Vercors-Beaufort, même tractor
A défaut de déplacer les montagnes, certaines Cuma font voyager les tracteurs. Samedi dernier, le président de la Cuma du Beaufortain est venu dans le Vercors chercher un magnifique T7 245 ayant achevé sa saison au sein de la Cuma du Moucherotte. L'idée d'un telle coopération entre Cuma n'est pas une première en soi. En revanche, « c'est la première fois qu'on le fait avec autant de distance », observe Jay Jivan, l'animateur de la FD Cuma Isère-Savoie.
Calcul économique
Distantes de 130 kilomètres, les deux Cuma ont décidé de mutualiser l'engin, sous-utilisé dans le Vercors une partie de l'année. L'opération est née d'une rencontre... et d'un calcul économique. « Ce tracteur tourne beaucoup de mai à septembre pour les fenaisons, explique Pascal Ravix, éleveur ovin à Lans-en-Vercors et trésorier de la Cuma du Moucherotte. Le reste de l'année, il ne travaille pas énormément. Le fait de le mutualiser avec une autre Cuma va nous permettre d'optimiser les coûts de fonctionnement. »
Forte de 27 adhérents, dont sept en Cuma intégrale, la Cuma du Moucherotte réalise la majeure partie de son activité avec les travaux de fenaison. Elle mutualise cinq tracteurs, mais certains d'entre eux tournent beaucoup moins à l'automne. Les responsables cherchaient donc un moyen de leur faire faire des heures de manière à maintenir des tarifs compétitifs. Pascal Ravix en avait parlé de manière informelle lors d'un conseil d'administration de la FR Cuma Auvergne-Rhône-Alpes. « Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd », sourit Nicolas Bochet, le président de la Cuma du Beaufortain qui a l'habitude de coopérer avec quatre autres Cuma savoyardes.
Souplesse
La Cuma du Beaufortain (82 adhérents) réalise 40 % de son chiffre d'affaires avec l'épandage, une activité planifiée surtout à l'automne. Elle dispose pour cela de six tonnes à lisier et de trois épandeurs à fumier. Pour les chantiers, elle fait appel à une ETA qui lui loue un tracteur et son chauffeur. Grâce la mutualisation du tracteur isérois de septembre à décembre, les chantiers d'épandage devraient désormais gagner en souplesse (deux tracteurs disponibles au lieu d'un), mais aussi faire baisser le coût de l'heure de prestation d'une dizaine d'euros, la Cuma n'ayant plus qu'à régler le coût d'un tracteur et de deux chauffeurs.
Cette opération « gagnant-gagnant » s'est faite grâce à un montage juridique facilité par le modèle coopératif des Cuma. « Il suffit de prendre des parts dans la Cuma partenaire et de s'engager sur un nombre d'heures », explique Nicolas Bochet. « C'est un premier test, ajoute Pascal Ravix. S'il est concluant, nous pourrons envisager d'autres coopérations. Pour moi, c'est une voie d'avenir et la porte ouverte à plus d'entraide entre les Cuma. » A ce propos, lorsqu'il est venu récupérer le T7 245 dans le Vercors, Nicolas Bochet a repéré un sur-semoir sur prairie bien intéressant...