ISERE / Elections sénatoriales
Une vie…de sénateur ou de sénatrice
Deux candidats sortants, Bernard Saugey (UMP) et Annie David (PC), s'expriment sur la fonction et racontent comment ils ont vécu leur mandat.
Pour Annie David, 48 ans aujourd'hui et benjamine du Sénat en 2001, ce mandat a été l'occasion d'un « apprentissage grandeur nature sur le terrain ». Jeune conseillère municipale PC, elle s'est lancée dans cette aventure avec l'envie « de changer l'image du Sénat, un peu ringarde » et de montrer que le Palais du Luxembourg n'était « pas réservé aux élites ». Avec ses « convictions politiques et la volonté de représenter le peuple », « j'avais tout à apprendre ». Pas simple, mais passionnant… De son côté Bernard Saugey, 68 ans, est arrivé au Sénat après beaucoup d'autres mandats, « de celui du plus jeune maire de l'Isère pendant 24 ans à celui de président du conseil général ou député »… Une « bonne expérience de la vie publique, mise au service de la tolérance et pour tous ». « J'ai toujours assimilé le sectarisme à la connerie… »
«Pas seulement là pour couper des rubans »
Au Sénat, explique Bernard Saugey, « on peut équilibrer les choses, il y a des possibilités d'évolution, mais pas de révolution ». « Le sénateur est là pour écrire la loi et, contrairement à un député constamment sollicité dans sa circonscription, il est plus disponible pour légiférer, il prend plus de recul sur les textes. Le Sénat a une action de contrôle du gouvernement essentielle. D'ailleurs, j'ai trouvé l'ambiance très différente de celle de l'Assemblée du fait que le travail se fait davantage en commission qu'en groupe politique ».
Dans ce cadre, Annie David a essayé, « à la hauteur de ses possibilités, explique-t-elle, de démontrer aux élus que le sénateur n'est pas seulement là pour couper des rubans, mais qu'il a un vrai rôle de concertation ». Elle a organisé des réunions dans les cantons du département avec les élus locaux sur des sujets comme l'organisation du territoire (loi montagne), la réforme des collectivités territoriales, celle de la taxe professionnelle ; et avec les acteurs ciblés, sur des dossiers comme la réforme des retraites, médecine du travail... Via ces débats, l'idée est de comprendre ce que les gens souhaitent et de trouver des points d'accord pour défendre ceux qui sont concernés. Cette « coopération qui me donne une vraie solidité, une légitimité, quand j'interviens sur un amendement en séance publique ». Et « pour moi, que la réforme des collectivités territoriales ait ainsi été discutée avec les élus, c'était une vraie victoire même si au final, nous n'avons pas été très entendus par le gouvernement».
Bernard Saugey confirme et juge que malgré tout le « rôle du Sénat a été essentiel pour améliorer ce texte », regrettant aussi que la réforme n'ait pas « été menée avec plus de concertation des élus de la base qui ont la vérité. Il faut conserver la liberté des communes, socle de la démocratie française et de la République, et faire qu'elles gardent leurs compétences et pouvoirs même si l'intercommunalité est nécessaire ».
Proximité…
Le souci de proximité avec le territoire, aujourd'hui « tous les candidats aux sénatoriales le revendiquent, et je me laisse à penser que mon action a peut-être pesé et a rendu le sénateur moins inaccessible », avance Annie David. D'ailleurs, « je juge que le sénateur a aussi un rôle d'interlocuteur pour la population », comme tout parlementaire. « Si je peux mettre à profit mon statut pour aider des personnes en difficulté, je le fais... Dans certains cas, la médiation a abouti, comme avec la régularisation de familles dont les jeunes ont pu poursuivre les études commencées ; dans d'autres, comme la crise vécue à Caterpillar, c'est un constat d'échec face à la disparition de l'emploi ».
Bernard Saugey, lui, estime avoir fait avancer les choses, entre autres, grâce à deux propositions de lois « acceptées à l'unanimité », l'une sur le « statut de l'élu local », pour une meilleure reconnaissance et réinsertion de celui-ci dans la « vie civile », et l'autre sur « le traitement de la prise illégale d'intérêt pour élus et fonctionnaires », requalifiée en cas « d'intérêt personnel distinct de l'intérêt général ». En tant que vice-président de la commission des lois, le sénateur a également travaillé à la simplification du droit. « Dans ce cadre, en 2012, un Français qui déménage n'aura plus dix démarches à effectuer mais une seule ! L'idée est d'éliminer les lois qui ne servent plus. Par exemple, en 2002, nous avons supprimé l'article 2 de la loi Ferry sur l'école laïque et obligatoire… qui renvoyait encore les garçons au service militaire et les filles aux travaux d'aiguilles ! »
…Et parité
En parlant de filles, au Sénat, qu'il y a 80 Sénatrices sur un total de 341 sénateurs soit 23,5 % de femmes. « Avant 2001, il y avait très peu de sénatrices, mais la réforme du mode de scrutin, à la proportionnelle, avec le « chabada », a permis un changement », se réjouit Bernard Saugey. « Cette année, il devrait y en avoir une vingtaine de plus. ça viendra. Le problème est plus criant dans les conseils généraux ou même à l'Assemblée… ». Annie David, estime elle, aussi que le scrutin à la proportionnelle favorise la parité. En tant que jeune sénatrice, elle a été en butte à l'hostilité masculine. « Notamment, se souvient-elle, lors de l'élection du Président du Sénat : j'étais chargée de ramasser les bulletins de vote, mais certains n'ont pas voulu me remettre le leur ». Si les femmes se font « plus souvent couper la parole et reçoivent encore des remarques désagréables sur leur coiffure ou leur tenue », globalement « c'est en train d'évoluer dans le bon sens », affirme la sénatrice, qui souligne « la différence entre homme et femme dans la manière d'aborder leur mandat », les femmes auraient selon elle, « plus de facilité à déléguer et à travailler en groupe » que les messieurs…
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Bernard Saugey:
« Agriculteurs, gens de passion »
L'agriculture subit les conséquences de la mécanisation, avec une baisse des effectifs et la disparition des petites exploitations. Il y a peu de jeunes agriculteurs. Mais en terme d'autosuffisance alimentaire et de qualité des produits comme de traçabilité, il faut faire confiance à nos agriculteurs plutôt qu'à des productions venues d'ailleurs. Pour l'entretien du sol également, nous serons obligé de payer des gens pour le faire si les agriculteurs disparaissent. C'est de la folie. Les difficultés qui se posent au secteur sont nombreuses et les agriculteurs d'aujourd'hui sont des gens de passion, ils ne font pas ces métiers pour le fric. C'est aux Français de leur donner les moyens d'exister. Et leur défense, dans un monde mondialisé, se fait au niveau de l'Europe. La Pac a amené quelque chose à l'agriculture française, et dans les prochaines années, c'est à Bruxelles que se prendront les grandes décisions. Accusés d'être des pollueurs, les agriculteurs sont au contraire souvent très vigilants avec l'environnement. L'écologie, c'est une philosophie, on est tous obligé de l'avoir sinon nous allons détruire la planète.
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Ingrid Blanquer
«Pas seulement là pour couper des rubans »
Au Sénat, explique Bernard Saugey, « on peut équilibrer les choses, il y a des possibilités d'évolution, mais pas de révolution ». « Le sénateur est là pour écrire la loi et, contrairement à un député constamment sollicité dans sa circonscription, il est plus disponible pour légiférer, il prend plus de recul sur les textes. Le Sénat a une action de contrôle du gouvernement essentielle. D'ailleurs, j'ai trouvé l'ambiance très différente de celle de l'Assemblée du fait que le travail se fait davantage en commission qu'en groupe politique ».
Dans ce cadre, Annie David a essayé, « à la hauteur de ses possibilités, explique-t-elle, de démontrer aux élus que le sénateur n'est pas seulement là pour couper des rubans, mais qu'il a un vrai rôle de concertation ». Elle a organisé des réunions dans les cantons du département avec les élus locaux sur des sujets comme l'organisation du territoire (loi montagne), la réforme des collectivités territoriales, celle de la taxe professionnelle ; et avec les acteurs ciblés, sur des dossiers comme la réforme des retraites, médecine du travail... Via ces débats, l'idée est de comprendre ce que les gens souhaitent et de trouver des points d'accord pour défendre ceux qui sont concernés. Cette « coopération qui me donne une vraie solidité, une légitimité, quand j'interviens sur un amendement en séance publique ». Et « pour moi, que la réforme des collectivités territoriales ait ainsi été discutée avec les élus, c'était une vraie victoire même si au final, nous n'avons pas été très entendus par le gouvernement».
Bernard Saugey confirme et juge que malgré tout le « rôle du Sénat a été essentiel pour améliorer ce texte », regrettant aussi que la réforme n'ait pas « été menée avec plus de concertation des élus de la base qui ont la vérité. Il faut conserver la liberté des communes, socle de la démocratie française et de la République, et faire qu'elles gardent leurs compétences et pouvoirs même si l'intercommunalité est nécessaire ».
Proximité…
Le souci de proximité avec le territoire, aujourd'hui « tous les candidats aux sénatoriales le revendiquent, et je me laisse à penser que mon action a peut-être pesé et a rendu le sénateur moins inaccessible », avance Annie David. D'ailleurs, « je juge que le sénateur a aussi un rôle d'interlocuteur pour la population », comme tout parlementaire. « Si je peux mettre à profit mon statut pour aider des personnes en difficulté, je le fais... Dans certains cas, la médiation a abouti, comme avec la régularisation de familles dont les jeunes ont pu poursuivre les études commencées ; dans d'autres, comme la crise vécue à Caterpillar, c'est un constat d'échec face à la disparition de l'emploi ».
Bernard Saugey, lui, estime avoir fait avancer les choses, entre autres, grâce à deux propositions de lois « acceptées à l'unanimité », l'une sur le « statut de l'élu local », pour une meilleure reconnaissance et réinsertion de celui-ci dans la « vie civile », et l'autre sur « le traitement de la prise illégale d'intérêt pour élus et fonctionnaires », requalifiée en cas « d'intérêt personnel distinct de l'intérêt général ». En tant que vice-président de la commission des lois, le sénateur a également travaillé à la simplification du droit. « Dans ce cadre, en 2012, un Français qui déménage n'aura plus dix démarches à effectuer mais une seule ! L'idée est d'éliminer les lois qui ne servent plus. Par exemple, en 2002, nous avons supprimé l'article 2 de la loi Ferry sur l'école laïque et obligatoire… qui renvoyait encore les garçons au service militaire et les filles aux travaux d'aiguilles ! »
…Et parité
En parlant de filles, au Sénat, qu'il y a 80 Sénatrices sur un total de 341 sénateurs soit 23,5 % de femmes. « Avant 2001, il y avait très peu de sénatrices, mais la réforme du mode de scrutin, à la proportionnelle, avec le « chabada », a permis un changement », se réjouit Bernard Saugey. « Cette année, il devrait y en avoir une vingtaine de plus. ça viendra. Le problème est plus criant dans les conseils généraux ou même à l'Assemblée… ». Annie David, estime elle, aussi que le scrutin à la proportionnelle favorise la parité. En tant que jeune sénatrice, elle a été en butte à l'hostilité masculine. « Notamment, se souvient-elle, lors de l'élection du Président du Sénat : j'étais chargée de ramasser les bulletins de vote, mais certains n'ont pas voulu me remettre le leur ». Si les femmes se font « plus souvent couper la parole et reçoivent encore des remarques désagréables sur leur coiffure ou leur tenue », globalement « c'est en train d'évoluer dans le bon sens », affirme la sénatrice, qui souligne « la différence entre homme et femme dans la manière d'aborder leur mandat », les femmes auraient selon elle, « plus de facilité à déléguer et à travailler en groupe » que les messieurs…
----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
L'agriculture subit les conséquences de la mécanisation, avec une baisse des effectifs et la disparition des petites exploitations. Il y a peu de jeunes agriculteurs. Mais en terme d'autosuffisance alimentaire et de qualité des produits comme de traçabilité, il faut faire confiance à nos agriculteurs plutôt qu'à des productions venues d'ailleurs. Pour l'entretien du sol également, nous serons obligé de payer des gens pour le faire si les agriculteurs disparaissent. C'est de la folie. Les difficultés qui se posent au secteur sont nombreuses et les agriculteurs d'aujourd'hui sont des gens de passion, ils ne font pas ces métiers pour le fric. C'est aux Français de leur donner les moyens d'exister. Et leur défense, dans un monde mondialisé, se fait au niveau de l'Europe. La Pac a amené quelque chose à l'agriculture française, et dans les prochaines années, c'est à Bruxelles que se prendront les grandes décisions. Accusés d'être des pollueurs, les agriculteurs sont au contraire souvent très vigilants avec l'environnement. L'écologie, c'est une philosophie, on est tous obligé de l'avoir sinon nous allons détruire la planète.
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