Assainissement de l'Oisans
Une station d'épuration qui peine à voir le jour
Particulièrement problématique du fait de la forte fréquentation touristique du territoire et de la proximité de captages d'eau potable, l'exemple de l'Oisans explique bien pourquoi tant de communes iséroises ne traitent pas leurs eaux usées. Les projets d'assainissement sont difficiles à mener à bien.
Si l'on s'intéresse plus facilement à des eaux cristallines qu'au traitement des eaux usées, le syndicat intercommunal des eaux de la région grenobloise (Sierg) suit de très près le projet de station d'épuration porté par le syndicat d'assainissement du canton de l'Oisans (Saco). En charge de l'approvisionnement en eau potable de 32 communes de la région grenobloise, le Sierg n'est pourtant pas compétent en la matière. Son travail est de capter l'eau de la nappe alluviale de la Romanche pour l'acheminer aux quelques 220 000 habitants qui la consomment.
Cette eau pompée à Saint-Pierre-de-Mésage et à Vizille « ne subit aucun traitement avant distribution, pas même une désinfection, car elle répond à toutes les normes de qualité », signale le Sierg, qui voit d'un très mauvais œil la construction d'une station d'épuration en amont de ses aires de captages. « Nous nous sommes penchés sur le mode de fonctionnement et les dysfonctionnement de ces structures et nous avons ainsi constaté que le relevage d'eaux usées était bien plus complexe que celui d'eaux pures », a déclaré Claude Bertrand, le président du Sierg, lors d'une conférence de presse organisée le 1er octobre, regrettant de « ne pas avoir la preuve qu'il n'y a pas de risque de pollution de longue durée ».
« Le risque zéro n'existe pas »
« Nous ne pouvons pas dire qu'il n'y a aucun risque, car le risque zéro n'existe pas, réagit Gilles Strappazzon, le maire de Saint-Barthélémy-de-Séchilienne, membre du Saco. Mais, ce que nous pouvons dire, c'est que la station d'épuration en cours de construction à Livet-et-Gavet a été calibrée de façon à pouvoir fonctionner également en saison touristique, quand la population du territoire double, atteignant 9 000 habitants. Elle sera dotée de deux lignes de traitement, la seconde entrant en action en hiver et en été. Ses capacités de stockage et celles de la station de relevage des effluents seront importantes. Les portes seront doublées, tout comme l'alimentation électrique, un groupe électrogène fonctionnant au fioul devant être installé ».
Gilles Strappazzon signale aussi qu'en l'attente de la station d'épuration de Livet-et-Gavet, la plupart des communes de l'Oisans rejettent leurs eaux usées dans le milieu naturel sans aucun traitement. Or, si les services de l'Etat veulent protéger les aires de captage d'eaux potables, ils sont également déterminés à accélérer la construction et la mise aux normes de ce type d'équipement. Le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux du bassin Rhône-Méditerranée pointe d'ailleurs les nombreuses communes du département qui ne sont pas raccordées à une station d'épuration, ainsi que l'obsolescence de près de la moitié de ces ouvrages, qui ne répondent pas aux exigences de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines de 1991.
Sous le contrôle de l'Etat
Egalement conseiller général du canton de Vizille et président de la commission "environnement" du conseil général, l'élu fait par ailleurs remarquer que la solution alternative à la station d'épuration de Livet-et-Gavet (à savoir, le raccordement des communes du Saco au réseau du syndicat intercommunal d'assainissement du Drac inférieur par la vallée de la Romanche) était l'hypothèse initialement retenue par les élus de l'Oisans lors de l'élaboration de leurs schémas d'assainissement, à la fin des années 1990. Problème : la canalisation qui recueillerait toutes les eaux usées dans ce cadre passerait au pied des ruines de Séchilienne, s'exposant au risque d'un éboulement massif. Pour l'Etat, c'était impensable et c'est toujours l'argument opposé au Sierg par la préfecture.
Même si le Sierg risque de devoir accepter la solution approuvée par les services de l'Etat, la station d'épuration de Livet-et-Gavet n'est toutefois pas encore prête à voir le jour. Préalables à ceux de la station d'épuration, les travaux de construction de la station de relevage des eaux usées sont en effet sur le point d'être interrompus, « principalement du fait des délais d'acquisition de la maîtrise foncière », selon Gilles Strappazzon. Le Saco ne sera pleinement propriétaire des terrains devant accueillir la station d'épuration que le 24 octobre et, suite à une rencontre avec le préfet jeudi 14 octobre, il doit « toiletter » ses statuts. En effet, aujourd'hui, chaque commune délègue plus ou moins de compétences au syndicat. Ce ne sera plus possible à l'avenir, le Saco devant assurer la collecte, le transport et l'assainissement des eaux usées sur l'ensemble du territoire.
Cécile Fandos
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Le développement de l'Oisans bridé
En l'attente du raccordement à un réseau de traitement des eaux usées, les communes du syndicat intercommunal d'assainissement de l'Oisans (Saco) sont classées en zones de restriction de l'urbanisation, ce qui a bloqué la construction d'une résidence de tourisme à l'Alpe-du-Grand-Serre. Suite à l'abandon du projet par le promoteur, le maire de La Morte, Alain Mistral, craint le départ de la société d'aménagement touristique de l'Alpe-d'Huez qui exploite la station.
Dans un autre registre, et à une autre échelle, « à Saint-Barthélémy-de-Séchilienne, nous avons un ancien corps de ferme prêt à accueillir cinq logements sociaux, témoigne le maire, Gilles Strappazzon. Nous ne pouvons pas les aménager car, même si nous avons adopté notre schéma d'assainissement voilà onze ans, nous n'avons toujours pas pu poser un seul tuyau. Nous avons vraiment hâte de pouvoir le faire ».
C.F.
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Cette eau pompée à Saint-Pierre-de-Mésage et à Vizille « ne subit aucun traitement avant distribution, pas même une désinfection, car elle répond à toutes les normes de qualité », signale le Sierg, qui voit d'un très mauvais œil la construction d'une station d'épuration en amont de ses aires de captages. « Nous nous sommes penchés sur le mode de fonctionnement et les dysfonctionnement de ces structures et nous avons ainsi constaté que le relevage d'eaux usées était bien plus complexe que celui d'eaux pures », a déclaré Claude Bertrand, le président du Sierg, lors d'une conférence de presse organisée le 1er octobre, regrettant de « ne pas avoir la preuve qu'il n'y a pas de risque de pollution de longue durée ».
« Le risque zéro n'existe pas »
« Nous ne pouvons pas dire qu'il n'y a aucun risque, car le risque zéro n'existe pas, réagit Gilles Strappazzon, le maire de Saint-Barthélémy-de-Séchilienne, membre du Saco. Mais, ce que nous pouvons dire, c'est que la station d'épuration en cours de construction à Livet-et-Gavet a été calibrée de façon à pouvoir fonctionner également en saison touristique, quand la population du territoire double, atteignant 9 000 habitants. Elle sera dotée de deux lignes de traitement, la seconde entrant en action en hiver et en été. Ses capacités de stockage et celles de la station de relevage des effluents seront importantes. Les portes seront doublées, tout comme l'alimentation électrique, un groupe électrogène fonctionnant au fioul devant être installé ».
Gilles Strappazzon signale aussi qu'en l'attente de la station d'épuration de Livet-et-Gavet, la plupart des communes de l'Oisans rejettent leurs eaux usées dans le milieu naturel sans aucun traitement. Or, si les services de l'Etat veulent protéger les aires de captage d'eaux potables, ils sont également déterminés à accélérer la construction et la mise aux normes de ce type d'équipement. Le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux du bassin Rhône-Méditerranée pointe d'ailleurs les nombreuses communes du département qui ne sont pas raccordées à une station d'épuration, ainsi que l'obsolescence de près de la moitié de ces ouvrages, qui ne répondent pas aux exigences de la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines de 1991.
Sous le contrôle de l'Etat
Egalement conseiller général du canton de Vizille et président de la commission "environnement" du conseil général, l'élu fait par ailleurs remarquer que la solution alternative à la station d'épuration de Livet-et-Gavet (à savoir, le raccordement des communes du Saco au réseau du syndicat intercommunal d'assainissement du Drac inférieur par la vallée de la Romanche) était l'hypothèse initialement retenue par les élus de l'Oisans lors de l'élaboration de leurs schémas d'assainissement, à la fin des années 1990. Problème : la canalisation qui recueillerait toutes les eaux usées dans ce cadre passerait au pied des ruines de Séchilienne, s'exposant au risque d'un éboulement massif. Pour l'Etat, c'était impensable et c'est toujours l'argument opposé au Sierg par la préfecture.
Même si le Sierg risque de devoir accepter la solution approuvée par les services de l'Etat, la station d'épuration de Livet-et-Gavet n'est toutefois pas encore prête à voir le jour. Préalables à ceux de la station d'épuration, les travaux de construction de la station de relevage des eaux usées sont en effet sur le point d'être interrompus, « principalement du fait des délais d'acquisition de la maîtrise foncière », selon Gilles Strappazzon. Le Saco ne sera pleinement propriétaire des terrains devant accueillir la station d'épuration que le 24 octobre et, suite à une rencontre avec le préfet jeudi 14 octobre, il doit « toiletter » ses statuts. En effet, aujourd'hui, chaque commune délègue plus ou moins de compétences au syndicat. Ce ne sera plus possible à l'avenir, le Saco devant assurer la collecte, le transport et l'assainissement des eaux usées sur l'ensemble du territoire.
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En l'attente du raccordement à un réseau de traitement des eaux usées, les communes du syndicat intercommunal d'assainissement de l'Oisans (Saco) sont classées en zones de restriction de l'urbanisation, ce qui a bloqué la construction d'une résidence de tourisme à l'Alpe-du-Grand-Serre. Suite à l'abandon du projet par le promoteur, le maire de La Morte, Alain Mistral, craint le départ de la société d'aménagement touristique de l'Alpe-d'Huez qui exploite la station.Dans un autre registre, et à une autre échelle, « à Saint-Barthélémy-de-Séchilienne, nous avons un ancien corps de ferme prêt à accueillir cinq logements sociaux, témoigne le maire, Gilles Strappazzon. Nous ne pouvons pas les aménager car, même si nous avons adopté notre schéma d'assainissement voilà onze ans, nous n'avons toujours pas pu poser un seul tuyau. Nous avons vraiment hâte de pouvoir le faire ».
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