Vers une coopérative régionale de référence
Où en est le projet de fusion entre les coopératives La Dauphinoise et Terre d'alliances ?
Ce sont les premières discussions. Nous avons eu cinq réunions de territoires avec les adhérents afin de leur donner les éléments car ce sont eux qui voteront cette fusion. La réflexion autour de ce projet a démarré en 2015 pour aboutir en juillet 2017 à la création de l'union Oxyane. Un an après, nous avons établi un bilan économique et de fonctionnement. Sur le plan économique, la mutualisation des outils, dans la collecte, les expéditions, le secteur des loisirs verts ou la R&D a été favorable. C'est un peu plus lourd pour le fonctionnement de l'union en raison de la multiplication des instances et du peu de synergie. Nous avons poursuivi notre réflexion jusqu'en novembre 2018 où le conseil d'administration a pris la décision d'un protocole d'accord de fusion. C'est lors de l'assemblée générale extraordinaire, qui se déroulera en janvier 2020, que les adhérents se prononceront sur la fusion ou non des coopératives.
Quel est l'intérêt de cette fusion ?
Le monde bouge très vite et c'est le cas en agriculture, notamment avec la loi Egalim qui prévoit la séparation du conseil et de la vente, mais aussi la fin de trois R, c'est-à-dire l'interdiction des rabais, remises et ristournes. Il faut également tenir compte des attentes sociétales. Nos métiers bougent beaucoup et cela demande des moyens d'adaptation, des investissements, des compétences. Une structure plus solide sur le plan économique et des fonds propres renforcés permettront de répondre aux enjeux de construction de filières pour rapporter de la valeur aux adhérents et leur faciliter l'accès à l'innovation. Nous souhaitons avoir une structure attractive pour développer l'innovation en relation avec d'autres entreprises.
Quel poids aura Oxyane dans le paysage coopératif ?
Il existe des grandes coopératives de dimension nationale, comme Agrial ou Terrena en intégration verticale. Quant à la dimension territoriale, d'autres coopératives présentent une structure plus horizontale en lien avec le tissu local, c'est notre cas. Au niveau national, nous occupons environ le 20e rang et la fusion ne changera pas grand chose, car nous conservons la proximité, avec un département supplémentaire, celui de l'Ain.
Quelles ont été les interrogations des adhérents lors des réunions de présentation du projet de fusion ?
Les craintes portaient surtout sur le risque d'éloignement avec la création d'une grosse entité. Mais nous conserverons le même nombre de sections, le même fonctionnement en comité, le même pilotage avec des coopérateurs impliqués. Les questions portaient aussi sur la partie sociale, mais les structures sont complémentaires, il n'y aura pas de problème.
Comment s'organisera la prochaine gouvernance après 2020 ?
Elle sera équilibrée avec autant d'administrateurs issus de chaque coopérative, soit un conseil d'administration de 36 personnes (18+18) car il faut du monde pour être présent dans les comités de pilotage, et un bureau de 14 personnes (7+7). Il y aura un président, très certainement Thierry Jossserand, l'actuel président de Terre d'alliances, et un président délégué, moi-même, un directeur général qui devrait être Georges Boixo, DG de La Dauphinoise et un directeur adjoint, qui sera Mathieu Staub, DG de Terre d'alliances.
Le projet de fusion sera présenté fin 2019. Nous travaillerons ensuite sur le projet d'entreprise d'Oxyane à l'horizon 2025.
L'innovation semble amenée à prendre une part importante des activités de la future entité ?
Nous assitons à un grand retour de l'agronomie et les deux coopératives travaillent déjà ensemble sur la R&D. Nous menons des expérimentations dans les exploitations et testons les nouvelles pratiques agronomiques. Nous sommes aussi engagés dans l'agriculture de précision. Par exemple, la coopérative est distributeur des robots de désherbage Naio. Nous démarrons aussi une collaboration avec une start-up drômoise qui cartographie les mauvaises herbes afin d'appliquer les intrants le plus précisément possible. Nous nous réservons la possibilité d'investir dans l'aval des filières.
Le secteur des énergies renouvelables est aussi en développement avec des partenariats qui se créent ?
C'est inscrit dans le projet d'entreprise, les énergies renouvelables sont considérées comme une opportunité. Nous avons signé avec GRDF une convention d'un an pour mettre en place des études d'opportunité de méthanisation chez nos adhérents. Nous avons effectué un recrutement, Hugo Batel, pour visiter les exploitations. Il s'agit de petits projets, individuels ou collectifs. Nous nous sommes engagés à effectuer 20 études et une quinzaine a été réalisée. Ce sujet intéresse, non seulement les exploitations d'élevage, mais aussi céréalières car il apporte une autre valorisation aux cultures, avec les Cive. Mais ces projets ne se feront que si la rentabilité est garantie. Nous travaillons sur ces sujets avec la députée Monique Limon, mais nous devons rencontrer Cendra Motin qui a voté en première lecture la loi sur la dérèglementation du tarif du gaz. C'est une question de cohérence.
Nous avons aussi signé une convention avec l'entreprise Terre et Lac pour le photovoltaïque.
Propos recueillis par Isabelle Doucet