Le débardage par câble
Une technique contre le morcellement de la propriété forestière
Coûteuse à mettre en place, la coupe à câble s'avère plus rentable une fois le chantier installé. Et comme c'est parfois la seule solution possible, la technique tend à se diffuser.
Problème : comment exploiter une forêt quand l'absence de route ou même de piste la rend inaccessible ? Solution : en utilisant la technique du débardage par câble ! Les bois sont marqués puis abattus comme dans un chantier classique. Mais, plutôt que de faire appel à des tracteurs débardeurs, voire à des animaux ou à des hélicoptères, les arbres peuvent être évacués par la voie aérienne, à l'aide de câbles. Longs ou courts, en acier ou synthétiques... L'éventail des possibilités est large. Mais les connaisseurs peu nombreux. Ce qui fait que la technique est encore rarement mise en oeuvre.
Un engouement croissant
« L'exploitation par câble a connu une forte croissance en Rhône-Alpes, indique toutefois l'office national des forêts. En effet, en 2007, 20 500 mètres cubes de bois ont été récoltés sur 19 coupes à câble, soit 150 % de plus que l'année précédente ». Et ce n'était qu'un début, dans la mesure où le plan de mobilisation de la ressource lancé il y a trois ans par France forêt Rhône-Alpes vise à mobiliser 100 000 mètres cubes de bois par coupe à câble d'ici l'an prochain.
Dans le Beaumont, les massifs de l'Oisans ou de Belledonne, les visites de chantier tendent d'ailleurs à se multiplier, preuve de l'engouement croissant pour cette technique dans les zones de montagne. « Le système d'exploitation par câble est de plus en plus plébiscité par les élus, qui souhaitent exploiter leurs parcelles les plus difficiles d'accès via ce mode d'exploitation », soulignait aussi l'association des communes forestières de l'Isère dans une étude sur les attentes de ses membres réalisée l'an dernier.
Il est vrai que les terrains escarpés justifient le recours à la technique du câble, plus onéreuse que les autres solutions de débardage mécanisées. Mais comme le procédé est aussi plus respectueux des sols et que la voie aérienne n'est pas coupée par le mauvais temps, il commence aussi à se répandre en plaines.
Avantages et inconvénients
Cependant, le débardage par câble ne résout pas la question du recrutement des bûcherons. Il n'évite pas non plus les conflits entre voisins. Par ailleurs, les câblistes manquent en France ; il faut plusieurs jours pour installer le chantier et encore une à deux journées pour changer de ligne. Sans oublier qu'un câble-mât (câbles courts) et son camion porteur coûtent, au bas mot, 300 000 à 400 000 euros. Mais, une fois en place, la technique permet de sortir des cubages importants, à une vitesse qui compense largement le fait de ne pas pouvoir utiliser les branchages comme bois de chauffage (parce qu'ils sont encombrés de pierres). Le tout en laissant peu de traces, ni au sol, ni à flanc de montagne.
Enfin, fondée sur le déploiement d'une série de câbles à partir d'une place de dépôt unique, le débardage par câble constitue une réponse au morcellement de la propriété forestière. Il est ainsi possible de cibler un secteur, puis d'en exploiter un autre sans réinstaller tout le chantier. Les forêts privées rhônalpines étant détenues par quelques 450 000 propriétaires selon le centre régional de la propriété forestière, cette technique semble donc promise à un bel avenir.
Cécile Fandos
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Exemple d'exploitation forestière groupée
Enfin une coupe à câble à Oz-en-Oisans
A Oz-en-Oisans, un projet de coupe à câble ancien a pu voir le jour par le biais du regroupement des propriétaires, mais la technique permet d'exploiter des parcelles diffuses.
A Oz-en-Oisans, dans le secteur de pré Raynaud situé juste au-dessous de la station, « l'office national des forêts avait martelé la coupe en forêt communale dès les années 1990. Mais son exploitation supposait de passer sur des terrains privés et il avait essuyé un refus, relate David Houmeau, le technicien du centre régional de la propriété forestière dans le secteur. Le projet de coupe à câble a été relancé fin 2007 à l'échelle du massif. Il a d'abord fallu identifier l'ensemble des propriétaires, mais une première réunion d'information a pu être organisée dès le printemps 2008. Entre le moment où les propriétaires nous ont donné leur accord de principe, sur la base de la proposition que nous leur avons faite avec la coopérative forestière Coforêt, et le moment où nous avons pu lancer le chantier, une fois tous les contrats de vente signés, l'été dernier, six mois se sont écoulés ».
100 à 150 mètres cubes de bois par jour
Mais le jeu en valait la chandelle. Les quatre lignes successivement déployées depuis le câble-mat installé le long de la route de la station vont permettre de couper plus de 2 300 mètres cubes de bois (essentiellement de charpente) répartis sur cent parcelles différentes et une quarantaine d'hectares de futaie irrégulière (épicéas, sapins et hêtres).
Dans cette zone de montagne, le coût d'exploitation atteint 46 euros par mètre cube. Même si 100 à 150 mètres cubes sortent chaque jour de l'aire de dépôt de pré Raynaud, « le bilan des ventes montre que seules les grumes d'épicéa de plus d'1,5 mètre cube utilisables en charpentes seraient rémunératrices pour les propriétaires hors aides, indique Nicolas Blaser, le technicien de Coforêt dans le secteur. Seule la haute qualité rapporte ». Le soutien du conseil général de l'Isère et de la Région Rhône-Alpes à l'opération permet néanmoins de payer les grumes de moins d'1,5 mètre cube huit euros par mètre cube aux propriétaires et le bois de chauffage 35 centimes d'euros tonne. Si l'intérêt financier de l'opération est donc limité, il faut toutefois noter que les propriétaires n'ont pas eu à avancer les frais de l'opération et que cette coupe dite « de jardinage » offre la possibilité d'une nouvelle rotation dans huit à quinze ans.
Répéter et dupliquer l'opération
Bien que la généralisation des coupes à câble soit la clef du développement du métier de câbliste dans l'Hexagone, aucun engagement dans la durée n'a été demandé aux propriétaires. Il importe avant tout « d'établir un climat de confiance, car chaque propriétaire est persuadé que ses bois sont les meilleurs et que ceux des voisins ne valent rien », souligne André Zürcher, le maire d'Oz-en-Oisans, qui a largement oeuvré à la réalisation de cette opération groupée.
Par le biais de ce chantier collectif, les partenaires locaux du bois ont surtout cherché à donner envie à d'autres propriétaires en effectuant un travail de qualité. Le potentiel à exploiter est immense. « Dans le territoire Alpes Sud Isère, sur 95 000 hectares de forêts, 10 000 ne sont exploitables que par câble », signale ainsi Lionel Courtois, le chargé de mission forêt du contrat de développement Rhône-Alpes du secteur.
C.F.
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Un engouement croissant
« L'exploitation par câble a connu une forte croissance en Rhône-Alpes, indique toutefois l'office national des forêts. En effet, en 2007, 20 500 mètres cubes de bois ont été récoltés sur 19 coupes à câble, soit 150 % de plus que l'année précédente ». Et ce n'était qu'un début, dans la mesure où le plan de mobilisation de la ressource lancé il y a trois ans par France forêt Rhône-Alpes vise à mobiliser 100 000 mètres cubes de bois par coupe à câble d'ici l'an prochain.
Dans le Beaumont, les massifs de l'Oisans ou de Belledonne, les visites de chantier tendent d'ailleurs à se multiplier, preuve de l'engouement croissant pour cette technique dans les zones de montagne. « Le système d'exploitation par câble est de plus en plus plébiscité par les élus, qui souhaitent exploiter leurs parcelles les plus difficiles d'accès via ce mode d'exploitation », soulignait aussi l'association des communes forestières de l'Isère dans une étude sur les attentes de ses membres réalisée l'an dernier.
Il est vrai que les terrains escarpés justifient le recours à la technique du câble, plus onéreuse que les autres solutions de débardage mécanisées. Mais comme le procédé est aussi plus respectueux des sols et que la voie aérienne n'est pas coupée par le mauvais temps, il commence aussi à se répandre en plaines.
Avantages et inconvénients
Cependant, le débardage par câble ne résout pas la question du recrutement des bûcherons. Il n'évite pas non plus les conflits entre voisins. Par ailleurs, les câblistes manquent en France ; il faut plusieurs jours pour installer le chantier et encore une à deux journées pour changer de ligne. Sans oublier qu'un câble-mât (câbles courts) et son camion porteur coûtent, au bas mot, 300 000 à 400 000 euros. Mais, une fois en place, la technique permet de sortir des cubages importants, à une vitesse qui compense largement le fait de ne pas pouvoir utiliser les branchages comme bois de chauffage (parce qu'ils sont encombrés de pierres). Le tout en laissant peu de traces, ni au sol, ni à flanc de montagne.
Enfin, fondée sur le déploiement d'une série de câbles à partir d'une place de dépôt unique, le débardage par câble constitue une réponse au morcellement de la propriété forestière. Il est ainsi possible de cibler un secteur, puis d'en exploiter un autre sans réinstaller tout le chantier. Les forêts privées rhônalpines étant détenues par quelques 450 000 propriétaires selon le centre régional de la propriété forestière, cette technique semble donc promise à un bel avenir.
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A Oz-en-Oisans, dans le secteur de pré Raynaud situé juste au-dessous de la station, « l'office national des forêts avait martelé la coupe en forêt communale dès les années 1990. Mais son exploitation supposait de passer sur des terrains privés et il avait essuyé un refus, relate David Houmeau, le technicien du centre régional de la propriété forestière dans le secteur. Le projet de coupe à câble a été relancé fin 2007 à l'échelle du massif. Il a d'abord fallu identifier l'ensemble des propriétaires, mais une première réunion d'information a pu être organisée dès le printemps 2008. Entre le moment où les propriétaires nous ont donné leur accord de principe, sur la base de la proposition que nous leur avons faite avec la coopérative forestière Coforêt, et le moment où nous avons pu lancer le chantier, une fois tous les contrats de vente signés, l'été dernier, six mois se sont écoulés ».100 à 150 mètres cubes de bois par jour
Mais le jeu en valait la chandelle. Les quatre lignes successivement déployées depuis le câble-mat installé le long de la route de la station vont permettre de couper plus de 2 300 mètres cubes de bois (essentiellement de charpente) répartis sur cent parcelles différentes et une quarantaine d'hectares de futaie irrégulière (épicéas, sapins et hêtres).
Dans cette zone de montagne, le coût d'exploitation atteint 46 euros par mètre cube. Même si 100 à 150 mètres cubes sortent chaque jour de l'aire de dépôt de pré Raynaud, « le bilan des ventes montre que seules les grumes d'épicéa de plus d'1,5 mètre cube utilisables en charpentes seraient rémunératrices pour les propriétaires hors aides, indique Nicolas Blaser, le technicien de Coforêt dans le secteur. Seule la haute qualité rapporte ». Le soutien du conseil général de l'Isère et de la Région Rhône-Alpes à l'opération permet néanmoins de payer les grumes de moins d'1,5 mètre cube huit euros par mètre cube aux propriétaires et le bois de chauffage 35 centimes d'euros tonne. Si l'intérêt financier de l'opération est donc limité, il faut toutefois noter que les propriétaires n'ont pas eu à avancer les frais de l'opération et que cette coupe dite « de jardinage » offre la possibilité d'une nouvelle rotation dans huit à quinze ans.
Répéter et dupliquer l'opération
Bien que la généralisation des coupes à câble soit la clef du développement du métier de câbliste dans l'Hexagone, aucun engagement dans la durée n'a été demandé aux propriétaires. Il importe avant tout « d'établir un climat de confiance, car chaque propriétaire est persuadé que ses bois sont les meilleurs et que ceux des voisins ne valent rien », souligne André Zürcher, le maire d'Oz-en-Oisans, qui a largement oeuvré à la réalisation de cette opération groupée.Par le biais de ce chantier collectif, les partenaires locaux du bois ont surtout cherché à donner envie à d'autres propriétaires en effectuant un travail de qualité. Le potentiel à exploiter est immense. « Dans le territoire Alpes Sud Isère, sur 95 000 hectares de forêts, 10 000 ne sont exploitables que par câble », signale ainsi Lionel Courtois, le chargé de mission forêt du contrat de développement Rhône-Alpes du secteur.
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