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Segmentation

Une transparence demandée par les deux bouts de la chaîne

Aller plus loin dans l'éducation, dans l'information sur la relation entre le prix et la qualité du produit, sans alourdir les contraintes des fabricants est une vraie gageure relevée dans un atelier des Etats généraux de l'alimentation.
Une transparence demandée par les deux bouts de la chaîne

Peut-on satisfaire à la fois le consommateur en lui proposant des produits de bonne qualité et le producteur en faisant en sorte qu'il tire un revenu décent de son activité ? Cette question était centrale dans un atelier animé par la députée Monique Limon, au cours des Etats généraux de l'alimentation vendredi matin.

Choix éclairé

Si l'on en croit Laurent Pasquier, co-fondateur de la marque « C'est qui le patron ? », oui, si on explique au consommateur à quoi correspondent les différents niveaux de prix. « Notre site fait varier le prix suivant des critères que le consommateur va accepter ou pas, décrit-il. Quand on lui dit, pour tel niveau, le producteur ne gagne pas sa vie, le client refuse ce prix trop bas. Il peut se prononcer sur des variables comme la présence d'OGM, des types de pâturages, la provenance de matières premières. On construit un vrai cahier des charges avec lui. Au final, on arrive à des produits plus chers mais qu'il accepte en connaissance de cause. On lui apprend donc à se réapproprier ses choix agro-alimentaires ».
La panacée serait-elle dans cette démarche ? Non, parce que chacun ne partage pas les mêmes priorités que son voisin, ou que certains consommateurs ont un pouvoir d'achat limité. « Il est nécessaire de maintenir une segmentation, reconnaît Jérôme Crozat, éleveur laitier, secrétaire général de la FDSEA de l'Isère. Les organisations de consommateurs font un grand travail d'explication, mais l'individu lambda privilégiera quelquefois le bouquet télé à la qualité de son alimentation. Entre des merguez à 5 euros le kilo ou à 15 euros le kg, il y a une différence de qualité dans les matières premières utilisées, mais tout le monde n'achètera pas la deuxième. Il y a une question d'éducation. L'école a reculé en la matière au profit de la télévision avec des émissions grand public. Ce n'est pas la meilleure façon d'appréhender le problème. »

Revenir à une éducation alimentaire

La banalisation réduit également les choix. Dans le lait standard, le seul critère du client final est le prix alors qu'il « supporte un cahier des charges lourds, rappelle Didier Villard, élu à la chambre d'agriculture. C'est déjà intrinsèquement un produit de qualité ». Ce n'est pas pour rien si les Chinois viennent nous l'acheter.
L'éducation peut aussi passer par l'information, notamment sur les étiquettes. Plusieurs fabricants, Gérard Boiton, P-DG de l'entreprise Bigallet, estime qu'on ne pourra pas tout indiquer dessus.
Les certifications et autres signes de qualité ne pourront pas tout faire eux non plus. Olivier Bonroy, chercheur en économie à l'Institut national de recherche agronomique (Inra) précise que trop de labels tue les labels. « Il existe 465 ecolabels dans le monde. Il faut éviter cette multiplicité car le foisonnement crée une confusion et finalement provoque un effet inverse à celui recherché. »

Transparence

Certains croient voir la solution dans la bio, mais si elle peut faire partie d'une segmentation, « elle ne sauvera pas l'agriculture et l'alimentation », selon le chercheur de l'Inra, qui voit « l'avenir plutôt dans l'agriculture raisonnée ». Il soutient également que des agriculteurs bio font marche arrière en raison des contraintes techniques très fortes ou d'une surcharge administrative. Et peut-être d'une insuffisante revalorisation aux producteurs. On en revient toujours au vrai coût du produit. « Il faut qu'il soit connu, puis expliquer au consommateur », comme le souligne Michel Namy, président de Que choisir Isère. Pas sûr que tous les acteurs de la filière soient d'accord.

Jean-Marc Emprin