Valoriser, coûte que coûte
Veau de lait, terrine paysanne ou saucisson de bœuf... l'étalage devant la ferme de Patrick Moulin à Paladru attire les visiteurs venus pour la journée Bienvenue à la ferme. « On fait partie de Bienvenue à la ferme depuis deux ans. Cela permet de faire découvrir les produits à une nouvelle clientèle », explique Martine Moulin, conjointe de l'exploitant. La famille Moulin vend la majorité de sa marchandise au marché de Voiron. Le virage vers la vente directe ne date que d'un an et demi pour l'exploitation. C'est l'idée de leurs fils Anthony Moulin, qui s'installera en janvier 2019 en Gaec avec son père. Depuis deux ans, il cherche à développer la vente directe via la viande de veau sous vide et les produits transformés issus des vaches de réforme. « On a valorisé une vingtaine de veaux et sept vaches dans l'année. C'était l'objectif que je m'étais fixé pour 2019 ! » précise le fils. « On passe l'équivalent en viande d'un veau tous les quinze jours pour répondre à la demande», précise sa mère.
Steaks hachés surgelés
Depuis 1994, Patrick Moulin est éleveur laitier et vend son lait auprès de la coopérative Sodiaal. Il avait aussi tenté l'aventure de la vente directe, à sa façon. Il avait choisi de miser en 2011 sur les distributeurs automatique de lait cru afin de privilégier le contact avec le consommateur. Malheureusement, l'expérience n'a pas été à la hauteur des espérances et un seul automate devant la ferme est encore en fonction. Avec le projet de son fils, « j'ai redonné du sens à mon travail avec la vente directe », précise le père. Pour la valorisation en viande, ils travaillent avec l'abattoir de Grenoble. Le veau sous vide est récupéré directement tandis que le reste sera transformé chez un artisan à Bourgoin-Jallieu. Pour les steaks hachés surgelés, les carcasses sont emmenées à Hières-sur-Amby. Pour le transport, la famille utilise le camion frigorifique hérité du lait cru.
Le fils ne souhaite pas se limiter à la vente directe. Il souhaite aussi ajouter vingt vaches, des génisses présentes dans la ferme, aux 43 que possède son père pour augmenter la production laitière de 200 000 litres, par rapport aux 450 000 litres actuels. Pour Patrick Moulin, la vente directe est un bon choix mais l'emplacement de l'exploitation n'est par forcément idéal .
Louer des terres
Actuellement l'exploitation est presque autonome, exception faite des tourteaux de colza et de la paille. « On est un peu juste en production », explique le jeune agriculteur. Pour que le fils s'installe, il va falloir revoir l'organisation des cultures pour l'exploitation. Il va louer des terres afin de passer des 43 hectares en 2017 à presque 80 en 2019. Le père a déjà ajouté 17,5 hectares cette année, pour anticiper. C'est le seul moyen pour Anthony Moulin de « se dégager des revenus suffisants et être autonome ». Le duo d'agriculteurs envisage donc de cultiver de la luzerne sur les nouveaux hectares.
Pour les visiteurs, retour aux interrogations du moment : le bio ? « Je suis en conventionnel. Mes veaux sont nourris au lait de la ferme, et je soigne déjà mes animaux à l'homéopathie et aux huiles essentielles ». Le bien-être animal ? « On apporte le maximum pour qu'ils se sentent bien et ils nous le rendent bien. ». Les pesticides ? « Je traite toujours la nuit pour diminuer les doses et me protéger. On m'a déjà accusé d'avoir honte de traiter en le faisant la nuit ! » Et le travail ? « 365 jours par an, 7 jours sur 7 ». Au vu du nombre de visiteurs allant chercher les portefeuilles dans les voitures, la famille Moulin a réussi le test haut la main.
Virginie Montmartin