Vers l'ère numérique et collaborative
Mathieu Ziegelmeyer, le directeur du Cerfrance Isère présente Hervé Pillaud comme « un agriculteur qui parle de numérique aux agriculteurs ». Il y a longue date en effet que ce vendéen, largement investi dans le syndicalisme et les organisations professionnelles, vulgarise la pensée numérique dans la sphère agricole. « C'est bien plus qu'une révolution numérique, affirme-t-il, c'est une mutation anthropologique. » Il était l'invité de l'assemblée générale de Cerfrance Isère, qui s'est déroulée jeudi dernier à Voreppe.
Prévoir et réagir
Auteur de plusieurs ouvrages sur l'agriculture et le numérique (1), il considère de digital « non comme un enjeu, mais comme un moyen ». Il prévient : « La communication passe plus vite et plus fort par les réseaux sociaux. C'est la raison pour laquelle il faut y être et mettre de belles choses dessus. » Sa conférence s'articule autour de la boîte à outils numériques de l'agriculture du XXIe siècle. « Le Big data et les plateformes sont de vrais outils à court terme pour répondre à nos besoins », détaille l'éleveur internaute. La gestion des mégadonnées apporte à l'agriculture du volume, de la variété et de la vélocité. Plus nombreuses, les données sont plus fiables et plus pertinentes car gérées par des algorithmes et plus fraîches. « Avec ces quantités, on passe du pourquoi au quoi, reprend Hervé Pillaud. Cela permet de révéler des choses, de pouvoir prévoir et réagir. » Il insiste fortement sur l'utilisation des données. « Mieux vaut penser à comment les utiliser plutôt que les protéger. Une donnée n'a de valeur que si on la libère pour l'utiliser. » En ce sens, la mise en réseau est essentielle. Diffusée, l'information ne peut être attaquée, mais surtout, Hervé Pillaud explique que les blockschains(2), arrivés en 2009 après la crise des subprimes, permettent de sécuriser et d'authentifier les transactions. « Les blockchains vont dématérialiser la confiance », lance-t-il.
Un usage collaboratif
Le spécialiste préconise une « intégration de l'agriculture dans l'ère numérique ». Et pour les exploitations agricoles, déjà rompues au travail en réseau, « l'usage du data ne pourra être que collaboratif... sauf à laisser faire les grands groupes ». Il étaye ses propos de quelques exemples : connaissance du marché du lait et de ses amplitudes et donc meilleure capacité de réponse, meilleures connaissance de l'utilisation des intrants, recréer du lien avec le consommateur et lutter contre les fantasmes du consommateur. L'entrée dans l'ère numérique répond à plusieurs besoins : l'amélioration de la performance, la réduction de la pénibilité du travail, la facilité des échanges et la création d'un revenu décent. A condition cependant que les territoires possèdent une bonne couverture numérique.
Intelligence collective
Hervé Pillaud identifie six impacts numériques sur l'agriculture. A commencer par une gestion plus fine des risques, mais aussi une nouvelle conception du financement de l'agriculture, qui passe, avec l'arrivée de plateformes, à un financement davantage orienté vers l'usage que l'acquisition. Il pense aussi que la R&D sortira des laboratoires pour migrer vers les lieux de besoin, que les outils connectés ne sont que la face visible de l'iceberg numérique, que les métiers du conseil et de la formation vont se transformer en métiers d'animation de réseaux de connaissance et que le numérique contribuera à une meilleure appréhension des marchés.
Pour relever le challenge, quelques conditions s'imposent aux agriculteurs. Hervé Pillaud les invite à rester maîtres de leurs décisions. « Vous êtes des agriculteurs entrepreneurs, informés, formés et communicants. Ne déléguez à personne d'autre le soin de dire auprès des consommateurs ce qu'on fait », exhorte-t-il. Il met en avant les valeurs de solidarité et la créativité. Oser, agir, créer, se tromper et mobiliser l'intelligence collective font partie du registr&e de cette nouvelle économie de réseau. « Toutes les idées stupides n'ont pas encore été essayées ! », lance le responsable agricole.
Isabelle Doucet
(1) Agro-économicus (2015) et Agronumericus (2017), éditions FA
(2) La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d'informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle (source : Blockchain France)
Orientations
Cerfrance déménage
Le bilan de l'activité de la société de conseil en expertise comptable de l'Isère fait état d'une situation saine avec un chiffre d'affaires qui s'élève à 6,2 millions d'euros. Il reste en progression comparé à l'exercice précédent. En revanche, le résultat net est en retrait en raison de l'acquisition du cabinet de Bourgoin-Jallieu. Les prestations ont progressé de 6,4%, tirées par les transformations en Gaec afin de cadrer à la PAC, un besoin croissant de conseil aux entreprises et un service social largement sollicité. En 2017, après 6% de progression depuis de nombreuses années, le chiffre d'affaires devrait se stabiliser, le départ à la retraite de nombreux agriculteurs n'étant pas compensé par l'arrivée de nouveaux adhérents.Didier Bréchet, le président de Cerfrance Isère, a cependant annoncé qu'il n'y aurait « pas d'augmentation des tarifs des prestations comptables et de conseil pour 2017 ». Il a également fait part du déplacement du siège social de Cerfrance de Grenoble à Moirans et de la création d'une nouvelle agence. Soucieux de sa proximité avec les adhérents, la société de conseil, qui multiplie les partenariats locaux et nationaux, poursuivra les rendez-vous Duo en les élargissant aux grandes cultures. Enfin, en Isère, elle annonce l'ouverture de sa plateforme ProxiAgri pour l'été 2017. Ce service, développé en Isère, est destiné à répondre aux besoins de la clientèle tout au long du cycle de vie de l'exploitation, depuis sa création jusqu'à a transmission.
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