricoles) pour une de ses matinées d'information, organisées dans le cadre de la Quinzaine de l'installation. Un agriculteur du Trièves et son repreneur témoignent.
Une sécurité pour l'avenir du cédant et du repreneur
Il a 26 ans et cherchait une exploitation où s'installer. Originaire du Nord-Isère, et n'étant pas issu d'une famille d'agriculteurs, Ghislain Satre souhaitait, au départ, rester à Vienne pour mener à bien son projet : celui d'un élevage de volailles de chair fermières en agriculture biologique, et en vente directe. Au fil de ses recherches, ce jeune agriculteur, aidé de sa femme Marina, doit se rendre à l'évidence : le foncier nord-isérois est difficile d'accès et assez cher.
Par l'intermédiaire du répertoire installation de l'Adasea (association départementale pour l'aménagement des structures des exploitations agricoles), ils prennent connaissance de la vente d'une maison, ainsi que de la location de un à trois hectares de terres agricoles, dans le Trièves. Particularité de cette vente : il s'agit, en fait, d'une petite partie de l'exploitation de Dominique Bourgeat-Lami, éleveur ovins de 56 ans.

L'avantage du réseau et de l'expérience
C'est au cours de la matinée sur le thème "Céder une partie de son exploitation pour installer", organisée mardi 16 novembre à Avignonet par l'Adasea, que les deux hommes ont témoigné. « Il était difficile pour nous de vendre, car notre maison est à trois kilomètres du village d'Avignonet, exposée au Nord et avec beaucoup de travaux à faire. Après avoir travaillé avec une agence immobilière et sans avoir trouvé d'acheteurs, nous avons demandé à l'Adasea de réorienter la vente. Nous avons donc ajouté à la vente un bâtiment de stockage et trois hectares de terrain, à la location », raconte Dominique Bourgeat-Lami.
Seul "inconvénient" de cette nouvelle offre : le bâtiment de stockage est mitoyen à sa maison d'habitation. Il fallait donc trouver un agriculteur souhaitant s'installer sur une petite surface, prêt à travailler et vivre dans une maison proche de celle du cédant. Des compromis qui n'ont pas freiné Ghislain Satre, même s'il avoue « qu'au début, nous n'étions pas attirés par le Trièves. Le prix de vente était très intéressant et la petite surface me permettait de démarrer tranquillement mon activité ». Quant à la proximité avec Dominique Bourgeat-Lami, « c'est plutôt un sacré avantage pour l'expérience et le réseau car je ne suis pas issu du milieu agricole. Il me fera bénéficier de son expérience ». Ainsi, l'éleveur ovin a prévu de lui prêter le matériel agricole dont il aurait besoin - « c'est un bon coup de pouce pour mon investissement de départ » - et, en retour, le jeune repreneur l'aidera sur son exploitation.

Une installation en toute sécurité
Ainsi, Ghislain va louer au cédant sept hectares de terrain pour monter son élevage de volailles de chair de races anciennes, en agriculture biologique et en vente directe, ainsi qu'une petite activité de poules pondeuses. Il construira lui-même les poulaillers, sur les terrains en location. « Tout le monde dit de ne pas construire alors que je ne suis pas propriétaire du terrain, mais quand on veut s'installer correctement, on n'a pas forcément le choix », argumente Ghislain Satre. Dominique Bourgeat-Lami partage son avis, d'autant plus que « ce n'est pas un bâtiment d'élevage. Au contraire, ce sera des poulaillers légers et faciles à enlever, en cas de force majeure ».
Dans quelques années, lorsque le cédant sera prêt à prendre sa retraite, priorité sera donnée au jeune Nord-Isérois pour reprendre tout ou partie du reste de l'exploitation, car il souhaite produire une partie de l'alimentation de ses volailles. « En attendant, cela me permet de m'installer plus tranquillement et d'assurer la viabilité de mon exploitation. Lorsque Dominique prendra sa retraite, je déciderai si je prends plus de terrain ou s'il vaut mieux que quelqu'un d'autre reprenne le reste. Cette transmission partielle est une sécurité pour tous les deux car lui sait que quelqu'un sera là lorsqu'il sera à la retraite, et moi, je sais que plusieurs de mes projets pourront voir le jour ».
Lucile Ageron